L'Agriculteur Normand 16 octobre 2014 à 08h00 | Par V. Motin

GRAB : "la région doit revoir sa copie"

Avec la nouvelle Politique Agricole Commune, les aides du second pilier sont gérées par les régions. En Normandie, le GRAB dénonce le manque d'ambition du Conseil régional. Les responsables d'associations bio évoquent même une injustice et une inégalité...

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La région Basse-Normandie n'a fléché que 30 % des crédits nécessaires au doublement des surfaces en agriculture biologique d'ici 2017 qui est pourtant l'objectif du Plan Ambition Bio 2017", regrettent les responsables du GRAB. Pour la Basse-Normandie, ce plan  représenterait un passage de 50 000 à 100 000 hectares en agriculture bio.  "Même si ces chiffres sont ambitieux, nous pouvons raisonnablement espérer une multiplication des surfaces par 1,5. Mais avec l'accompagnement proposé par la Basse-Normandie, le compte n'y sera pas", estime Loïc Ducloué, président du GRAB. La problématique normande n'est pas isolée. Peu de régions ont annoncé une enveloppe FEADER qui correspond au fléchage de l'Etat. "Mais certaines ont joué le jeu. C'est le cas des Pays de la Loire ou du Poitou-Charente".

Que 12 millions
Concrètement, le Conseil régional redistribuera un total de 309 Me sur la période 2015-2020. La Basse-Normandie a ciblé 12 Me pour l'aide à la conversion et au maintien à l'agriculture biologique. "Cette somme ne suffira pas au doublement des surfaces. Même en partant sur des ambitions plus modestes, à savoir la multiplication des surfaces bio par 1,5  : il faut minimum 40 Me", fustige Loïc Ducloué. Avec l'hypothèse de 60 à 65 conversions par an jusqu'en 2020, 52 à 79 Me seraient même idéaux, selon le groupement bio. A défaut, ce dernier demande donc "la réévaluation de l'enveloppe FEADER à 26,1 Me (au lieu des 12 MEUR). C'est le minimum car avec la contrepartie de l'Etat, c'est simplement le montant auquel la région  a droit".  Dans ces conditions, pourquoi le Conseil régional n'a-t-il pas demandé la totalité de son enveloppe  ? Thierry Restout, président du GAB 14 a sa réponse : "l'utilisation des fonds européens est notée. Nos élus ont sans doute eu peur".

Les bio comme les autres
L'agriculture biologique ne restera pas sans aides. Cependant, la prime au maintien en bio semble moins intéressante que certaines aides plus incitatives du second pilier de la PAC. Bio ou pas, tous les agriculteurs pourront souscrire des MAEC système polyculture-élevage. "A défaut d'une aide au maintien, les producteurs bio se reporteront vers les MAEC système. On ne nous donne pas de lisibilité. On va bidouiller avec les aides. Nous voulons un soutien incitatif. On ne valorise pas une agriculture dont l'impact environnemental est reconnu. Nous pouvons aussi craindre une concurrence sur
cette enveloppe qui n'excède pas 20 Me", souligne Francis
Couillard, président du GAB 50.

Le bio a besoin d'aides
Afin d'étayer leurs demandes, les GRAB et GAB de Normandie mettent en avant un marché porteur. La consommation de produits bio en France croît ainsi d'environ 8 % en France. Reste la rentabilité de la filière. Dans un communiqué, la FNAB rappelle que "si les fermes bio sont rentables, c'est aussi grâce aux aides. Les remettre en question revient à décider de rendre les fermes bio moins rentables et donner un signe négatif auprès des agriculteurs potentiellement intéressés".

La réponse du Conseil régional
"Dans le cadre du prochain Programme de Développement Rural de Basse-Normandie 2015-2020, la Région Basse-Normandie, nouvelle Autorité de Gestion des fonds européens, a mené depuis un an une large concertation pour son élaboration. En accord avec les représentants professionnels réunis en février 2014, 12 millions d'euros de crédits FEADER doivent être consacrés à la conversion et au maintien des exploitations en agriculture biologique. A cette enveloppe s'ajoutent les contributions des co-financeurs publics nationaux que sont l'Etat et les Agences de l'Eau, soit un total prévisionnel global estimé à plus de 20 millions d'euros de crédits publics.
Le montant de cette enveloppe permet d'accompagner l'ensemble des projets de conversion en bio même si leur nombre devait être supérieur à celui de ces dernières années.
Parallèlement, l'agriculture biologique étant un mode de production économiquement pérenne et rémunérateur, l'aide au maintien en bio, sera, elle, mise en place de façon ciblée : sur des filières à risque de dé-conversion, sur des zones à enjeux environnementaux majeurs ou dans le cadre de la transmission d'exploitations.
Au-delà de cette mesure, la Région construit le programme en plaçant le bio comme un critère important de sélection et/ou de modulation des montants d'aide dans de nombreux dispositifs (installation de nouveaux agriculteurs, aide aux investissements dans les exploitations agricoles, innovation, formation et conseil).
En tous les cas, les montants des mesures du FEADER seront réajustés tout au long du programme pour prendre en compte les dynamiques qui seront réellement constatées et abonder si besoin certaines mesures".

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