L'Agriculteur Normand 28 octobre 2015 à 08h00 | Par P. Bourry

Jean Bizet: "SEUL L’AVENIR M’INTERESSE"

Rencontres laitières européennes : la FDSEA de la Manche et la FNPL ont organisé les premières rencontres laitières européennes au Mont-Saint-Michel avec la participation des membres du COPA-COGECA, la transformation et la commission européenne. Monsieur Jean-Bizet, sénateur de la Manche et Président de la Commission des Affaires Européennes était présent à l’ouverture cet évènement. Revenons sur sa participation

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Pourquoi avez-vous répondu présent à l’invitation de la FNPL et de la FDSEA ?
J’ vois d’abord une marque de reconnaissance pour le travail que le Sénat a engagé… Je devrais dire plutôt la détermination, la persévérance et même l’obstination à défendre la cause agricole et plus particulièrement laitière car elle est au cœur de l’avenir de nos territoires. Les éleveurs méritent notre admiration et cet acharnement que j’ai mis dans mon travail n’est que la traduction de ce profond respect que j’ai pour cette profession. La deuxième raison est liée au titre même de ce colloque car vous avez choisi une approche européenne  - « Rencontres laitières européennes ». Cela fait plusieurs années que j’œuvre au Sénat en tant que Président de la Commission des Affaires Européennes pour imposer cette approche européenne et je me réjouis de vous voir adopter cet angle de vision.

Maintenant que les quotas laitiers sont terminés, quelles sont pour vous les régulations de substitution ?
La question mérite d’être posée car certains économistes, certains pays considèrent que le marché est le seul régulateur qui vaille. Pas de règle et « que le meilleur gagne », quitte à trancher, condamner, exécuter les plus fragiles s’ils ne sont pas prêts à la compétition mondialisée. Ce n’est pas le choix français : notre pays garde, de ses racines paysannes, une autre approche, plus équilibrée, et d’une certaine façon, une logique humaniste. À la fin des quotas laitiers, la France a œuvré dans le cadre d’un groupe de haut niveau pour mettre en place une régulation de substitution, c’est ce qu’on a appelé le “paquet lait”.

La contractualisation au travers des OP est-elle une solution à long terme ?
Certes, les contrats et les OP ne parviendront pas à équilibrer les relations entre éleveurs et producteurs mais c’est une évolution qui peut compter, et qui compte. Je sais que les syndicats agricoles sont très réticents à cette idée mais les observateurs, en particulier le médiateur des contrats, sont beaucoup plus confiants. Pour une raison très simple : c’est en 2016 que doit s’engager la préparation des nouveaux contrats laitiers. Autrement dit, les contrats de deuxième génération. C’est un rendez-vous qu’il ne faut pas manquer. C’est une occasion de corriger les erreurs du passé et de s’engager dans cette négociation avec force et confiance.

Cette nouvelle politique laitière européenne impose une volatilité des prix.
Quels sont pour vous les pistes de réflexion ?
L’Union européenne a fait le choix du libre marché et de la compétitivité. Soit. Cela n’empêche pas qu’il faut repenser la PAC. 70 % du budget de la PAC est consacré aux aides directes  Paiement Unique, paiement Inique. Chacun peut comprendre qu’il n’y a pas besoin d’aider les agriculteurs lorsque les prix sont rémunérateurs, ce qui arrive parfois dans certains secteurs et dans certaines périodes. L’aide directe ne doit pas être une rente, mais doit être une aide utile. Je suis partisan d’une évolution vers un dispositif assurantiel, à l’américaine utilisable qu’en cas de déprime des marchés. Par ailleurs, la position du Commissaire à l'agriculture M. Phil Hogan de soutenir les prix lorsque le Marché s'effondre par la seule aide au stockage privé et au PMA (programme alimentaire mondial) est nettement insuffisante. Une politique assurantielle est essentielle. Lors de son audition au sénat le Commissaire a annoncé la mise en place d'une Task Force pour faire des propositions sur ce point précis vers la fin 2016. Je serai attentif aux solutions proposées afin qu'elles soient réalistes et surtout réactives face aux évolutions très rapides des marchés.

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