L'Agriculteur Normand 20 avril 2010 à 16h25 | Par T.Guillemot

Installation - Cuniculiculteur : un projet bien mijoté

Dominique Massart a mijoté son projet d’installation en lapin pendant 5 ans. Cuniculiculteur depuis avril 2007, il ne regrette pas son choix malgré une conjoncture délicate.

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Dominique Massart et Philippe Poret : diversification il y a 20 ans, la cuniculiculture est aujourd’hui un vrai métier d’éleveur qui suppose des investissements lourds, beaucoup de professionnalisme et de compétences techniques.
Dominique Massart et Philippe Poret : diversification il y a 20 ans, la cuniculiculture est aujourd’hui un vrai métier d’éleveur qui suppose des investissements lourds, beaucoup de professionnalisme et de compétences techniques. - © TG

Normandie Lapin tient son assemblée générale, vendredi 23 avril, à Bagnoles de l’Orne. Christophe Pajot, directeur de SNV (principal client du groupement) fera un point de situation du marché. En attendant, rencontre avec Dominique Massart, 448 cages-mères à Foulognes (14).

320 000 e d’investissement hors foncier
Après 17 années passées au service comptabilité de la FD Cuma du Calvados, Dominique Massart s’est installé jeune agriculteur à 40 ans moins 10 jours. C’était en avril 2007. “J’ai toujours aimé les lapins. Petit, j’en vendais même,” se souvient ce natif du Pas de Calais qui a mijoté son projet pendant 5 ans. Les travaux démarrés en décembre se sont achevés en avril : 320 000 e d’investissement hors foncier pour un outil de 448 cages-mères. “Dominique fait partie des derniers installés du groupement”, explique Philippe Poret, président de Normandie Lapin. Un sacré challenge puisqu’en 6 ans, et avec l’envolée du prix des matériaux, le prix de revient d’un tel outil a grimpé de 30 %. Autre envolée : celle des matières premières agricoles et donc du coût de l’aliment lapin (qui représente 50 % du total des charges). Pour Dominique, en 2008, la facture a grimpé de 55 e/t soit 13 750 e à la fin de l’exercice. Conséquence, l’EBE (Excédent Brut d’Exploitation) oscille entre 48 000 e et 44 000 e. En 2009, il a baissé de 12 %.

1 500 e à 1 600 e de revenu mensuel
Mais Dominique Massart ne se plaint pas. Son EPI (Etude Prévisionnelle d’Installation) tablait sur un revenu mensuel de 1 000 e. En 2009, il a dégagé de 1 500 à 1600 e. “Je n’ai pas perdu de pouvoir d’achat par rapport à mon statut de salarié”, se satisfait-il. Il faut chercher les explications du côté des bons résultats technico-économiques. Une combinaison entre un outil plus onéreux mais aussi plus performant (système “tout plein/tout vide”) et le savoir faire de l’éleveur. A Foulognes, on produit 16,74 kg/IA (Insémination Artificielle), la moyenne du groupement est à 15,45 kg. La marge brute sort à 12,80 e/IA (10,11 pour le groupement), l’IC (Indice de Consommation) à 3,28 (contre 3,66). “Si j’étais dans la moyenne, j’aurais des difficultés de remboursement d’annuités”, reconnaît-il. Un groupement à qui il doit aussi ses performances. “Que ce soit sur des questions d’alimentation, de génétique, des questions sanitaires (...), les techniciens et vétérinaires conseils de Normandie Lapin sont très pointus et réactifs”, insiste-il. Normandie Lapin gère également le calendrier des enlèvements et la facturation. Le groupement a par ailleurs mis en place un système de lissage saisonnier des prix afin d’éviter les soubresauts dans la trésorerie. “On sert un peu de banquier”, s’amuse son président.

De l’automatisation mais une astreinte quotidienne
Installé individuellement, Dominique Massart fait appel aux bonnes volontés familiales à l’occasion des pointes de travail. Notamment au moment des enlèvements. “Une bande de 6 semaines, c’est 3 semaines intenses suivies de 3 semaines plus calmes. Il faut s’organiser”, recommande-t-il. Faire faire même, puisqu’il s’attache les services d’une entreprise de nettoyage. Il est aussi équipé d’un automate de distribution des aliments qui gère aussi ventilation et température. Il a également investi l’an dernier dans un groupe électrogène et a en projet un système d’alarme.  Question sécurité mais aussi une façon de soulager les astreintes quotidiennes (2 heures minimum). C’est un peu le point faible de son système. “Si c’était à refaire, je ferai plus grand pour pouvoir disposer d’un salarié saisonnier”. 

Maîtriser la production
Mais la tendance n’est pas au développement de la production. “Notre politique, c’est mettre en phase l’offre avec le marché, insiste Philippe Poret, depuis 2007, ni création ni agrandissement à notre échelon”. La consigne est d’ailleurs nationale : 10 % de production en moins pour rééquilibrer une baisse de la consommation de 12 %.
Pas de quoi pour autant redonner un coup de fouet au prix payé au producteur. Pour autant, Normandie Lapin se satisfait de la bonne relation contractuelle qu’elle entretient avec son principal client SNV (Groupe LDC). Comme quoi la contractualisation peut aussi avoir du bon...
La question du renouvellement des générations n’est cependant pas résolue. “Ça fait partie de notre réflexion”, martèle Philippe Poret. Avec 1/3 des éleveurs confrontés à des difficultés de trésorerie, un prudence bien paysanne s’impose. Reste que le cas de Dominique Massart est riche d’enseignements. Même avec son statut de niche, la cuniculiculture est un vrai métier d’éleveur qui demande beaucoup de professionnalisme mais dont on peut vivre. Un prélable cependant ; “nous ne sommes plus dans la diversification”, concluent nos deux défenseurs du lapin.

Suite à la diffusion d’images volées par l’association L214, le CLIPP rappelle ses engagements sur le bien-être animal
L'association L214 a diffusé le 14 avril sur son site Internet une nouvelle vidéo montrant des images non représentatives des pratiques de la filière cunicole. Elles montrent notamment des cages monoplaces occupées par 2 voire 3 animaux (réalité ou montage?), des lapereaux juste nés écrasés par la lapine sur le grillage de la cage, alors que les lapereaux naissent en dehors des cages dans des boîtes à nid spécifiques (réalité ou montage ?), des flacons vides présentés comme des antibiotiques alors qu'il s'agit de semence etc... Autant d’interprétations mensongères pour choquer le public. Présentées comme tournées en France, ces images volées visent une fois de plus à décrédibiliser la profession. Le Comité Lapin Interprofessionnel pour la Promotion des Produits (CLIPP1) dénonce les méthodes utilisées par l’association (images volées et tournées de nuit – détournement de la réalité par le montage) qui ne peuvent constituer des faits objectifs et représentatifs. Ces méthodes et l'absence de transparence (images non sourcées) s’apparentent à une manipulation accentuée par les commentaires orientés. Le but de l'association L214, qui défend les thèses “antispécistes”, est de détourner le consommateur de la viande par tous les moyens. Le CLIPP condamne fermement les pratiques de L214 qui salissent la profession et les éleveurs. Les pratiques dans les élevages sont contrôlées et respectent les normes sanitaires en vigueur. Le CLIPP rappelle enfin qu’il n’hésitera pas à dénoncer toutes les situations qui ne seraient pas conformes aux bonnes pratiques. Depuis de nombreuses années, la filière a fait progresser les pratiques pour garantir aux animaux de meilleures conditions d'élevage. Elle prend part et soutient activement les discussions en cours sur l’harmonisation de la législation européenne sur les pratiques d’élevage et le bien-être animal.
(1) : Le Comité Lapin Interprofessionnel Pour La Promotion des Produits (CLIPP) a été créé en 1989, sous forme d’association, par des membres de la filière cunicole, soucieux de la qualité de leur produit et souhaitant s’engager dans une action commune pour la promotion de la cuniculture et de la marque générique " Lapin de France". Le CLIPP a été reconnu comme interprofession en 1999 par les pouvoirs publics.

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