L'Agriculteur Normand 08 mars 2016 à 08h00 | Par T.Guillemot

JA 50 : actions, réflexion et propositions...

Copie quasi parfaite pour l’assemblée générale de JA (Jeunes Agriculteurs) Manche qui s’est tenue vendredi dernier à St-Lô. Effet crise ou effet «der» de Jean-Hugues Lorault et de son équipe ? Sans doute un peu des deux à écouter les débats et le discours de clôture empreint d’émotion.

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Les Jeunes Agriculteurs de la Manche ont avancé un certain nombre de propositions à mettre en place dans les filières laitière, porcine et bovine. «Il apparait évident que l’agriculture française doit changer de type de fonctionnement. Pour en arriver là, l’ensemble des producteurs français doit s’impliquer dans la construction et la vie de sa filière. Chacun doit faire des consensus pour en arriver à un projet commun, grâce auquel chacun de nos systèmes réussira à remettre la main sur la valeur
Les Jeunes Agriculteurs de la Manche ont avancé un certain nombre de propositions à mettre en place dans les filières laitière, porcine et bovine. «Il apparait évident que l’agriculture française doit changer de type de fonctionnement. Pour en arriver là, l’ensemble des producteurs français doit s’impliquer dans la construction et la vie de sa filière. Chacun doit faire des consensus pour en arriver à un projet commun, grâce auquel chacun de nos systèmes réussira à remettre la main sur la valeur - © TG

"Vers de nouvelles filières agricoles pour une meilleure répartition de la valeur ajoutée». Tel était le thème proposé par JA 50 lors de son assemblée générale qui s’est tenue devant plus de 200 jeunes, vendredi dernier, à St-Lô. Après la présentation du rapport d’activité illustrant une année 2015 fournie en actions syndicales mais riche aussi d’opérations «communication», l’équipe dirigeante, à travers son rapport d’orientation, a formulé ses propositions.

Lait : massification
Département leader sur la production laitière, JA 50 prône sur le sujet la massification «pour être représentatif face aux entreprises de transformation, avoir les moyens de peser dans les négociations en s’entourant de négociateurs et avoir les moyens de mettre en place des actions judiciaires». Dans le fonctionnement, les producteurs adhèrent à une OP (Organisation de Producteurs) à qui ils délèguent la gestion du volume. Ce volume contractuel n’est pas cessible d’un producteur à un autre et donc en conséquence n’est pas marchand.  Une position claire du syndicalisme jeune, malgré certaines pratiques,  soutenue par d’anciens jeunes. «On ne peut pas manifester devant la DDTM parce que l’on a trop de charges et monayer des droits à produire qui n’ont aucune valeur juridique», a soutenu Pascal Férey, président de la Chambre d’Agriculture de la Manche et de la FRSEA Basse-Normandie. «La marchandisation des contrats laitiers n’est pas un critère de compétitivité», a rebondi Antoine Daurelle, administrateur de JA France. Pour certains cependant, cette pratique existe bien et le mieux serait peut-être de l’encadrer ? «Non», a fermement répondu Jean-Hugues Lorault.


Une OP unique
Dans cette nouvelle organisation, JA va même plus loin avec une OP unique par laiterie, ces OP étant réunies en AOP (Association d’Organisations de Producteurs) disposant d’un mandat de négociation. Et pourquoi ne pas légiférer pour rendre cette adhésion obligatoire ? «L’éparpillement des OP, c’est jouer la carte de la division, estime le député Philippe Gosselin pour qui il y a quelque chose à creuser dans cette proposition. Son collègue, Guénhaël, s’est montré plus prudent. «On vote une loi par semaine dans notre pays et nous aboutissons à un maquis législatif. Il faut être prudent avant de rajouter des textes aux textes. Avant la loi, il faut une organisation de filière forte». Personne n’en doute mais le président de JA de rappeler qu’un coup de main législatif est s’avérer nécessaire «pour faire plier les gros industriels, leur faire plier les pouces». Pan sur le bec de Lactalis qui finance des OP maison «pour diviser la famille des producteurs, ça ne peut pas marcher», dénonce le syndicalisme jeune et ainé.
Reprendre la propriété du tank, démultiplier des initiatives comme Or’Lait en Or’Yaourt ou Or’Fromage, oser le cagnotage..., JA ne s’interdit aucun chantier de réflexion même si, sur le dernier point, Jean-Hugues Lorault reconnaît que «c’est un peu utopique mais si JA ne fait pas de propositions...»

Viande : moins de labels
A l’instar du lait, JA souhaite au sein de la filière viande (bovine et porcine) un regroupement rapide des différents intervenants pour peser plus efficacement sur les marchés. Parallèlement, elle préconise un coup de balai dans la multitude de labels existants «qui entraine une segmentation des marchés et qui noie les logos VPF et VBF». Seuls, 3 seraient retenus : HQS (Haute Qualité Sanitaire), Label et Bio.
HQS «pour trouver de la valeur ajoutée sur le marché export et également valoriser nos contraintes franco-française, gage de qualité, nous proposons d’améliorer les produits standards en répondant à une problématique sociétale : l’antibiorésistance. Pour ce faire, nous proposons la non-utilisation d’antibiotiques sur toute la période d’engraissement des animaux (de 15 jours post-sevrage jusqu’à l’abattage)».
LABEL «pour regrouper tous les labels actuellement reconnus en France (label rouge, porc du Limousin, porc fermier d’Auvergne, cochon paysans…) qui, a quelques détails près, ont le même cahier des charges. Seule une différenciation par zone géographique serait acceptée (porc fermier du sud-ouest, porc fermier de Bretagne, porc fermier de Normandie). Pour massifier l’offre, l’ensemble des labels devra donc s’harmoniser au sein d’une même couverture géographique. Pour faire simple, une zone géographique = un cahier des charges».
BIO : «il a déjà un cahier des charges à part, nous n’avons pas la prétention d’y toucher. La seule évolution possible qui peut être envisagée, pour gagner en compétitivité sur cette filière, serait une harmonisation européenne du cahier des charges».

Contrib’ Agri
Afin de permettre aux éleveurs d’être rémunérés à la juste valeur du travail fourni, tout en restant compétitif à l’export, les JA de la Manche ne souhaitent pas toucher au prix de marché européen actuel et proposent d’augmenter le prix de vente aux consommateurs des viandes porcines et bovines de 0,35 € / kg (en rapport avec le coût de production actuel) via la création d’une contribution (Contrib’ Agri) du même type de l’écoparticipation déjà existante sur les appareils électriques, électroniques et consommables. Ainsi, la compétitivité française pour l’exportation restera aussi bonne que ces voisins.
La contribution aujourd’hui proposée à hauteur de 0,35 € pourra être évolutive en fonction des cours mondiaux des matières premières. Il sera donc possible de la réévaluer en l’indexant sur le prix du blé (3/4) et du soja (1/4) mensuellement. Le but étant, dans le pire des cas de revenir au minimum au prix d’équilibre. Cette augmentation permettrait aux éleveurs de récupérer près de 633 M€ pour le porc et près de 416 M€ pour la viande bovine. Le fruit de cette augmentation sera redistribué aux producteurs directement via une AOP (Association d’Organisation de Producteurs). Pour se faire, il sera nécessaire de créer une AOP « Distrib’ Agri » et c’est bien un contrat bipartie entre la GMS - RHD et l’AOP qui permettra de reverser la valeur ajoutée au producteur.
Les transformateurs dans ce cas précis deviendront prestataires de service et non plus négociateurs, se servant largement au passage.
Il sera laissé libre choix à la GMS - RHD de ventiler cette augmentation sur les produits qu’elle désire. Une fois par trimestre, le point sera fait entre la GMS / RHD et l’AOP. Les éleveurs auront quant à eux le devoir de remonter à l’AOP le nombre de kilos vendus sur le trimestre pour recevoir cette compensation.
L’AOP cumulée au regroupement des différents labels permettra également de massifier les offres et donc de corriger le rapport de force qui existe aujourd’hui avec les centrales d’achats. «Nous sommes conscients que les propositions de ce rapport peuvent paraitre ambitieuses, mais nous sommes sûrs que c’est en poussant des idées novatrices pour l’avenir que l’agriculture grandira !» en clap de fin.

Jean-Hugues Lorault : perdu, outré, frustré mais fier
Perdu. «Je suis perdu. Je ne sais plus trop bien qui est responsable de cette crise. Je ne sais pas qui m’a menti : le distributeur ou le transformateur ?»
Outré. «Je suis outré. Il y a quelques semaines, la loi de compétitivité sur l’agriculture, proposée par Jean Bizet, a été retoquée. Elle n’aurait pas tout réglé mais elle aurait constitué un signe fort de la majorité actuelle dont je regrette l’absence de représentants ici ce soir».
Frustré. «Je suis frustré. PAC, SNA, MAE... Ce sont des engagements que doivent prendre les producteurs mais nous sommes dans le pétrin. Que les promesses de l’administration soient tenues».
Fier. «Je suis fier d’appartenir à un réseau qui, depuis plus d’un an, se mobilise sur les différentes actions. Nous n’avons pas à rougir de cette mobilisation».

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