L'Agriculteur Normand 09 décembre 2014 à 08h00 | Par E. Charon

Jean-François Le Grand : "il faut savoir s'arrêter"

Jean-François Le Grand passera la main, sans aucun regret, en mars 2015. "J'ai pris ma décision depuis longtemps". Retour sur 16 ans de présidence au Conseil général.

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L'homme est un peu fatigué, "je reviens d'un voyage à Madagascar avec les MFR et les Pompiers volontaires", mais le ton est ferme. "Alors, on m'enterre déjà ? " Habitué aux boutades, certaines lui ont coûté un poste de ministre sous Jacques Chirac, Jean-François Le Grand est devenu philosophe avec les années. Qualifié de jeune loup de la politique dans les années 1970-80, le successeur de Pierre Aguiton veut profiter de sa retraite. Son parcours, conseiller municipal de Lessay à 29 ans, sénateur à 40, président notamment du Conseil supérieur de l'aviation marchande pendant une dizaine d'années, JF, comme l'appelle ses intimes, la doit au RPR puis à l'UMP. Il connut toute la saga de la droite "classique", avant de renvoyer sa carte lors d'une joute fratricide au Sénat sur les OGM. Son dernier combat, c'est l'environnement. "Sujet crucial au coeur de nos problématiques sociales et économiques".

Pas de nouvelle mandature     au Conseil général, pourquoi ?
C'est une décision prise depuis six ans pour diverses raisons. Tout d'abord, le 4 avril 1982 lorsque j'ai été élu sénateur pour la première fois, je me suis promis de ne pas aller au-delà de l'âge de la retraite. J'ai un peu dérogé à la demande de mes électeurs (ndlr : Jean-François Le Grand a 72 ans) ; je ne souhaitais pas me représenter lors des dernières élections Conseil général, mais il y a eu quelques difficultés ici et là... Ensuite il faut savoir s'arrêter. En vieillissant, on n'est plus sûr d'être aussi performant que dans les années passées. Plus grave, lorsque l'on est en charge d'un exécutif comme le CG 50 on n'a pas le droit de se tromper, donc des questions se posent : est-on encore dans le coup ? Regarde
t-on la société avec le même regard, les mêmes analyses que les autres ? Bref, toutes ces interrogations au lieu de me les poser a posteriori, je me les suis posées a priori. Cette retraite, c'est une décision ferme et irrévocable.

17 ans de présidence, 39 années conseiller général. Quel bilan ?
Dresser un bilan est un peu prétentieux ; tout comme au Sénat (1982-2011), je n'ai été que locataire de cette fonction pour un temps déterminé. Je me situe dans une continuité. Ce que j'ai pu faire c'est aussi grâce à mes prédécesseurs. Une grande satisfaction ? Avoir fait de la politique autrement. Lorsque j'ai été élu la première fois, en tant que président du CG, beaucoup ont cru que cette phrase était un gadget, une formule toute faite. Pour moi, une idée d'où qu'elle vienne, si elle est bonne, doit être réalisée. En clair, j'ai toujours mis de côté les différences politiciennes pour aller à l'essentiel. Ce n'est pas forcément une union sacrée, plutôt faire en sorte que l'intérêt général soit la règle de fonctionnement. Le seul parti qui vaille, c'est celui qui permet d'améliorer la situation de la Manche et de ses habitants. J'ai donc invité mes collègues de droite et de gauche à évoluer dans ce sens. En fin de parcours, j'ai le sentiment d'avoir été à peu près compris. Pour moi, une collectivité qui n'entreprend pas ou qui n'anticipe pas, c'est une structure qui régresse.

Vétérinaire à vos débuts,     comment percevez-vous     l'agriculture ?
Lorsque j'ai été élu en 1976 au CG, j'ai demandé aux "anciens" si on prenait l'avis de la Chambre d'agriculture pour définir nos politiques en la matière. On m'a répondu : "jeune homme sachez qu'ici aucun syndicaliste n'a jamais mis les pieds". Je suis fier d'avoir fait rentrer la CDAM comme partenaire pour redéfinir nos politiques agricoles, même si l'agriculture se décide avant tout à Bruxelles. Le département ne met en place que des actions complémentaires (respect du bocage et de la haie par exemple). Les quotas laitiers disparaissent. Attention, la Manche doit garder sa vocation laitière, mais sur un mode qui ne soit ni hyper industrialisé ni artificiel, tout en privilégiant la relation entre la terre et les paysans ; ce qui n'empêche pas l'innovation technique au contraire. J'insiste, l'agriculture est à un tournant  extrêmement dangereux de son histoire. On pourrait aller à une trop grande concentration des exploitations. A mon avis ce n'est pas la bonne solution.

Quels dossiers laissez-vous     à votre successeur         et avez-vous un nom         à proposer ?
Tout d'abord les énergies renouvelables. Elles me tiennent à coeur. Après le Grenelle de l'environnement, tous nous avons pris conscience que la planète était en danger. Nous en sommes à la sixième extinction depuis les débuts de la planète. Cinq fois la terre s'est régénérée et ce n'est pas l'activité de l'homme de Cromagnon qui risquait d'influer sur son destin. Aujourd'hui l'humain émet énormément de CO2 avec ses industries. Il faut corriger cela, faute de quoi on condamne les générations futures à disparaître. Les énergies non émettrices de CO2 sont prometteuses : nucléaire bien sûr mais aussi l'ensemble des énergies renouvelables. La meilleure action pour moi, c'est l'investissement local avant tout. La situation de la Manche est extraordinaire en la matière. Nous avons une capacité de production analysée à 10 gigawatts potentiels en énergie décarbonnée ou presque. Il faut mettre le paquet dans cette direction : éolien, hydrolien, hydrogène ou biomasse. Je vais d'ailleurs proposer à la Chambre d'agriculture d'entrer dans une société mixte d'énergie (SEM), de manière à ce qu'elle ait un regard sur cette biomasse ou la méthanisation. Reste le stockage de l'énergie. Il nous faut construire une vraie filière. L'hydrogène, c'est ce qui se stocke le mieux. Nous avons trois challenges à relever : la fabrication en grande quantité ; son stockage puis son utilisation. Nous aurons, d'ici peu, des véhicules (camionnettes et bus) fonctionnant avec un hydrogène "made in Manche". DCNS et CMN sont aussi à la manoeuvre, cette fois pour construire un bateau de pêche fonctionnant avec cette énergie.
Philippe Bas (ndlr : sénateur et conseiller général de Saint-Pois) prendrait ma place ? Je n'ai absolument pas organisé ma succession ; de plus le Conseil général va évoluer en Conseil départemental. Ce sont ses membres qui auront à élire un président et les commissions.

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