L'Agriculteur Normand 12 décembre 2012 à 09h59 | Par T.Guillemot

Jean-Michel Pelleray, FDSEA de l'Orne - Dégâts de gibiers: stop on régule

Les dégâts de gibiers ne constituent pas une fatalité. Tout est question de régulation estime la profession agricole qui appelle à la concertation avec les chasseurs et l’administration.

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© TG

“Il va falloir trouver une solution face à la prolifération du blaireau”. Jean-Michel Pelleray, en charge des dégâts de gibier à la FDSEA de l’Orne, dispose d’un compteur : le nombre de coups de téléphone qu’il reçoit sur le sujet.Chassable en saison, le blaireau ne sort que la nuit. Il subit donc moins de pression. Il a même ses aficionados. Certaines associations aimeraient le voir classer “animal protégé. Restons très vigilants sur ce point”, recommande Jean-Michel Pelleray. Un blaireau qui commet les mêmes dégâts sur le maïs que le sanglier, autre bête noire de la ferme ornaise. “Fin août, début septembre au stade laiteux avec des pertes pouvant atteindre jusqu’à 60 %”. Face à cette problématique, la FDSEA revendique ses acquis comme “le report du 31 janvier au 28 février de la fermeture du tir au sanglier.” On peut y ajouter les battues administratives.Mais pour Jean-Michel Pelleray, le gros du travail réside dans une relation intelligente et constructive avec la fédération des chasseurs.

Dans le Calvados

“Le dégât aux cultures est une chose, mais il ne faut pas non plus oublier le risque sanitaire”, s’inquiète un producteur de lait du côté de Vire (Calvados). Celui-ci subit une pression de plus en plus forte des sangliers sur son exploitation à cause de la proximité d’un massif forestier. “Que se passera-t-il si, demain, un animal malade contamine mon troupeau ? Pour certaines maladies avérées comme la tuberculose, c’est l’abattage total et des mesures lourdes de prophylaxie qui sont la règle”. Et de demander des mesures responsables : “on ne peut pas clôturer toutes les forêts du département mais évitons les pratiques qui favorisent la prolifération du gibier sans gestion des populations derrière.”

Dans la Manche

Département peu boisé, on ne prélève que 1 500 sangliers par an dans la Manche. Quelques zones, en proximité de massifs forestiers, concentrent la problématique. Ailleurs et de façon éparse, “il suffit d’une à deux couvées réussies pour générer des dégâts”, observe Thierry Chasles. Dégâts aux maïs qui sont indemnisables (même si le montant des compensations peut faire débat) et dégâts aux surfaces en herbe (très pénalisants pour les ensilages) “qui pourraient être évités si tous les détenteurs de droit de chasse jouaient parfaitement le jeu.Mais certains gèrent leur domaine comme avant la révolution”, déplore l’agriculteur/chasseur qui reconnait au passage l’esprit de responsabilité dont fait preuve l’administration dans ce dossier.

Témoignage : grandes ripailles dans les maïs

Mi-septembre, Jérôme Leroux (Jeune Agriculteur à Aunou-le-Faucon/61) ne peut que constater les dégâts. Sa parcelle de 15 ha de maïs a été dévastée à plus de 25 %. Quatre hectares prometteurs couchés par les sangliers. Dans cette aire du massif forestier de Gouffern, ses voisins subissent aussi des fortunes diverses : de 5 à 40 % de dégâts. Au cumul, de quoi alimenter un troupeau de JB (Jeunes Bovins) pendant un an. Et ce n’est pas fini. A l’heure de l’envolée des matières premières agricoles et alors que se pose la problématique du défi alimentaire, ce gaspillage fait tache dans la campagne.
En charge du dossier “dégâts de gibier” à JA (Jeunes Agriculteurs) et en concertation avec leurs aînés de la FDSEA, le syndicalisme agricole réagit et agit. “Avec les fortes chaleurs de fin d’été, les sangliers se sont réfugiés dans les bois pendant la journée. Les battues dans les champs n’ont donc servi à rien(...). Ce sont des battues en forêt et en journée qu’il faut organiser mais l’ONF s’y refuse”, regrette Jérôme Leroux.
Pour autant, l’administration s’est montrée attentive au dossier. Les services de la DDT sont venus constater sur le terrain l’ampleur des dégâts. Résultat, une réunion de concertation avec les représentants des chasseurs devrait se tenir courant décembre. Elle permettra notamment de zoner les points noirs.
Zones dans lesquelles les sociétés de chasse devraient recevoir un courrier officiel de sensibilisation. Des battues administratives pourraient également être décidées. “Il faudrait aussi lever l’interdiction de tirer les petits animaux dont le poids est inférieur à 50 kg. Si les décideurs continuent à rester sourds, JA et FDSEA organiseront des manifestations”, conclu Jérôme Leroux qui invite tous les agriculteurs ornais confrontés au problème à l’appeler sur son portable (06 88 50 96 72).

Quelles sont les démarches à suivre pour être indemnisé ?
Dans un premier temps
La FDSEA incite tous les agriculteurs qui subissent des dégâts, même minimes, à les déclarer à la fédération des chasseurs. Cela peut être considéré comme une contrainte administrative supplémentaire mais cela permet au syndicat d’avoir plus de poids dans les négociations. De même, il ne faut pas hésiter à demander la mise en place de battues administratives lorsque les dégâts deviennent trop importants. Il est nécessaire de vous rendre régulièrement dans vos parcelles susceptibles de connaître des dégâts de gibier afin de prévenir la Fédération des Chasseurs dès l'apparition des dégâts.
La Fédération, après être prévenue des dégâts vous envoie dans les trois jours un dossier qui sera à remplir et à lui renvoyer minimum 10 jours avant la récolte. Vous vous engagez alors à conserver votre récolte sur pied pendant 10 jours pour permettre l’évaluation des dommages. Seul le renvoi effectif de la déclaration au siège de la Fédération Départementale des Chasseurs déclenche la procédure d’indemnisation des dégâts de gibier et permet d’instruire le dossier en mandatant un estimateur départemental chargé de faire l’évaluation quantitative des dommages subis. Lors de la visite de cet expert, il vous est conseillé de vous rendre avec lui dans les parcelles pour éviter les litiges qui peuvent être liés à l'expertise.

Evaluation financière et proposition d’indemnisation
L’évaluation financière du dossier est faite par la Fédération Départementale des Chasseurs dans les quinze jours qui suivent la fixation du barème par la commission départementale d’indemnisation.Une notification écrite de l’indemnité vous est alors adressée. Vous disposez de 10 jours pour faire connaître par écrit votre décision. Sans réponse, la proposition est considérée acceptée.
A retenir
- L’indemnisation n’est possible que pour les dégâts occasionnés par les seuls sangliers et grands gibiers soumis à plan de chasse.
- Déclaration par lettre recommandée avec accusé de réception, à adresser au président de la Fédération Départementale des Chasseurs, dès que des dégâts apparaissent.
- Attention à bien estimer le montant ainsi que la surface
- Ne pas oublier d’adresser la déclaration de dégâts au moins 10 jours avant la demande d’expertise définitive.
- Conserver la récolte sur pied pendant 10 jours pour permettre l’évaluation des dommages.

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