L'Agriculteur Normand 19 octobre 2017 à 08h00 | Par T.Guillemot

Henri a tourné sa dernière page

Henri Lefèbvre, fondateur de L’Agriculteur Normand et du Groupe Réussir, est décédé mardi 17 octobre à son domicile. Il avait 88 ans.

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 (© MCL) Aux côtés de deux fidèles compagnons de route disparus aussi : Pierre Roussel (ancien directeur de l’Eure Agricole) et Pierre Lefèvre (comptable de la Maison du Paysan et qui en deviendra directeur général). © TG Avec Henri Nallet en 1990, alors ministre de l’Agriculture, Porte de Versailles à Paris dans le cadre du SIA. Henri Lefèbvre est fier du journal du quotidien du salon de l’Agricuture réalisé par son équipe de journaliste © TG En 1984 lors d’une journée porte ouverte à l’Agriculteur Normand. Henri Lefèbvre explique la mutation technologique que va vivre la presse papier © TG

llll Henri Lefèbvre nous a quittés un mardi soir, à l’heure du bouclage. Un ultime clin d’œil avant de tourner sa dernière page. Une dernière page qu’il aimait tant, il aimait aussi la centrale, il aimait aussi la UNE... Il aimait en fait toutes les pages de L’Agriculteur Normand qu’il a porté sur les fonts baptismaux le 6 janvier 1969.Un projet qu’il a défendu avec l’appui de Jean Mouchel, agriculteur, président du comité de publication de l’époque et qui deviendra député européen quelques années plus tard.  Henri était un accélérateur d’idées. Si la Normandie politique est une réalité depuis un an, la Basse-Normandie de la presse agricole a presque 50 ans. Il a su convaincre les professionnels et les «pousse-crayons» de «La Manche Rurale», du «Paysan de l’Orne» et de «Mait’Jacques» d’unir leurs forces pour emprunter un même chemin. 2476 numéros plus tard, L’Agriculteur Normand avec ses 3 éditions départementales est toujours droit dans ses pages, coiffé d’un Réussir au-dessus de son logo. C’est le second fait d’armes d’Henri Lefèbvre. Après le local, il va essaimer une seconde fois avec toute son énergie pour créer un groupe de presse d’envergure nationale. Un pari fou à l’époque auquel peu croyaient. Le nombre d’exploitations en France commençait a décliner du fait de l’agrandissement et du phénomène sociétaire. Les trente glorieuses étaient déjà dans le rétroviseur et le marché publicitaire se chagrinait. Mais Henri croyait au couplage. Celui d’un journal hebdomadaire de proximité (le régional à éditions départementales avait sa préférence) adossé à une revue technique mensuelle spécialisée. C’est ainsi que va naitre le Groupe Réussir à travers la création d’une régie publicitaire et le rachat de la SODELF, société éditrice de la RLF (Revue Laitière Française) destinée à la transformation et à la distribution et de RLF Elevage, versus producteurs de lait. Mais l’agriculture hexagonale est plurielle et faute de titres spécialisés existants à racheter, une dizaine de revues spécifiques a été créée, des grandes cultures à la viande bovine, du porc à la volaille... D’autres partenariats vont se nouer autour du mouton et de la chèvre parallèlement. Réussir est aujourd’hui le leader de la presse agricole en Europe et si Henri Lefèbvre en a été la pierre angulaire, il a toujours su s’entourer et partager ses passions. L’homme avait de la gouaille et du panache malgré son vieux bout de mégot de roulée Ajja 17 rouge collé à la commissure des lèvres. Il en a troué des chemises et des cuirs de fauteuil de voiture à cause de cendres incandescentes tombées.  Il savait mobiliser. Il savait fédérer. Il savait prendre des risques... C’était un grand patron de presse et un capitaine de navire qui parfois tapait fort du poing sur la table quand les choses n’avançaient pas aussi vite qu’il le souhaitait. Son franc parlé n’était pas apprécié de tous. Il en a fâché plus d’un. Henri Lefèbvre n’a d’ailleurs jamais fini le chantier de l’unification de tous les titres de la PAD. Tant mieux, il a laissé aux nouvelles générations du pain sur la planche.Un pain, qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Henri allait gagner en 2 roues sur une vieille moto pétaradante. Il était alors «propagandiste» pour le compte du syndicalisme agricole. Il allait de ferme en ferme faire de la retape. C’est sur ce terrain qu’il s’est constitué un réseau et noué de solides amitiés terriennes. Il avait d’autres jardins un peu plus secrets, son potager, ses fleurs, la peinture, la sculpture. Il chassait ou pêchait en journée pour bridger en soirée. Mais ses deux grands amours ont été sans conteste le papier et l’écriture. Merci Henri, au nom d’une génération de journalistes terreux aimant l’agriculture productive et ceux qui la font, d’avoir su transmettre cette passion. Merci aussi au nom de tous les collaborateurs anciens et nouveaux des entreprises que tu as créées et pérennisées.

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