L'Agriculteur Normand 23 mars 2016 à 08h00 | Par Elsa Petit

Jean Turmel : « la crise a plané sur tous nos échanges »

Le paysage laitier, français comme européen, connaît une actualité chargée depuis plusieurs jours. Le très attendu Conseil réunissant les 28 Ministres européens de l'Agriculture s'est réuni le 14 mars, faisant plusieurs annonces. Les 16 et 17 mars, se tenait le Congrès annuel de la FNPL. Deux journées riches en échanges, qui ont été conclues par un discours de Stéphane Le Foll. Que faut-il en retenir ? Nous avons fait le point avec Jean Turmel, Président de la section lait régionale et administrateur FNPL.

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> Dans quelle ambiance s'est tenu le congrès de la FNPL ?
Evidemment, la crise a plané sur tous nos échanges. Le Congrès a débuté par les traditionnelles interventions des Régions. Nous avons entendu des prises de parole déterminées et fermes. Un cri du coeur unanime : ça ne peut plus durer !

>> J'imagine que le sujet de la Charte laitière de valeurs de la FNPL a été abordé. Où en est-on ?
Sur le contenu, l'objectif de la Charte est de donner une dernière chance au bon fonctionnement de la filière et d'arrêter de détruire de la valeur. La filière doit partager le bon comme le moins bon : le risque lié à la volatilité, qui doit être assumé par tous, mais aussi la bonne valorisation du marché intérieur, qui doit aussi profiter aux producteurs. Lors du congrès, nous avons bénéficié du partage d'expérience de trois pays voisins, la Belgique, l'Espagne et l'Angleterre, au sujet de leurs initiatives pour une meilleure répartition de la valeur ajoutée dans la filière. Trois méthodes différentes, mais qui nous confortent dans l'idée que la Charte va fonctionner chez nous !
Tous les distributeurs ont signé la Charte depuis maintenant plusieurs semaines. Quelques PME privées ont suivi aussi. On a enfin la signature toute récente de Sodiaal, d'Eurial et Agrial, et aujourd'hui Laïta. Malheureusement, il reste encore des mauvais élèves... Cela en dit long sur leur conception du fonctionnement de la filière !

>> Mais concrètement, quel sera l'impact de cette Charte pour les producteurs ?
Les premiers effets de la Charte se font déjà ressentir. Les négociations commerciales sur les marques, qui ont pris fin ce 29 février, ont eu une issue plutôt favorable. Au vu de la conjoncture, on craignait que les tarifs baissent de 6 à 7%. Au final, ils ont été maintenus au même niveau qu'en 2015. C'est un succès. Stéphane Le Foll a d'ailleurs reconnu que la Charte avait contribué au bon déroulement de ces négociations. Les médias ont aussi largement commenté ces négociations en soulignant que le secteur laitier avait été épargné par les complications rencontrées dans les autres filières.

>> Le thème de la création de valeur ajoutée semble être revenu de façon récurrente lors du congrès. Quelles autres pistes ont été évoquées ?
Nous avons effectivement beaucoup échangé sur les moyens à mettre en oeuvre pour créer de la valeur à la base de la chaîne, dans les cours de ferme... et la garder ! En fait, nous avons tous les outils en main mais nous ne nous en servons pas. Je pense à la Charte des Bonnes Pratiques d'Elevage. Ce travail supplémentaire a de la valeur ! On nous a présenté une étude du CNIEL selon laquelle la grande majorité des attentes du consommateur se retrouve dans la CBPE. Ce travail supplémentaire est fourni par les producteurs, c'est donc bien aux producteurs que doit revenir la valeur ajoutée correspondante.

>> Au sujet du Conseil des Ministres du 14 mars : quelles conclusions en a tiré Stéphane Le Foll ?
Il s'est déclaré globalement satisfait des mesures annoncées. Même s'il y a du mieux, nous, syndicalistes, ne pouvons pas en dire autant !
>> C'est-à-dire ? Quelle est votre interprétation ?
Reconnaitre qu'il y a une crise de surproduction, c'est bien, mais il fallait se réveiller plus tôt ! Et quand la Commission Européenne nous dit que les Etats membres seront autorisés à réguler leur production, c'est bien joli, mais sur la base du « volontariat » et sans indemnisations des volumes non produits, avec des pays comme l'Irlande, il n'y a aucune chance que ça aboutisse !
Sur la question de l'augmentation du plafond des stockages publics, cela va donner un peu de souffle aux marchés saturés, mais ce n'est que du court terme !
La mesure qui me satisfait davantage est celle qui porte sur l'accord de principe donné à la France pour expérimenter l'étiquetage obligatoire de l'origine du lait, y compris sur les produits transformés. C'est une revendication syndicale que nous portons depuis longtemps.

>> Et au niveau national, que doit-on retenir de l'intervention de Stéphane Le Foll au Congrès ?
Ce que je retiens, c'est son annonce sur la réunion des opérateurs de la filière le 22 mars, pour faire suite au Conseil des Ministres. Nous attendons l'issue de cette réunion.
Stéphane Le Foll a confirmé que des mesures législatives seront mises en place pour interdire la cessibilité marchande des contrats de volumes. Cela devient urgent !
Un nouveau décret qui concerne les JA a également été annoncé. Jusqu'ici, certaines dotations JA devaient être remboursées si le revenu annoncé dans le PDE n'était pas atteint au bout des 5 années. En cette période de crise, le décret empêchera ces demandes abusives de remboursement. C'est une bonne nouvelle !
Le Ministre a aussi validé l'idée de faire entrer la distribution au CNIEL. Sur ce point, je suis d'accord. La distribution peut participer aux échanges interprofessionnels. Encore faudrait-il que l'interprofession retrouve son rôle de moteur sur les sujets économiques, et ça, c'est un vrai défi que le collège producteurs du CNIEL compte bien relever. Sinon, il faudra prendre d'autres décisions.

>> Globalement, quel est le bilan de ce congrès ?
Le congrès a été vivant, réactif. Il a coulé les fondations d'un nouveau grand chantier, celui de la reconquête de valeur dans la chaîne alimentaire.

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