L'Agriculteur Normand 29 novembre 2017 à 08h00 | Par Christian SAVARY Pour le réseau des Chambres d’agriculture de Normandie

L’ameublisseur pour aider à restructurer le sol !

Depuis quelques années, l’agriculture est en réflexion sur ses pratiques de travail du sol et de semis. L’agroécologie a mis sur le devant de la scène les pionniers du semis direct et de l’agriculture de conservation et fait prendre conscience à ceux qui ont des pratiques plus classiques qu’il peut y avoir des voies différentes à explorer.

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Schéma de principe de l’ameublissement selon AGRISEM
Schéma de principe de l’ameublissement selon AGRISEM - © AGRISEM

Mais l’évolution n’est pas simple car les conditions pour réussir nécessitent de profonds changements (rotations, couverts végétaux, faible perturbation du sol, semis sous couvert, plantes compagnes…), une forte fibre agronomique, un grand sens de l’observation, un bon diagnostic de ses sols et une phase transitoire plus ou moins longue de travail du sol et de semis simplifié avant  de réunir toutes les conditions (Vie du sol) pour passer au semis direct qui ne se conçoit plus sans couvert végétal permanent du sol.

Période de transition et d’apprentissage
Le défi est également plus compliqué dans les terres à fort potentiel et les sols sensibles au tassement (limons), car les erreurs peuvent générer des niveaux de pertes de rendement plus significatives. Les 40 années d’essais menés par l’ITCF, puis ARVALIS sur le site de Boigneville démontrent, malgré tout une bonne adaptation de la rotation « maïs grain/blé » à la réduction du travail du sol. Les rendements sont comparables mais les charges de mécanisation et la consommation de carburant sont plus favorables au semis simplifié et au semis direct. Le travail du sol par les plantes, les vers de terre et différents micro-organismes permettant d’opter pour le semis direct, nécessite généralement 3 à 5 années. Pendant cette période transitoire, il faut s’appuyer sur des matériels capables d’améliorer la structure tout en évitant de perturber la vie du sol. Avant de se lancer, mais aussi lors de la mise au point, il est nécessaire de se former,  échanger en groupe et partager ses expériences.

Ameublir plutôt que décompacter !
Contrairement au décompacteur qui travaille en éclatant le sol et en bouleversant les horizons, l’ameublisseur restructure le sol plus en douceur : Il soulève un matelas de terre de 20 à 40 cm et crée une ondulation (effet « vague ») qui provoque une fissuration majoritairement verticale. Le passage de l’outil est à peine visible, en particulier sur sol couvert.  La matière organique reste en surface, favorisant ainsi le travail de vers de terre et micro-organismes. Le drainage du sol est amélioré, le sol se réchauffe un peu plus vite et facilite l’enracinement. L’ameublissement du sol doit être raisonné au cas par cas grâce à l’observation du sol : c’est une solution de rattrapage après des conditions de récolte difficiles ou sur les zones de trafic et un préalable pour préparer ses sols au semis direct ou simplifié en cas de zones compactées (semelle de labour, semelle intermédiaire, tassement de roues…). C’est avant tout grâce à la couverture permanente des sols (Couverts végétaux/Cultures) et à la prévention du tassement (pneus, charge à l’essieu, mais aussi décalage de chantiers lourds) que l’on obtiendra une amélioration durable de la structure du sol.

Le bon travail
Une dent d’ameublisseur fonctionne correctement quand elle :
- passe sous la zone tassée et soulève suffisamment le sol pour un véritable effet « vague » (attention aux dents placées trop près des roues du tracteur, au travail trop superficiel)
- ne perturbe pas les horizons et ne remonte pas ou très peu de terre en surface (étançon fin et faiblement incliné vers l’avant, forme et taille de la  pointe et des ailerons)
- ne crée pas beaucoup de terre fine (risque de rebouchage des fissurations)
- ne provoque pas de lissage via les ailettes (sol ressuyé à profondeur de travail : bêchage préalable recommandé)
- permet de conserver de la portance (blocs de mottes fragmentés et imbriqués, profondeur raisonnable)

Trois types de dents
Dents droites (Actisol, Duro et nombreux constructeurs) : étançon fin avec biseau avant, pointe fuyante travaillant quasiment à plat ou avec un angle faible, ailerons ou ailettes à la base de la dent. 4 à 6 dents pour 3m. La pointe dans le prolongement de l‘étançon peut favoriser une légère remontée de terre et une petite zone creuse. L’ajout  d’un disque ouvreur devant l’étançon peut faciliter le travail sur sol encombré (ex : « Herbasol »)
Dents type « lame courbe ou oblique » avec pointe décalée (Dents « Michel » et dents « Durou », commercialisées par différentes marques) : respect des horizons avec peu de mélange, fissuration satisfaisante mais plus prononcée à l’intérieur de la courbe de la dent, petite zone triangulaire non travaillée à l’extérieur de la courbe de la dent (possibilité de mettre un ergot - Durou). Etat de surface avec légères crêtes et soulèvement parfois plus prononcé entre les 2 dents centrales. Manque de dégagement entre les dents sur sol encombré (matériels « mono-poutre », 6 dents pour 3 m).
Dent type « lame à pointe décalée et étançon incliné (dent brevetée « Agrisem ») : bonne fissuration sans perturbation des horizons, bon nivellement de surface, dégagement entre dents limitant les risques de bourrage (4 dents pour 3m), puissance de traction assez faible, risque de lissage. Pièces d’usure assez chères.

Semis simplifié
En semis simplifié, l’ameublisseur est souvent associé au combiné de semis. En cas de déchaumage préalable (incorporation de fumier ou lisier, destruction du couvert…),
celui-ci doit être limité en profondeur (5 à 8 cm) pour garantir l’effet « vague ». Il est également recommandé de ne pas préparer trop profond avant le semis pour éviter une terre soufflée, la dilution de la matière organique et la baisse de la portance : 7 à 10 cm pour les cultures comme le maïs et 5 et 8 cm pour les céréales.
Le semis simplifié « Ameublisseur-combiné de semis » séduit de nombreux éleveurs, mais  nécessite une plus grande vigilance pour la maîtrise du désherbage. Il convient également de rester raisonnable sur les besoins en puissance (Gabarit tracteur, puissance relevage). Le premier passage est le plus exigeant (puissance, pièces d’usure) car il faut briser la semelle de labour en travaillant sous celle-ci (35/40 cm).  Les années suivantes, si cela est encore justifié, un travail à environ 25 cm sera suffisant.

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