22 mars 2006 à 00h00 | Par AN

Graindorge - "Normandiser les troupeaux donne sa crédibilité à l´AOC"

La laiterie souhaite "normandiser" le lait collecté. Thierry Graindorge justifie les motivations et la politique de l´entreprise.

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Que stipule le contrat proposé aux producteurs ?
Thierry Graindorge : Depuis le mois d´octobre, je tourne dans les fermes. A chaque producteur, j´ai dit que je souhaitais "normandiser" les troupeaux. Ils ont 10 ans pour le faire. Nous demandons aux producteurs une progression d´environ 10 % par an de son cheptel vers la race Normande. L´éleveur choisit son mode de normandisation. Ainsi, les troupeaux seront totalement normands en 2017. Nous voudrions que la démarche soit engagée avant la fin du premier trimestre 2006.

Comme il est actuellement difficile de changer de laiterie, certains éleveurs se sentent contraints de signer ce contrat ?
T.G : C´est la raison pour laquelle, nous laissons trois ans. Passé ce délai, nous ne collecterons plus. De plus, nous étudions avec Monsieur Turmel et le syndicalisme, les solutions envisageables. Le but : ne pas laisser sur le bord de la route les producteurs qui n´ont pas la possibilité ou la volonté de changer de race. Aujourd´hui, je n´ai pas de solution à proposer. Nous réfléchissons. Nous savons qu´un changement de race est délicat. D´ailleurs, pour aider nos producteurs, nous sommes en contact avec l´Upra Normande ou les centres d´insémination.

Pour quelle raison favorisez-vous le lait de la race Normande par rapport à la Prim´Holstein ?
T.G : L´activité de la fromagerie est basée sur les AOC de Normandie. Nous avons compris l´intérêt des A.O.C depuis une quinzaine d´années. Dans ce contexte, l´INAO (Institut National des Appelations d´Origine) a demandé une révision du cahier des charges des fromages A.O.C.
Jusqu´à maintenant, la zone géographique était définie. Peu de critères concernaient la qualité de la matière première. Mais, pour 2017 le Livarot devra être fabriqué exclusivement avec du lait de race Normande. Pour les deux autres fromages, il est demandé aux producteurs d´avoir seulement 20 % de lait de normande. Mais, le transformateur doit lui répondre à un taux de 50 %.
Pour la laiterie Graindorge qui ne fabrique quasiment que des A.O.C., ces taux sont difficilement applicables.

Pourquoi dépasser le cahier des charges AOC ?
T.G : Au niveau du consommateur, il est important d´avoir une image vraie de ce que peuvent être les A.O.C.
D´autre part, si on ne dépasse pas le cahier des charges, il y a une notion de discrimination. A quel producteur allons-nous demander d´être à
100 % en race Normande ? A quel autre va-t-on demander d´être à plus de 20 % ? Car pour l´entreprise, les
50 % de lait de normande ne sont pas compatibles avec les 20 % obligatoires du producteur.
La démarche engagée permet d´amener l´ensemble de nos producteurs vers un lait de race normande.

Mais toutes les laiteries n´ont pas effectué ce choix...
T.G : Qu´importe ce que font nos collègues. Nous souhaitons un ancrage fort dans l´A.O.C. Nous considérons que le lien au terroir passe par la race.
Il nous semble logique et normal que les fromages qui revendiquent l´AOC de Normandie soient fabriqués avec du lait dont la race des vaches porte le nom de la région.

Considérez-vous que le lait des Normandes présente une meilleure qualité que celui des Prim´Holstein ?
T.G : Des études de l´INRA ont montré que la qualité du lait au niveau des caséines permettait une meilleure "fromageabilité". C´est l´un des points qui oriente la stratégie de l´entreprise sur la voie de la Normandisation.

Comment cette volonté se traduira-t-elle sur le revenu des agriculteurs ?
T.G : En termes de rémunération, chez nous la prime à la Normande est indépendante de la qualité du lait. Les éleveurs la percevront donc dès l´engagement du changement de race. Notre matière première, nous la payons plus chèr au producteur.
Nous voulons une typicité du lait pour proposer de la valeur ajoutée sur le produit final. Pour une PME comme la nôtre, si nous voulons maintenir le prix du lait à nos producteurs malgré une spirale à la baisse, nous devons proposer une valeur ajoutée. La qualité justifie une tarification qui est parfois difficile à faire passer auprès des enseignes et donc des consommateurs.

Propos recueillis
par V. Motin

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