L'Agriculteur Normand 11 mars 2014 à 08h00 | Par T.Guillemot

FDSEA-JA - Circulation des engins agricoles : le Conseil général prend des mesures

Quelle est la longueur d'une linière tirée par un tracteur équipé d'un chargeur frontal ? Quel est l'empattement d'une moissonneuse-batteuse, plus de 9 mètres de largeur de barre de coupe et qui avale 400 qt/h ? Quel est le déport d'une faucheuse arrière 4 mètres en position route ? Autant de mesures qui ont été prises par les agents du Conseil général chez Christian Duchemin, vendredi dernier, à Tourville-sur-Odon.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

© TG

Il est des réunions qui durent plus longtemps que prévu. Bruno Gidon (chargé de mission sécurité routière à la direction générale adjointe aménagement et déplacement du Conseil général) et son collègue, Christian Routier (technicien au service études et travaux routiers), ont répondu vendredi dernier à l'invitation lancée quelques jours auparavant par Sébastien Debieu, secrétaire général de la FDSEA, en charge du dossier circulation. Il s'agissait, en deux heures, de prendre quelques mesures d'engins agricoles pour les intégrer aux logiciels d'aménagements routiers. Ils sont revenus l'après-midi,équipés de plots et aidés d'agents du Conseil général, pour reconstituer des giratoires et chicanes afin de simuler, in situ, la réalité de ce que vivent les conducteurs d'engins agricoles. Interviews croisés.

Bruno Gidon,
chargé de mission sécurité routière à la direction générale adjointe aménagement et déplacements du Conseil général
Quel est le sens de votre présence à cette journée organisée par la FDSEA ?
Bruno Gidon. C'est de trouver des aménagements cohérents pour que tous les usagers, notamment les engins agricoles qui sont nombreux dans le département, puissent rouler en toute sécurité. En fait, pour les aménagements urbains hors agglomération, il faut trouver le meilleur compromis pour que ces engins agricoles puissent circuler le plus aisément possible à l'approche de giratoires ou carrefours relativement restreints. Ils doivent pouvoir tourner sans empiéter sur les trottoirs ou les pistes cyclables.

Qu'est-ce que vous avez reconstitué ici ?
BG. C'est une expérimentation, une mise en simulation. Nous avons reconstitué, ici, le plus petit des giratoires (12 m de rayon) avec un îlot infranchissable (3,50 m de rayon) et une surlargeur éventuelle (1,50 m) franchissable, mais qui n'est pas dessinée. Cela permet de constater que si, dans cette configuration, les engins arrivent à rentrer, tourner et sortir du giratoire, on peut considérer qu'avec un giratoire plus grand, on n'aura quasiment pas de problèmes.

Quels enseignements avez-vous tirés de cette mise en situation ?
BG. Le premier, c'est que ces engins lourds, contrairement aux camions de transport routier, ont tendance à mieux circuler, mieux tourner. L'articulation est beaucoup plus souple. Le problème qui se pose, avec les outils attelés à l'avant ou à l'arrière du tracteur, c'est un phénomène de balayage. Un balayage prononcé qui peut atteindre les trottoirs mettant potentiellement en danger les piétons.

Cela va changer votre façon de travailler ?
BG. Oui puisque nous disposons désormais de référents dans le monde agricole. Ils vont être associés à la réflexion lors d'aménagements urbains ou hors agglomération. Nous verrons, ensemble, comment les agrémenter pour que la circulation se fasse en toute sécurité.

Quelles sont les compétences du Conseil général sur la voirie ?
BG. En agglomération, le pouvoir de police revient au maire. Mais, malgré tout, nous sommes confrontés à des aménagements urbains sur notre réseau puisque, évidemment, le Conseil général est gestionnaire du réseau routier départemental. Je rappelle, à ce sujet, que nous avons 5 600 km de route, ce qui n'est pas négligeable. Donc, le fait de travailler en étroite relation avec le monde agricole, permet d'éviter des malfaçons qui pourraient se produire lors d'aménagements urbains.

Quels messages souhaiteriez-vous aujourd'hui faire passer aux agriculteurs aux volants de leurs engins, mais aussi aux automobilistes ?
BG. Un message de prudence avant tout. La route est utilisée par tout le monde, chacun doit être responsable.
A l'attention des agriculteurs, plus particulièrement en agglomération et compte tenu de la dimension de leurs engins, c'est d'adapter son comportement, sa vitesse à l'approche d'aménagements pour respecter la sécurité des piétons, des cyclistes, des personnes à mobilité réduite...

Pourquoi avoir mis autant de temps à prendre ce dossier à bras-le-corps ?
BG. Cela fait un certain temps que je travaille dans le domaine de la sécurité routière et les choses ont beaucoup évolué en 10-15 ans. Ici, en plaine de Caen, les ensembles agricoles sont très imposants avec des déports impressionnants. On est d'ailleurs peut-être arrivé au bout du bout. C'est pour cela que nous adaptons les aménagements que nous réalisons sur le réseau routier. Dans le Pays d'Auge, ou le Bocage virois, les problématiques sont parfois différentes.

On veut élargir les voies pour que les engins agricoles puissent passer. On veut les réduire par des chicanes pour réduire la vitesse des automobilistes. In fine, tout cela est-il compatible ?
BG. Oui ça l'est et nous l'avons démontré aujourd'hui. Les aménagements à destination de la circulation automobile peuvent être en cohérence avec la circulation des engins agricoles. Simplement, avec la dimension de leurs ensembles, les agriculteurs doivent redoubler de vigilance en traversant les zones agglomérées où la vie locale est prépondérante.  C'est une question de tolérance des uns et des autres.

Sébastien Debieu secrétaire général de la FDSEA en charge du dossier circulation
Le dossier circulation des engins agricoles semble avoir fait un grand pas en avant aujourd'hui ?
Sébastien Debieu. C'est effectivement une journée très constructive. Tout est parti d'une réde concertation, il y a quelques jours, avec le Conseil général autour d'un aménagement routier près de Bayeux. Je leur ai proposé de venir mesurer les dimensions d'une linière ici, à Tourville-sur-Odon chez Christian et Anthony Duchemin, agriculteurs, mais aussi entrepreneurs de travaux agricoles. Arrivés sur place ce matin, nous avons décidé de ne pas nous arrêter là puisqu'il y avait beaucoup de matériels sous le hangar : moissonneuse-batteuse, combiné de semis, tracteur avec faucheuses avant et latérale et même un camion semi-remorque. Du matériel dont se servent au quotidien les agriculteurs, mais aussi du plus gros matériel qu'utilisent les ETA (Entrepreneur de Travaux Agricoles) dans leurs prestations de services. C'est notre façon à nous, FDSEA et JA, d'associer à ce dossier tous les acteurs du monde agricole.

Quels enseignements tirez-vous de cette journée ?
SD. Le principal est que, inévitablement, la concertation s'impose quant à de futurs aménagements routiers. D'un matériel à l'autre, les dimensions à prendre en compte ne sont pas les mêmes. Les entrées et sorties d'un giratoire peuvent impacter énormément le passage des véhicules. Tout cela sera désormais pris en compte par le Conseil général qui est reparti ravi de cet exercice pratique. Il était demandeur de cette mise en situation sur le terrain.

On peut penser que, demain, plus aucun aménagement routier ne se fera sans concertation avec la profession agricole ?
SD. Ce serait l'idéal, mais il faut distinguer deux choses. La première et très honnêtement, je pense que tout aménagement qui, demain, sera initié par le Conseil général se fera en concertation avec nos référents.
Maintenant, d'autres aménagements comme des entrées ou sorties de bourgs sont du ressort du conseil municipal. Je souhaite alors que le maire soit aussi réceptif que l'ont été aujourd'hui les agents du Conseil général. Je l'ai toujours dit. On ne vient pas faire des démonstrations avec du matériel agricole avec l'idée de tout casser, de tout revendiquer, de montrer qu'on a raison sur tout...Nous sommes dans une démarche beaucoup plus constructive. Ce que l'on veut, c'est prouver la réelle nécessité de disposer d'aménagements adaptes aux engins agricoles pour ne pas avoir à les détériorer demain. Et surtout, pour que tous les usagers puissent circuler en toute sécurité au sein des giratoires et des entrées/sorties de bourg.

A la veille des municipales justement, quels messages souhaiteriez-vous faire passer aux futurs maires ?
SD. Ils vont en avoir un indirectement puisque, FDSEA et JA, ont réalisé avec l'appui technique de la Chambre d'agriculture des plaquettes à destination des collectivités. L'idée est de leur rappeler la mise en place d'une commission d'agriculteurs référents sur le dossier de la circulation des engins agricoles. Ainsi, j'appelle tous les agriculteurs siégeant demain, au sein d'une équipe municipale, à avoir le réflexe "commission référents" en cas de projet d'aménagement routier sur leur commune.
Pour les agriculteurs n'ayant pas pu ou voulu s'investir dans la vie communale, je leur rappelle qu'ils peuvent quand même assister aux réunions de conseils municipaux. C'est un excellent moyen de collecter de l'information et d'apporter ainsi sa pierre à l'édifice.

Le SCOT selon Sébastien : un GPS agricole
Ce n'est pas un nouveau morceau de l'Evangile mais le SCOT, selon Sébastien, est une idée à creuser. "Le dossier circulation ne doit pas s'arrêter à la simple mise en place d'une commission d'agriculteurs référents, chose que j'ai souhaité mettre en place et on y arrive aujourd'hui. La deuxième étape, c'est la mise en place d'un SCOT. Comprenez un Schéma de Circulation Organisé pour les Tracteurs. Pourquoi ce terme ? Tout simplement parce que quand on intervient dans une collectivité, c'est un mot qui parle à l'élu. Je l'ai adapté à ma sauce, mais ça me semble aujourd'hui indispensable. Le constat de départ est qu'aujourd'hui, un bon nombre de véhicules est équipé en GPS. GPS qui arrivent dans nos engins agricoles tant pour les activités de plaine que pour les déplacements routiers. Sauf que, chercher un itinéraire agricole sur un GPS, c'est très difficile et pourtant il n'y a pas de raison que cela n'existe pas. L'objectif est ambitieux, mais pas irréalisable. Il consiste à identifier les différents points de collecte et d'approvisionnement des entreprises, coopératives ou privées, avec lesquelles nous travaillons. Une fois identifiés, de les cartographier et ensuite établir un itinéraire de circulation cohérent qui tient compte de nos contraintes. Inévitablement, subsisteront toujours de petites routes de dessertes mais cela permettrait de faciliter les déplacements. Par ailleurs, dans le cadre d'une politique de l'Etat plus économe, cela permettrait de cibler les investissements et donc les fonds en priorisant les besoins. Le projet est ambitieux mais je compte bien le mener à terme pour qu'il se réalise au niveau du département du Calvados".

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. l'Agriculteur Normand se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui