L'Agriculteur Normand 23 janvier 2013 à 08h50 | Par T.Guillemot

Jean-Yves Heurtin - Coller aux attentes du terrain

Siégeant déjà depuis 6 ans à la Chambre d’agriculture, Jean-Yves Heurtin est tête de la liste “Réunis pour l’agriculture de demain.” Priorité : être réaliste et pragmatique pour coller aux attentes du terrain.

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© TG

Jean-Yves Heurtin, qui êtes-vous ?
Je suis agriculteur à Ouilly-le-Tesson sur le canton de Bretteville-sur-Laize.Installé à l’âge de 16 ans, ce que l’on m’avait fortement déconseillé. Je l’ai assumé complètement et aujourd’hui je ne regrette rien. C’est un de mes traits de caractère, je suis quelqu’un de déterminé. Je ne travaille pas seul. Je suis en forme sociétaire qui comprend 3 associés exploitants et 1 salarié. L’exploitation, c’est un atelier de vaches allaitantes avec engraissement de tout ce qui nait sur l’exploitation avec pour partie vente directe de viande bovine. Nous exploitons 210 ha dont 85 ha en prairies permanentes. Le reste en céréales et oléoprotéagineux plus 6 à 7 ha lin.

Et sur un plan personnel ?
Je vis maritalement. Ma compagne travaille à l’extérieur. Nous avons une fille de 4 ans et un fils de 4 mois.

Qu’est-ce qui vous motive dans cette candidature ?
L’envie de tirer tout le monde vers le haut. La volonté de proposer des projets portés par toute une équipe et les mettre en œuvre. Arrêtons de nous “victimiser” en prétendant que tous nos maux proviennent de la mondialisation, de Bruxelles, de nos élus nationaux (...).Nous pouvons développer une dynamique locale à condition d’être innovant. Il faut creuser toutes les pistes. Au-delà d’un “plan protéine”, je pense aussi au dossier “méthanisation” potentiellement source de valeur ajoutée pour une très grande majorité d’agriculteurs. Mais comme il s’agit d’un dossier complexe, la démarche collective est la mieux adaptée.

Particularité de cette élection : une dose de parité homme - femme. Cela vous a rendu la constitution de la liste plus difficile ?
Tout d’abord, 1/3 des exploitants sont des femmes. Il est donc tout a fait justifié qu’elles soient mieux représentées au sein des OPA.
Après, la question ne s’est pas posée en ces termes. Comme notre objectif est d’améliorer le quotidien des agricultrices et des agriculteurs du Calvados, dans toutes ses filières, dans tous ses territoires, il nous fallait être représentatif de cette diversité. Certains sont intensifs, d’autres extensifs. Ça n’a pas été un critère de jugement. Tout choix est respectable. Ce que nous avons privilégié, ce sont des femmes et des hommes qui acceptent de s’impliquer pour une cause commune autour de notions de solidarités et d’un projet d’avenir.

Quels sont les ingrédients d’une bonne équipe ?
D’abord une bonne cohésion entre tous les colistiers. Ensuite une motivation partagée pour faire progresser l’agriculture calvadosienne dans le bon sens. Notre objectif est de retrouver le dynamisme perdu depuis 18 ans. Enfin, c’est une équipe qui a des idées mais pas des idées fumeuses ou fumantes. Des idées très terre à terre qui répondent aux problématiques de notre territoire.

Un exemple ?
Elaborer un vrai “plan protéines” sur notre département dans le cadre d’un partenariat gagnant - gagnant entre éleveurs et producteurs de céréales. Ce n’est pas simplement quand le soja est à 500 e qu’il faut se poser la question.
Imposons-nous une réflexion prospective et développons des visions à moyen terme où chacun y trouvera son compte.

Au-delà des bonnes intentions, avez-vous des acquis à votre actif ?
Le complément laitier à l’installation que nous avons réussi à faire doubler. J’étais à l’époque président des Jeunes Agriculteurs du Calvados et il a fallu se battre pour faire avancer les curseurs. Nous avions face à nous des élus de la Chambre d’agriculture qui étaient “contre”. Ceux la même qui se prononcent aujourd’hui “pour”.Cela illustre l’importance de se poser les bonnes questions au bon moment.
J’ai ensuite assumé des responsabilités au niveau de JANormandie. L’occasion de booster le chantier de la communication sur le métier d’agriculteur à travers entre autres les forums régionaux sur les métiers de l’agriculture et du para-agricole.

Des projets en cours ?
Ce n’est pas par hasard si j’ai évoqué la méthanisation. Nous avons un projet au niveau du Pays de Falaise que mes collègues agriculteurs m’ont demandé de porter. Nous y avons dépensé beaucoup d’énergie mais il avance à pas soutenus.
Nous avons déposé le permis de construire et, si nous ne rencontrons pas trop de difficultés administratives, le tout devrait être opérationnel au cours du 1er semestre 2014. Preuve si besoin que, quand on prend les dossiers à bras-le-corps, on peut avancer rapidement.

Vous estimez que, sur ce type de projet, la Chambre consulaire n’est pas assez présente ?
Mais même sur des dossiers de moindre ambition. Lors de la construction de l’A 88 entre Alençon et Caen, des opportunités de subventions se sont présentées. Ça pouvait concerner de l’aménagement de corps de fermes, de l’aide au recyclage de pneus dont nous nous servons pour couvrir nos silos... Nos représentants élus n’ont sollicité aucun fonds. C’est pourquoi j’ai pris des initiatives qui ont abouti à la prise en charge par exemple de 75 % du coût de ce recyclage.Dans l’Orne, traversée aussi par l’A88, c’est la Chambre d’agriculture qui a accompagné ces opportunités financières. Elle s’en est chargée administrativement. Elle a engagé des moyens pour constituer les dossiers. Ce ne sont peut-être que de petites choses mais, au final, c’est quand même un manque à gagner pour l’agriculture du département.

Ni président, ni secrétaire général de la FDSEA sur votre liste. Faut-il y voir un signe politique ou syndical ?
Non. Soyons très clairs, notre liste est soutenue par la FDSEA et les JA mais nous avons fait le choix de candidats qui ont une expérience mais qui n’ont pas de responsabilités trop prenantes.Les membres de “Réunis pour l’agriculture de demain” assument des responsabilités dans des groupements d’employeurs, des CUMA, des filières, dans la vie associative locale (...) mais ils se sont tous engagés à se mettre au service de la Chambre si les agricultrices et agriculteurs du Calvados nous accordaient leur confiance. Nous souffrons trop actuellement de l’absence de certains élus professionnels sur des dossiers aussi capitaux que l’urbanisation, la pression foncière, le classement des haies, l’environnement, la politique de l’eau...On l’a malheureusement constaté sur les projets d’aménagements routiers dans les bourgs. FDSEA et JA ont manifesté leur mécontentement auprès des élus locaux. Des élus qui se sont dit étonnés. Ils avaient bien sollicité l’avis de la Chambre mais n’ont obtenu aucun retour.
Il est d’ailleurs amusant de lire que le président de la Chambre d’agriculture veuille s’approprier certaines avancées. Les JA travaillent sur ce point noir que constitue la circulation des engins agricoles, particulièrement en zones périurbaines, depuis 4 ans. La FDSEA en a fait un cheval de bataille depuis 2 ans alors que les élus de la Chambre d’agriculture ont brillé par leur absence notamment sur les dessertes agricoles de Falaise.J’ai dû là encore, avec le réseau FDSEA/JA, me battre pour rattraper le coup. Au niveau du contournement du centre ville de Bayeux, d’aménagements routiers à Cambes-en-Plaine, ce sont encore la FDSEA et le JA qui ont retroussé leurs manches. Alors sans nourrir inutilement la polémique, halte quand même à la démagogie.

Dans l’actualité proche, il y a la “grande ferme” à Fontenay-le-Marmion sauvée des griffes de recyclage de GDE. Un commentaire particulier ?
C’est une satisfaction que de voir une exploitation dynamique, en vente directe, génératrice d’emplois (25 salariés), porteuse d’une image positive de l’agriculture en périphérie caennaise, ne tombe pas dans les mains d’un industriel qui allait en faire je ne sais quoi.Sur ce dossier encore, faisons le constat que FDSEA et JA, en menant des actions sur le terrain, en alertant les candidats à la députation, ont permis de réorienter une situation qui allait dans la mauvaise direction.

Au-delà de ce cas d’école, c’est toute la problématique foncière qui est posée ?
Un problème récurrent parce que le foncier, ça ne se fabrique pas. Au contraire, ça se détruit. Dans le Calvados, 1 700 ha dont 700 ha artificialisés, sont retirés chaque année de la production agricole.
Parallèlement, les jeunes ont besoin de terre pour s’installer. Ceux en place aussi pour conforter leur outil, pour développer leur entreprise comme dans les autres secteurs d’activité, pour améliorer leurs ratios technico-économiques. Je ne peux à ce titre que déplorer l’absence de la Chambre d’agriculture sur les documents d’urbanisme. Ou, quand elle emet un avis, qui certes n’est que consultatif, il est souvent trop tard. Les élus ont déjà pris leur décision. On subit alors qu’il faudrait au contraire agir bien en amont.

Il existe pourtant une commission prospective et développement ?
Elle n’a sorti aucun projet pendant 6 ans. Cela a contribué à la course au foncier. Une course qui génère un climat déplorable dans la campagne. A chaque offre, qu’elle émane de la SAFER ou d’un notaire, 10, 15 voire 20 candidats se manifestent. Comment dans ces conditions pouvez-vous ne pas créer de frustrations? Ne pas générer de mécontentements ? Mais plutôt que de casser la SAFER, et même si certaines critiques sont sans doute fondées, définissons clairement nos priorités. Ayons une vision transparente et partagée du schéma des structures. Assumons nos responsabilités plutôt que de vouloir toujours se repasser la patate chaude.
Cela n’empêche en rien la recherche de valeur ajoutée en dehors de la voie de l’agrandissement. Il existe d’autres solutions que de vouloir “bouffer” son voisin. D’autres départements l’on fait. C’est une question de volonté. A l’heure du choix, j’invite donc toutes les agricultrices et tous les agriculteurs à se positionner en analysant projet contre projet.

L’eau a fait également couler beaucoup d’encre au cours de cette mandature. Le président sortant de la Chambre a eu le mérite de créer un COPA Eau ?
Oui mais les élus de la Chambre d’Agriculture n’ont pas bougé durant les 4 premières années alors que les contraintes arrivaient à grands pas. Il a fallu que des voix s’élèvent. Que la contestation se structure à travers la création de CAPTAGES pour que nos élus bougent. C’est dommage d’être dans la réaction et pas dans l’action. Dommage de ne pas être visionnaire quand on est censé défendre les intérêts de ceux qui nous accordent leur confiance. C’est quasi une faute professionnelle.

La liste du président sortant, Michel Legrand, est soutenue par la Coordination rurale. En quoi son approche syndicale diffère de la vôtre ?
Je n’ai pas de jugement de valeur à porter sur les autres syndicats. Ce que je constate simplement, c’est que la Coordination rurale fait abstraction de la mondialisation et des contraintes de l’OMC. Elle oublie que la France est au cœur de l’Europe... Au-delà, j’invite chaque agricultrice et chaque agriculteur à analyser les positions de la CR pour se forger sa propre opinion.

Et par rapport à la Confédération paysanne?
La Confédération paysanne a fait le choix d’axer ses actions sur les exploitations les plus modestes et particulièrement l’agriculture biologique. C’est un choix respectable mais qui n’est pas le nôtre. “Réunis pour l’agriculture de demain” rassemble tout le monde. Nous fédérons du bio à côté de l’intensif pour être représentatif de l’agriculture départementale. Le schéma unique n’existe pas. Alors “oui” à l’AB mais pas à marche forcée.Son développement doit répondre au développement de son marché. C’est la demande du consommateur qui crée l’offre. Pas le contraire. Si on ne respecte pas ces équilibres fragiles, on risque de dévaloriser voire effondrer cette filière.

Un dossier chaud dans les prochains jours, c’est l’environnement avec la directive nitrate. L’agriculture peut-elle accepter des contraintes supplémentaires?
Il n’existe aucune fatalité à ce qu’on veut nous imposer. Il faut se battre. Les combats menés par la FDSEA et les JA ont là aussi porté leurs fruits. Je pense au report de la date de destruction des couverts végétaux. Je pense à la levée de l’obligation d’implanter un couvert avant une culture industrielle. Pour défendre ce dossier, nous nous sommes appuyés sur des expérimentations menées par la coopération. Je pense qu’elles auraient du être le fait de la Chambre d’agriculture. Les 4 Me d’impôts que les agricultrices et les agriculteurs paient chaque année doivent servir aussi à cela. Exemple avec Ecophyto 2018. Le message de la Chambre ne doit pas être de dire “préparez -vous à réduire les doses de produits phytosanitaires de 50 %”. Elle doit mener des recherches pour savoir jusqu’où on peut aller, territoire par territoire, production par production dans cette diminution sans pénaliser la rentabilité économique de nos exploitations. Après, politiquement, c’est aux élus mandatés par leurs pairs de monter au créneau.

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