L'Agriculteur Normand 21 mai 2014 à 09h08 | Par V. Motin

François David, président du CERFRANCE Calvados - Crise : “comparée aux artisans et commerçants, notre situation est un peu plus confortable”

Le CERFRANCE Calvados a réuni mardi ses adhérents en assemblée générale, à Bretteville-sur-Odon. Rencontre avec François David, agriculteur et président de la structure. Le centre comptable s’appuie sur les chiffres pour observer la crise. Et si les artisans-commerçants la subissent de plein fouet, le monde agricole tire son épingle du jeu.

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Une situation un peu plus confortable que d'autres © vm

Dans un contexte de crise et comparée à d’autres secteurs de l’économie, peut-on dire que l’agriculture se porte bien ?
On ne peut pas dire que l’agriculture va mal. Jusqu’à aujourd’hui, on peut même dire que l’agriculture est globalement épargnée par la crise. Surtout si l’on se compare aux artisans-commerçants. Pour eux, la situation devient particulièrement compliquée. Nous, CERFRANCE, commençons à observer des entreprises artisanales qui arrêtent leur activité. Au début de l’année 2013, nous ne sentions pas encore la crise. Elle ne semblait pas toucher les adhérents de CERFRANCE. Cependant, la fin 2013 et le début 2014 s’avèrent beaucoup plus compliqués. On le sent : la conjoncture est vraiment très dure. Nous observons des boutiques qui ont pignon sur rue depuis 10 ans qui disparaissent

La vigilance du CERFRANCE est donc accrue vers les commerçants et les artisans…
Oui. Car ils subissent plus la conjoncture que les agriculteurs. C’est eux qui ont le plus besoin d’être conseillés. Les bons conseils au bon moment peuvent permettre de faciliter les choses.

Le métier d’agriculteur a beaucoup évolué d’un point de vue technique, administratif et technologique. Les artisans et commerçants sont-ils plus épargnés par ce genre de changement ?
Les commerçants doivent s’adapter à l’informatique et à internet. Vous pouvez presque tout acheter en ligne. Pour des commerçants installés depuis longtemps, le cap n’est pas évident à passer. Que faire ? Ils n’ont pas forcément les moyens de créer leur propre site. Si le commerçant n’est pas dans une enseigne, il ne peut pas s’en sortir.
Nous, agriculteurs, avons souvent l’impression d’être noyés sous la paperasse. C’est vrai. Néanmoins, les artisans et commerçants la subissent également.


Et le choc de simplification, vous y croyez ?
Pas vraiment. C’est le mot d’ordre de presque tous les gouvernements.

L’agriculture semble donc s’en sortir mieux que d’autres secteurs de l’économie. Comment expliquez-vous le ras-le-bol de certains producteurs de lait ?
Nous avons rarement connu le prix du lait à un niveau aussi élevé. Même si les charges n'ont pas baissé, produire du lait est rentable en ce moment. Je crois que les éleveurs sont parfois découragés par la déconnexion avec les marchés mondiaux. Nous mettons beaucoup de temps à voir les prix du lait monter. Par contre, nous ressentons une baisse immédiate quand les prix mondiaux chutent. Mais au moment de se comparer à d’autres secteurs, nous sommes actuellement dans une situation redevenue plus confortable.

D’un point de vue économique, craigniez-vous la nouvelle PAC ?
Oui, même si tous les arbitrages ne sont pas encore connus, elle se traduit par une baisse importante des aides. Notre atelier des études a démontré que dans notre région toutes les exploitations sauf quelques rares exceptions, seront impactées négativement

La nouvelle PAC tente de mieux définir le statut d’agriculteur professionnel. Qu’en pensez-vous ?
C’est une question délicate. En retraite, un agriculteur pouvait conserver des terres pour garder un revenu en faisant réaliser le travail par un entrepreneur. Cela permet à certains de compléter des faibles pensions agricoles.  Mais, l’objectif de la PAC est de soutenir davantage les agriculteurs que l’agriculture. Ce n’est pas simple de répondre à cette question.

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