L'Agriculteur Normand 11 juillet 2013 à 17h04 | Par E.Charon

Filière porcine - “AIM doit sortir de l’ornière”

Jean-François Le Grand, président du Conseil général, estime que la chute des Abattoirs Industriels de la Manche arrangerait deux autres abatteurs français. Pas question de céder.

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Jean-François Le Grand, président du Conseil général : 
“Je soupçonne d’autres groupes d’abattage, dont un coopératif, d’être en réflexion macro-économique et donc de vouloir la disparition de CAP 50”. (ec)
Jean-François Le Grand, président du Conseil général : “Je soupçonne d’autres groupes d’abattage, dont un coopératif, d’être en réflexion macro-économique et donc de vouloir la disparition de CAP 50”. (ec) - © vm

Le rôle joué par le Conseil général pour aider les AIM ?
J’ai été saisi, voici un mois, par Jean-Luc Osmont, président de CAP 50 et le directeur de l’abattoir, sur la situation financière difficile. Celle-ci se dégrade depuis plusieurs mois. Il était donc prévu de mettre en place un plan de réorganisation de leurs trois abattoirs, notamment des ateliers “découpe”. Problème, les banques depuis six mois ont gelé les prêts court terme. Les AIM ont donc puisé dans leur trésorerie. Désormais, elle est à sec.

Quelle restructuration pour redresser la barre ?
Les AIM ont décidé de se séparer de leur site de Nogent-le-Rotrou. Il y a un repreneur potentiel pour cet abattoir ; cette vente a aussi plombé leur problème de trésorerie avec un coût social de 600 000 €. Du coup, voici un mois, il leur manquait 1,5 million d’€, dont 700 000 destinés aux futurs investissements en raison de nouvelles normes sanitaires. La situation financière des AIM a “fuité”. De plus les résultats de l’entreprise sont fluctuants d’année en année. Les approvisionneurs ont décidé de demander du cash, autrement dit d’être payé au pied du camion. Autre difficulté, le pool bancaire hésitait dès le départ à remettre des finances dans l’affaire. Je soupçonne que d’autres groupes, dont un coopératif, sont en réflexion macro-économique. Concrètement, ils partent du principe qu’il y a trop d’abattoirs ; ils ont pensé que si AIM disparaissait, cela assainirait la filière abattage porcs en France. Si je peux comprendre cette position, je ne l’approuve absolument pas. Nous avons ici deux logiques qui s’affrontent ; Laurent Beauvais, président de la Région soutient la mienne. Les Conseils général et Régional ont décidé, eux, d’aider les AIM à travers des avances remboursables (700 000 €), donc de redonner une crédibilité financière au groupe.

Pourquoi soutenir au maximum les AIM ?
Ils sont très importants dans le paysage économique manchois et bas-normand. N’oublions pas qu’en amont des AIM, on a CAP 50 et des producteurs de porcs qui ont fait des efforts considérables en terme sanitaire avec une forte valeur ajoutée à la clé. Une partie des porcs, notamment les cochettes, partent à l’export. Bref, les AIM apportent une plus-value à la Manche. Par ailleurs, CAP 50, donc les producteurs puisqu’il s’agit d’une coopérative, est actionnaire majoritaire des AIM, chose rare dans le paysage agroalimentaire actuel. Lorsqu’on regarde l’entreprise, ils ont 15 % de ventes en carcasses, 85 % en découpe. Le gain de cette découpe est nul, voire déficitaire. Il y a donc un effort à faire pour augmenter la part de carcasses. Mais la découpe doit rester car les AIM font de l’approvisionnement de proximité auprès des bouchers et charcutiers. D’où l’intérêt de soutenir AIM en tant que PME du département.

Quelle situation aujourd’hui ?
Nous avons réussi à convaincre les banques de suivre. J’ai d’ailleurs souligné à Daniel Épron (ndlr : le Crédit Agricole n’est pas le premier partenaire financier des AIM) qu’il fallait soutenir l’entreprise concernée ; derrière il y a en jeu les finances des producteurs. Lors de la réunion chez le préfet de Région, j’ai demandé aux banques de suivre encore plus, ils se renvoient la patate chaude. Nous avons donc étudié, de concert avec la région, une garantie sur le rachat des bâtiments de l’entreprise (Leaze Back). La valeur de ces bâtiments oscille entre 12 et 17 millions. Deux exigences : que l’État nous accompagne et qu’un business plan soit mis en place. Bernard Cazeneuve, ministre du Budget, nous appuie au maximum. Nous attendons le dernier feu vert pour ce financement complémentaire en attendant la finalisation du Leaze Back. La survie des AIM est conditionnée à du court terme financier sur 4,5 millions d’€ ; ils pourront gagner par la suite de l’argent en améliorant leur rentabilité économique.

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