L'Agriculteur Normand 22 juin 2010 à 17h24 | Par T.Guillemot

FDSEA de l'Orne - Le porc ornais plaide pour le MPB (Marché du Porc Breton)

Les producteurs de porcs ornais lorgnent désormais un peu plus du côté de Plérin (22) célèbre notamment pour son MPB (Marché du Porc Breton). Un outil de commercialisation qui ne s’use que si on ne s’en sert pas

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“Au lieu de rêver au grand soir, il convient de renforcer notre organisation dans son fonctionnement, de donner des moyens collectifs aux groupements pour orienter la gestion de marché quand la situation l’exige”, préconise Jean-Pierre Joly, directeur du MPB.
“Au lieu de rêver au grand soir, il convient de renforcer notre organisation dans son fonctionnement, de donner des moyens collectifs aux groupements pour orienter la gestion de marché quand la situation l’exige”, préconise Jean-Pierre Joly, directeur du MPB. - © TG

Les producteurs de porcs traversent une crise sans précédent du fait de sa durabilité. Si chacun travaille à réduire ses coûts de production, l’exercice a ses limites. L’augmentation des cours constitue un autre levier. Un levier à actionnner en jouant la carte du MPB (Marché du Porc Breton) ? Patrick Julien (éleveur à Banvou) et Dominique Jouandet (président de la section “Porc” de la FDSEA de l’Orne) avaient dans ces mêmes colonnes évoqué le sujet (voir Réussir l’Agriculteur Normand des 17 et 24 décembre derniers). Depuis, certains s’y sont essayés pendant que leurs collègues y réfléchissent. Pour éclairer le débat et apporter directement de l’information, la FDSEA a invité le 9 juin dernier Jean-Pierre Joly (directeur du MPB) en terres ornaises.

Dominique Jouandet (président de la section “Porc” de la FDSEA de l’Orne).“Le MPB a été créé pour défendre et protéger les producteurs de porcs. Une reprise en main de cet outil par les producteurs, à travers leurs groupements, est indispensable pour éviter de devenir de simples livreurs de minerai”, estiment FRSEA et JA du Grand Ouest.
Dominique Jouandet (président de la section “Porc” de la FDSEA de l’Orne).“Le MPB a été créé pour défendre et protéger les producteurs de porcs. Une reprise en main de cet outil par les producteurs, à travers leurs groupements, est indispensable pour éviter de devenir de simples livreurs de minerai”, estiment FRSEA et JA du Grand Ouest. - © TG

0,08 % de porcs ornais au MPB
L’Orne ne pèse pas lourd dans la balance MPB : 0,08 % de son activité en 2009. “On pourrait y mettre un camion sur 4 ou 5”, proposait au terme d’un débat sans langue de bois (ni langue de cochon) Dominique Jouandet. “Par exemple départ dimanche soir. Les abattoirs en cherchent”, rebondit Jean-Pierre Joly en bon VRP. Car si un volume significatif et en progression transite par Plérin (61 700 porcs/semaine l’an passé et 65 300 porcs/semaine depuis le début de l’année), c’est un objectif de 90 000 qui est visé par les dirigeants de la structure. “Si nous voulons le garder, il est important que chaque producteur puisse apporter des porcs au MPB. Il s’agit d’un effort individuel au profit du collectif”, affirme Michel Bloc’h, président de l’UGPVB (Union des Groupements des Producteurs de Viande de Bretagne) dans les colonnes de Réussir Porcs de juin. Des propos appuyés par Jean-Jacques Riou (président du MPB). Il rappelle dans ce même article que tous les éleveurs, quel que soit leur groupement, sont tributaires des cours fixés au MPB et doivent, par conséquent, se sentir tous concernés. “Tous les porcs, porcs libres, engagés dans des filières, doivent être présents au catalogue”. L’explication est simple. Les éleveurs doivent faire face à un secteur d’abattage qui se concentre. En 2009, les trois principaux acheteurs (Bernard, Kermené et Gad) ont à eux seuls acheté 61 % des porcs présentés. En face, une offre de porcs provenant pour 62 % du Finistère. “Les vendeurs doivent en prendre conscience et modifier leurs pratiques de vente aux abattoirs, recommande Jean-Pierre Joly. Au lieu de rêver au grand soir, il convient de renforcer notre organisation dans son fonctionnement, de donner des moyens collectifs aux groupements pour orienter la gestion de marché quand la situation l’exige”.

Apporter au MPB un camion sur 4 ou 5 : une proposition émise par certains producteurs ornais.
Apporter au MPB un camion sur 4 ou 5 : une proposition émise par certains producteurs ornais. - © TG

Le jeu des groupements et des abattoirs
Mais groupements et abattoirs sont-ils prêts à jouer le jeu ? “Les abattoirs se sont assurés un niveau d’approvisionnement suffisant en porcs pour le fonctionnement de leurs chaînes d’abattage. Ainsi, un certain nombre de groupements, qui livrent des porcs en direct aux abattoirs, reçoivent en échange un financement variable qui contribue à prendre en charge, de façon opaque, une partie de leurs frais de fonctionnement”, dénonçaient collectivement dans un communiqué daté du 16 avril, la FNP (Fédération Nationale Porcine), les FRSEA de Bretagne, Pays de la Loire, Basse-Normandie et Jeunes Agriculteurs région Ouest. “Cette rétribution sur quelques milliers de porcs fait perdre, chaque semaine, plusieurs centimes sur chaque kg de carcasse à toute la production porcine française”. C’est pourquoi le syndicalisme agricole a demandé à chaque producteur de réclamer à son groupement de commercialiser ses porcs au MPB. Objectif : 100 000 porcs. AGRIAL s’inscrit dans cette démarche et s’est engagée à doubler son approvisionnement au cadran.

Simple dans ses modalités
Et si le passage par le groupement est obligatoire pour commercialiser à Plérin, les modalités de fonctionnement sont simples. Il suffit de confirmer le nombre de porcs au plus tard le mercredi matin pour figurer au catalogue élaboré le mercredi midi. “Si vous êtes excentrés, vous pouvez-vous regrouper pour constituer l’équivalent d’un camion”, recommande Jean-Pierre Joly.
Le MPB apporte par ailleurs des garanties comme celle de la certitude de vendre le jour même sauf si l’éleveur dit “non”.
Alors pour ou contre ? Tout est question de dosage. La contractualisation a ses vertus. Elle assure les débouchés aux producteurs, l’approvisionnement aux acheteurs. Le tout
avec une visibilité économique à moyen terme. “Mais vouloir tout contractualiser, ça s’appelle de
l’intégration”
, fait remarquer un éleveur et ça fait plutôt peur. Comme pour les bovins avec la SICAMON, l’outil de commercialisation, qui est aussi un outil de cotations, du MPB est à préserver, voire à développer. A chacun de l’utiliser, peu ou prou, “mais de façon régulière”, invitent les Bretons.

En chiffres : ralentissement de la chute du prix
• Un montant de 1,252 euro/kilo, tel est le cours du porc au MPB (Marché du porc Breton), le 17 juin 2010. Après les fortes baisses des mois de mars et avril (avec respectivement - 6,88% et -8,42% par rapport à la même période en 2009), le cours moyen du porc en mai 2010 se chiffre à 1,188 euro/kilo et se rapproche ainsi du niveau de 2009 (-0,42%) en raison d’une hausse de la demande.
Reprise de la demande
En France, un temps ensoleillé a permis de booster la consommation intérieure (surtout pour les produits à griller), indique l’Ifip (Institut du porc). La baisse de l’euro (-15% en 6 mois) a en effet favorisé les exportations. Une meilleure compétitivité qui a également été assortie d’un regain d’activité avec les pays tiers. Au final, sur les cinq premiers mois de l’année, le prix du porc se chiffre en moyenne à 1,101 euro, soit une baisse de 4,68% en 2010 par rapport aux cinq premiers mois de 2009 (1,155 euro).
Perspective de hausse pour les prochaines semaines
Ce phénomène de baisse n’épargne pas les grands pays européens producteurs de porcs.  En Allemagne, le prix moyen sur les cinq premiers mois 2010 s’établit à 1,353 euro, soit une baisse de 3,53% par rapport à la même période en 2009. Néanmoins, son prix repart à la hausse depuis quelques semaines. Quant aux Pays-Bas, le prix du porc moyen sur les cinq premiers mois de l’année se chiffre à 1,285 euro, soit une baisse de 3,81%. Enfin, le MPB note que les prévisions faites fin 2009 indiquant une stabilité voire de baisse des cours pour l’année 2010 semblent se confirmer en raison d’une période mi-mars et mi-avril qualifiée “d’exécrable”. De plus, l’Ifip indique que la baisse de l’euro devrait encore bénéficier à la compétitivité des exportations de l’Union européenne et que la consommation estivale devrait permettre de nouvelles hausses des cours.

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