L'Agriculteur Normand 02 décembre 2019 à 10h00 | Par Pauline Schinazi, Animatrice Maraîchage Sol Vivant Normandie

Guillaume Haelewyn, portrait d’un maraîcher en non travail du sol

Maraîcher de 28 ans installé sur 2,85 ha depuis 2017 à Commes dans le Calvados, entre Bayeux et Port-Bessin, Guillaume Haelewyn pratique le Maraîchage sur Sol Vivant (MSV) en agroforesterie (420 arbres fruitiers), labellisé agriculture biologique.

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Pour Guillaume Haelewy, les techniques de maraîchage en non travail du sol ont pour intérêt majeur de limiter le désherbage des planches de cultures. L’objectif est donc de faire du zéro désherbage en plein champs et sous serre.
Pour Guillaume Haelewy, les techniques de maraîchage en non travail du sol ont pour intérêt majeur de limiter le désherbage des planches de cultures. L’objectif est donc de faire du zéro désherbage en plein champs et sous serre. - © CA

Dans son Jardin de deux’mains, il cultive 1,5ha en MSV, dont 1170m² sous serre et produit ses poireaux et pommes de terre en techniques culturales simplifiées et élève 100 poules pondeuses. Sa ligne de conduite : rationalisation et optimisation des actions pour gagner en rentabilité tout en produisant des légumes de qualité et en prenant soin de son sol et des gens qui l’entourent. En effet, son activité a permis de générer 31 000€ d’excédent brut d’exploitation et de salarier Florian dès la première année.
Découvrons les clefs de réussite du Jardin de deux’mains créé par Guillaume !
Une installation à 32 000€ d’investissements sans annuité
Ingénieur agronome diplômé de l’ESA d’Angers, Guillaume bénéficie de la dotation jeune agriculteur et s’est installé sur les terres de son père, polyculteur-éleveur en agriculture biologique. Ainsi, il loue le matériel de la ferme (un tracteur de 110ch et un godet désileur), s’équipe en achetant trois tunnels neufs pour 9000€, une pépinière de 165m², du matériel d’irrigation pour 2000€, des bâches, filets et voiles pour 2500€, et un semoir direct JP1 Terradonis.
Il aménage son magasin de vente dans le corps de ferme et investit dans un kangoo maxi 100% électrique d’occasion pour 6000€ qu’il qualifie « d’outil génial ». Il souhaite utiliser le moins possible d’énergie fossile sur sa ferme. Il a fait le choix de ne pas faire d’emprunt, ce qui lui permet de ne pas avoir à rembourser d’annuité. Une superficie assez faible pour les cultures sous serre contraint aujourd’hui la production mais, il cherche à optimiser un maximum en intensifiant les cultures.

Une priorité : nourrir la vie du sol qui nourrit ensuite les légumes
Pour Guillaume, comme pour tous les maraîchers du GIEE Maraîchage Sol Vivant Normandie, la fertilité du sol est au cœur du système de culture, garantissant la production et la santé des plantes. Ancienne parcelle cultivée en maïs et blé depuis 40 ans, il cultive un sol limono-argileux (plus de 20 % d’argile) avec un taux de matière organique initial de 2,3%. Il était donc essentiel de remettre en vie ce sol et de retrouver une certaine population de vers de terre de l’ordre de 2t/ha (Bouché, 2014).
Pour cela, Guillaume a tout d’abord apporté en 2017 40t de broyat de déchets verts et 40t de fumier de bovin sur 1,5ha qu’il a incorporé au déchaumeur puis a semé à la volée un engrais vert de fèverole, d’avoine et pois. Avec l’appui de l’association MSV Normandie, Guillaume nourrit son sol avec diverses matières organiques apportées en paillage de surface : copeaux de bois, compost de déchets verts, fumier équin très pailleux, ensilage frais et tonte d’herbe et de luzerne et ne travaille plus son sol. Il a pour objectif d’apporter entre 20 et 25 tonnes de matière sèche par an et par hectare, ce qui constitue la « ration du sol », couramment évoquée par François Mulet, fondateur du réseau MSV national et ancien maraîcher. Guillaume cherche à « se rapprocher du modèle de la forêt avec une litière permanente et une plante qui pousse dessus ». La fertilité et l’activité biologique du sol sont ainsi favorisées, et les vers de terre et les légumes nourris toute l’année !

Objectif zéro désherbage et aucune lutte chimique
Pour lui, les techniques de maraîchage en non travail du sol ont pour intérêt majeur de limiter le désherbage des planches de cultures. L’objectif est donc de faire du zéro désherbage en plein champs et sous serre. Guillaume a fait le choix de n’utiliser aucune bâche plastique dans ses jardins, hors l’occultation des planches après les cultures pour désherbage intégral si nécessaire.
Il gère donc le salissement grâce aux paillages organiques qui lui servent aussi de ration pour la vie du sol. Il souhaite également maximiser le recourt au semis direct pour limiter l’utilisation de tourbe dans le terreau et le repiquage. Il paille donc avec du compost de déchets verts à hauteur de 4 à 5 cm d’épaisseur pour préparer son lit de semence, afin de perturber le moins possible le sol et minimiser la germination des adventices. Cette technique est utilisée par exemple pour semer les carottes, mâche, épinards, panais et mesclun. Par ailleurs, il met entre 10 et 20cm d’ensilage vert de luzerne ou d’herbe sur ses choux, céleris rave ou courges ! Cela lui permet d’avoir des planches propres, occultées et nourries tout au long de l’année même pendant le temps des cultures. Il n’utilise aucun produit et a même abandonné l’anti-limace, qui n’a que très peu d’efficacité au Jardin de deux’mains compte tenu de la très grosse pression du gastéropode. Alors, pour lutter contre la limace, Guillaume utilise du compost, qu’il n’hésite pas à mettre au cœur des plants de courgettes par exemple : le compost se colle sur les feuilles et la limace n’apprécie plus de la grignoter. Pour les insectes ravageurs, il place des filets anti-insectes sur les cultures.

Une commercialisation au top
Guillaume vend en direct sur sa ferme le mardi de 16h à 19h30, livre l’Amap de Bayeux et vend en ligne sur Open Food France (nouvellement Coopcircuit), une plateforme coopérative en opensource qui lui permet de gérer ses stocks et toucher une clientèle plus citadine. Il a fait le choix de diversifier ses productions pour proposer une gamme large de produits à ses clients : l’agroforesterie lui donne des fruits, son atelier poules lui donne les œufs et il produit aussi des fraises et des framboises, les clients sont ravis !
Rejoindre le GIEE – Groupe Dephy Maraîchage Sol Vivant Normandie : une évidence !
Il rejoint l’association Maraîchage Sol Vivant Normandie dès le début de son aventure au travers du groupe MSV Normandie, reconnu Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE) et Dephy Ecophyto.
Ce collectif de producteurs met en œuvre des techniques de maraîchage sans travail du sol, afin de préserver le sol, sa biodiversité, tout en développant des modèles économiques viables pour les paysans.
Chaque année, des visites de fermes sont organisées pour développer le réseau. Les maraîchers se regroupent aussi au cours d’une journée technique annuelle en décembre pour échanger et remettre en perspectives leurs pratiques, leurs échecs et leurs réussites.

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