L'Agriculteur Normand 15 novembre 2016 à 08h00 | Par T.Guillemot

Jean-Frédéric Poisson : « il y a un vrai défaut de perception de ce qu’est l’agriculture »

Jean-Frédéric Poisson, candidat surprise de ces primaires de droite, se présente sans complexe. Président du Parti Chrétien-démocrate (PCD) depuis 2013 et actuel député de la 10e circonscription des Yvelines, le « dernier chasseur en lice » comme il aime à le rappeler, prône pour une agriculture nourricière en priorité. Moins de charges, plus de confiance accordée aux gens du métier, faciliter fiscalement le renouvellement des générations, opposition aux accords Tafta et Ceta, constituent ses principales revendications.

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>> Quelle place doit tenir l’agriculture en France dans une société de plus en plus urbaine ?
Le retour de sa mission initiale qui consiste à nourrir le peuple français et à assurer l’indépendance et la souveraineté alimentaire de la France. Quand je vois qu’on importe de tout et de partout, que nos agriculteurs sont obligés de restreindre leur capacité de production, que nous sommes obligés d’importer des céréales, des fruits et légumes, qu’avec des accords comme le CETA, véritable coup de poignard dans le dos des éleveurs, on importera 70 000 tonnes de viande supplémentaire dans le contexte actuel… On n’a pas conscience de la fragilité d’un certain nombre d’exploitations en France, au sein des élevages mais aussi chez les céréaliers impactés par les récentes inondations. Le 2e rôle de l’économie agricole est de permettre aux agriculteurs de pouvoir vivre de leur travail.

>> Qu’est ce qui, justement, n’est pas fait aujourd’hui par le Gouvernement pour leur permettre de vivre de leur métier ?
La réorganisation de la PAC a été une catastrophe. Deuxième-ment, le fait de refuser que les exploitations agricoles soient considérées comme des entreprises économiques et que l’on puisse donc s’interroger d’abord sur leur pérennité et leur rentabilité avant de regarder autre chose. Troisièmement, le fait de considérer les agriculteurs comme des coupables parce que l’on considère que ceux sont les premiers pollueurs de la terre, alors que s’il y a bien une profession qui fait des efforts pour modifier ses pratiques, pour réduire la part des intrants avec le boom du bio dans les céréales et dans la viticulture par exemple, c’est bien l’agriculture. On voit que le gouvernement n’a rien compris. Il est empêtré et menotté par des lobbys écologiques qui l’empêchent de réfléchir, et, de ce fait, il n’est capable de rien. Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas sûr que le gouvernement précédent ait bien compris non plus. La décision des quotas laitiers n’a pas été prise sous la gauche. Il y a un vrai défaut de perception de ce qu’est l’agriculture, du fonctionnement des exploitations et une absence totale de conscience de l’état de la crise. Ce qui me frappe aujourd’hui c’est la légèreté avec laquelle le gouvernement a fait les poches des chambres d’agriculture en pompant leur trésorerie il y a maintenant deux ans. On parle quand même de centaines de millions d’euros qui ont été récupérés, lesquels seraient très nécessaires aujourd’hui dans les caisses des chambres pour soutenir les exploitations dont les trésoreries sont extrêmement tendues. Je ne sais pas combien d’exploitations seront obligées de disparaître ou de déposer le bilan dans les mois qui viennent mais je salue l’effort des banques mutualistes et de la MSA qui retarde le paiement des cotisations.

>> Au niveau européen, que faudrait-il changer dans le contenu de la PAC pour l’améliorer ?
Ce qui est impératif c’est de recentrer la PAC sur la production. Les entreprises agricoles, je le redis, sont là pour faire manger notre peuple. Protéger le paysage et l’environnement bien sûr, innover bien sûr, les agriculteurs le font depuis qu’ils sont agriculteurs. Mais ils le font d’une manière de plus en plus contrainte, qui les empêche de faire leur métier. L’aspect de la réglementation pèse sur eux et les met dans une situation de déséquilibre par rapport à leurs voisins concurrents. L’Allemagne emploie un tiers de travailleurs détachés, en termes de coûts de production on ne peut donc pas rivaliser. On comprend, de ce fait, comment elle est passée devant la France en volume de produits agricoles exportés. Je prends souvent l’exemple du lait qui est révélateur. Les éleveurs laitiers français que j’ai pu rencontrer au dernier Salon de l’agriculture m’ont dit que les Allemands produisent du lait deux fois moins cher, principalement du fait d’un différentiel en termes de normes. Je n’ai pas l’impression qu’ils s’empoisonnent pour autant en buvant leur lait. Nous voulons sans cesse être les meilleurs élèves de la classe en rajoutant des normes aux normes. La seconde raison est liée au coût du travail. La réglementation et les coûts de main d’œuvre pèsent sur les exploitations. Je crois qu’il faut d’abord faire confiance aux agriculteurs. Ces derniers n’ont pas intérêt et n’ont pas envie de détériorer ni leurs terres ni leur cheptel. Sur la PAC, il faut qu’on évolue vers un système de prix garantis et une réorganisation des filières en parallèle. Une des grosses différences entre l’Allemagne et la France se fait au niveau de l’organisation des filières. Plus on sera éloigné de ces systèmes de garantis de prix, c’est-à-dire de protection contre la fluctuation des prix, plus les agriculteurs seront tentés de recourir à la production pour augmenter les rendements. Car, à un moment donné, il s’agit de leur survie.

>> Concrètement, comment pourrait se traduire le système de prix garantis que vous proposez ?
Je pense que la mise à contribution des chambres, encore une fois, me paraît importante. Elles doivent se voir renforcées dans leur rôle à la fois de conseil, d’intervention, d’aides, de soutien aux exploitations. A Rambouillet territoire, nous avons mis en place, avec la chambre d’agriculture et la communauté d’agglomération dont je suis le président, un atelier de découpe en partageant l’investissement. Cette création a permis à ceux qui produisent de la viande de gagner en temps et en coût de transport. Cette co-subvention d’atelier est un exemple. On peut parfaitement imaginer sur un certain nombre de projets, d’autres partenariats entre les collectivités, les chambres d’agriculture et les producteurs.

>> Sortant du cadre purement agricole, comment pensez-vous redynamiser les territoires de France confrontés au dépeuplement ?
A Rambouillet nous avons élaboré un plan stratégique de développement : rapprocher les services des familles pour que les familles n’aient pas besoin de se rapprocher des services. Ça veut dire que plutôt que de faire une grosse crèche à Rambouillet, on va créer 5 micro-crèches dans les villages aux alentours. L’investissement est plus cher, mais vous maillez le territoire avec des services proches à disposition, de sorte que les familles conservent des raisons de vivre dans les villages. C’est aussi venir en soutien aux commerces de proximité, des tas de services doivent se greffer qu’ils soient publics ou commerciaux. Deuxièmement, c’est la question de la transmission des exploitations. Quand on voit le sort qui est réservé aux jeunes qui veulent s’installer, avec la perspective offerte aujour-d’hui, il faut avoir la foi pour le faire franchement. Il y a quelque chose à faire sur ce sujet en revoyant la fiscalité. Je plaide, dans le cas des transmissions des entreprises, pour qu’on ne fiscalise pas les bénéfices réinjectés dans l’outil de travail, et pour une fiscalité zéro sur le patrimoine industriel transmis dans le cadre d’une succession, afin de protéger la pérennité des entreprises. Mais il ne faut pas considérer uniquement le plan financier, mais aussi l’avenir que l’on propose à ces exploitants qui font la force de nos territoires.

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