“L’Europe dit “réformer” en revenant à la jachère non productive obligatoire...”

“Plus on veut palier un handicap de filière, plus on puisera sur le budget du premierr pilier et, donc, sur le montant des aides à la production” explique Régis Chopin. - © FC / L'Eure Agricole
Le contenu de cette réforme est aujourd’hui connu. Que vous inspire ce “nouveau partenariat” proposé aux agriculteurs par Bruxelles ?
Ce projet de la commission ne m’inspire pas confiance car le verdissement du premier pilier se précise à chaque communication dans la mesure où il devient de plus en plus exigeant avec les agriculteurs européens. Après les premières fuites, nous imaginions une conditionnalité laissée à l’appréciation des agriculteurs. Je dirai presque facultative avec une possibilité de choix. Il leur fallait souscrire une voire deux mesures parmi un panel de mesures européennes accessibles au plus grand nombre.
Or, aujourd’hui, il ne s’agit plus de cela. La conditionnalité est bien là avec l’obligation d’y souscrire, sinon l’aide de base risque même d’être confisquée. Juste quelques précisions : outre la diversité de l’assolement, avec ses trois cultures minimum qui reste accessible, les autres mesures passeraient par le maintien des prairies permanentes, les MAE classiques contractualisées et les réservoirs écologiques pour 7 % des surfaces éligibles des exploitations agricoles. Reste à confirmer l’aspect social qui devrait être pris en compte à la mesure du nombre d’actifs. Cette proposition de surface écologique rappelle étrangement la jachère que nous avons connue jusqu’en 2007. Si je retire les 3 % d’éléments topographiques qui nous concernaient jusque là, cela fait 4 % de gel supplémentaire sans production. C’est inacceptable !
Alors que tous les états parlent d’obligation de produire, de croissance de la production agricole, de régulation des marchés par la production, l'Europe va revenir à la jachère non productive obligatoire. De même, Bruno Le Maire avait largement répandu l’espoir que toute nouvelle mesure serait, de surcroît, expertisée économiquement, socialement et environnementalement de façon à éviter toute distorsion supplémentaire entre les états membres. J’ai l’impression que ce projet est sur une ligne pure et dure qui ne satisfera pas les agriculteurs européens. Et ils devront se faire entendre par n’importe quel moyen !
Le plafonnement des aides et leur verdissement sont les élements les plus marquants avec, notamment, l’introduction de réservoirs écologiques. Comment analysez-vous cette orientation ?
Sur le plafonnement des aides, là encore, la copie a été corrigée dans le sens de la rigueur. Il avait été dit que ce plafonnement serait envisageable à partir de 300 000 € d’aides par exploitation. Dans la proposition actuelle, il serait progressif à partir de 150 000 € pour être total dés 300 000 €. Il était entendu que le projet ne viserait que les grandes exploitations de l’Europe de l’Est.
Aujourd’hui, les contours d’une volonté européenne se font plus précis : les grandes exploitations seraient en mesure de répondre aux exigences de compétitivité sur le plan de la concurrence internationale. En revanche, les petites exploitations auraient plus besoin des soutiens car elles seraient incapables de soutenir cette concurrence sans aides. Au-delà de cette analyse, il me semble nécessaire que le critère de l’emploi soit évidemment pris en compte. Le nombre d’actifs n’est pas le même dans les anciens pays d’Europe de l’Est et dans les exploitations françaises. Il y aura vraisemblablement une correction à apporter, surtout après que la convergence européenne soit passée par là.
La notion de “petits agriculteurs” figure aussi dans les propositions de cette Pac. Au-delà des aides proposées (juqu’à 10 % de l’enveloppe de paiements directs de chaque Etat pourra être versée), faut-il y voir un choix “politique” ?
(la suite dans l'Eure Agricole du 20/10/11, page 3)
Retrouvez la suite de cet interview dans l'Eure Agricole du 20/10/11,
page 3,
ainsi que le contenu de la réforme
et les réactions du monde agricole,
pages 10, 11 et 12.
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