L'Agriculteur Normand 12 novembre 2014 à 08h00 | Par T.Guillemot

Jean-Pierre Fleury (président de la FNB) : "c'est l'époque du made in France"

"C'est l'époque du "made in France". N'en n'ayons surtout pas honte. Tous les pays d'Europe sont en train de le faire". Un message lancé par le président de la FNB (Fédération Nationale Bovine) à destination des consommateurs et des élus des collectivités territoriales.

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Votre lecture de la conjoncture bovine ?
Une conjoncture extrêmement difficile avec un effet cumulé de l'embargo russe et des sorties accélérées de femelles de réforme laitière. Cette conjoncture nous amène, depuis le mois de juin, à de multiples actions syndicales à plusieurs entrées.
D'abord sur le marché intérieur, on s'est donné 2 axes stratégiques. Le premier évidemment la grande distribution qui n'a pas joué le jeu du "made in France" "viande de France". Et puis, plus globalement, une grande distribution qui est dans sa guerre des prix. Elle massacre littéralement l'aval et par ricochet les éleveurs. On se retrouve aujourd'hui avec un décrochage de prix de l'ordre de 60 à 70 centimes d'euro du kg-carcasse. Cela représente une moins-value de 300 e par animal environ .

Pas de climat apaisé donc avec la grande distribution ?
Les négociations commerciales se font dans un climat complètement délétère. On est le seul pays au monde où, malgré 3 lois qui ont été votées sur la consommation, malgré de multiples médiateurs nommés, malgré l'observatoire des prix et des marges, cela ne fonctionne pas. La pression syndicale sur la grande distribution française reste le sujet numéro un.

Cette pression s'est notamment manifestée le 5 novembre. Attendez-vous quelque chose des pouvoirs publics ?
La première chose est de redonner du souffle aux exploitations. Il y a plusieurs façons de le faire. Un : obtenir un allégement des contraintes mais on est mal parti de ce côté-là puisque la reconnaissance de zones vulnérables supplémentaires n'est vraiment pas une bonne idée dans la période actuelle.
Tout ce qui tourne autour de la compétitivité. On doit en faire un fer de lance parce que nous sommes dans un secteur concurrentiel, d'abord européen, ensuite mondial.
Et puis, dans la période actuelle, les pouvoirs publics doivent prendre des mesures d'accompagnement des producteurs de viande par des allègements de charges (foncier non bâti, MSA...).
Autre difficulté au niveau aussi du système bancaire. Nous avons d'énormes difficultés à faire comprendre les pertes de revenu qui sont en moyenne de 40 à 50 % par rapport à l'an dernier, déjà pas brillant. 16 000 e de moyenne l'an dernier, vous mettez 40 à 50 % de baisse à des exploitations qui ont à peine le RSA pour faire vivre leur famille.
Dernier point demandé aux pouvoirs publics, c'est du dégagement de marché.  C'est du ressort européen. Nous sommes intervenus auprès de Bruxelles la semaine dernière au niveau du COPA. A l'unanimité des pays, il est demandé du dégagement de marché sur les pays tiers. On ne peut pas continuer. On est coincé avec cet embargo russe aujourd'hui et ses 40 000 à 50 000 tonnes de viande qui tournent en rond sur l'Europe sans débouché.

Viande bovine et réforme de la PAC, un commentaire ?
Nous sommes dans la dernière ligne droite mais ça traine beaucoup. Je n'ai jamais vu une réforme dont les dispositifs sont si longs à sortir. A l'heure où je vous parle, la PMTVA est certes bouclée dans ses montants mais pas dans ses modalités. Ça fait toujours l'objet de discussions avec le cabinet alors qu'on est qu'à quelques mois de la mise en place. Globalement, cette PAC est très contrastée pour notre secteur. L'effet convergence se mesurera d'une région à l'autre, d'un département à l'autre et d'une exploitation à une autre en fonction de leur historique. Les 50 premiers hectares auront peut-être des avantages dans certaines régions mais de grands désavantages dans d'autres.
Un point positif quand même, le plan protéines. C'était une chose que nous avions demandée, notamment pour l'autonomie des exploitations moins dépendantes des achats extérieurs. Le ministre nous a entendus sur ce plan. Nous espérons que cela permettra de redonner de la compétitivité.
Sur la modernisation, nous avons été entendus aussi mais attention. La grande particularité, c'est que les fonds européens vont dépendre désormais des conseils régionaux, avec d'ailleurs leurs évolutions futures sur lesquelles il faut rester extrêmement vigilant. Cette décentralisation de la gestion des fonds européens appelle une plus grande vigilance syndicale dans ces discussions régionales, plus particulièrement sur les notions de compétitivité et de mesures agro-environnementales.

La FNB entame en Normandie un tour de France des régions. Quel message êtes-vous venu porter ?
Plus que jamais, l'action syndicale peut être payante dans cette période extrêmement troublée où la mondialisation avance à grands pas.
Plus que jamais, les producteurs de viande, en tout cas à l'intérieur de la FNSEA, doivent rester groupés et unis parce que les gens auxquels nous avons à faire dans cette mondialisation disposent de moyens de compétitivité bien supérieurs aux notres. Nous devons nous concentrer à l'adaptation de nos exploitations, en particulier dans le secteur bovin. Nous entrons dans une période où les éleveurs doivent être très attentifs aux signaux du marché et à la façon dont ils vont diriger leur exploitation dans les  années à venir.
Plus que jamais, nous devons avoir des éleveurs formés, sensiblisés à la notion des coûts de production. Continuons de porter ensemble syndicalement un message en faveurd'une filière viande bovine qui met en avant les produits français et la viande de France.

Et au consommateur ?
Mangez français parce que tout simplement cela signifie emplois français, sécurité sanitaire française... Sur ce sujet, je tiens à faire passer un message aux élus des collectivités territoriales. Ne nous racontez plus que ce n'est pas possible de passer des marchés avec de la viande française. A partir du moment où les collectivités demandent une origine précise, cela ne pose aucun problème. C'est l'époque du "made in France". N'en ayons surtout pas honte. Tous les pays d'Europe sont en train de le faire.

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