L'Agriculteur Normand 20 mai 2014 à 10h22 | Par T.Guillemot

agriculture de precision - L'apport modulé d'azote se précise dans l'Orne

En démonstration il y a quelques jours dans l'Orne, l'apport modulé d'azote, via la technologie N-Sensor, pourrait faire partie de l'offre de services proposée aux agriculteurs l'an prochain par une, voire plusieurs, ETA (Entreprise de Travaux Agricoles). de Normandie.

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© Thierry Guillemot

 

L'essayer serait-il l'adopter ? On n'est pas loin de le penser à l'écoute des commentaires des quelques agriculteurs ornais qui ont pu tester, le 7 mai dernier, la modulation azotée sur blé. Une démonstration proposée par l'ETA Gauquelin(1) (Briouze) et suivie de très près par Agrial. "Et si l'an prochain je déléguais mes 2ème et 3ème passages d'azote ?", s'interrogent déjà certains.

La fin du doigt mouillé ?
"A quoi bon disposer d'une cartographie de la biomasse si, derrière, on ne module pas les apports d'intrants ?" C'est à cette question qu'a voulu répondre Patrice Gauquelin, patron de l'entreprise éponyme. Au doigt mouillé ? Ça peut se faire, mais avec une garantie de résultats, avouons-le, assez aléatoire. Avec l'agriculture de précision et ses nouvelles technologies, on sort peut-être de la préhistoire pour entrer dans un nouveau monde où l'on produirait plus en consommant moins. Une technologie de pointe dans laquelle il faut cependant oser investir et ensuite maîtriser. C'est pourquoi les ETA y vont groupé à travers une association créée très récemment : le "réseau Cléo - l'innovation dans les champs". A sa tête, Pierre-Henri Hamon, entrepreneur de travaux agricoles à Guer, dans le Morbihan. L'an dernier, son entreprise a investi dans l'outil N-Sensor. Cette année et au-delà de sa zone d'activité, elle propose en partenariat avec des ETA locales, des démonstrations à la demande. "Mettre la bonne dose au bon endroit, c'est l'ambition de tous les partisans de l'agriculture de précision qui souhaitent moduler le plus finement possible l'apport d'intrants en fonction des besoins réels de la plante et ceci grâce à une gestion intraparcellaire, explique Pierre-Henri Hamon. L'évolution  des réglementations et de la société nous obligent plus que jamais à nous adapter rapidement. Toutes ces évolutions entrainent d'importantes pertes de compétitivité pour l'agriculture française. C'est dans cette logique que nous recherchons systématiquement, à notre échelle, les meilleures solutions qui peuvent aider nos clients à maintenir leur compétitivité. Les techniques et les technologies existent aujourd'hui, mais leur mise en oeuvre et leur coût demeurent des freins importants à l'échelle d'une exploitation agricole. Nous pensons que ce type de solutions entre pleinement dans le rôle et le service que les ETA de demain doivent être en mesure d'apporter à leurs clients".

Des parcelles plus homogènes à la récolte
Mais qu'en pensent les agriculteurs qui disposent d'une année de recul ? "J'ai fait intervenir l'ETA Hamon avec le N-Sensor pour le 3ème apport d'ammonitrate sur mes céréales (blé et triticale). Ce qui est impressionnant, ce sont les fluctuations de dose d'azote qui apparaissent à la console en temps réel dans la parcelle. Par rapport aux années passées, j'ai constaté que mes parcelles étaient plus homogènes à la récolte", commente Jean-Jacques Bagot, agriculteur à Carentoir (56).
Autre témoignage de Yoan Février, son voisin de Montneuf : "j'apporte de la matière organique régulièrement. Avec le N-Sensor, cela permet de moduler la fertilisation minérale en tenant compte de la matière organique apportée et de l'état nutritionnel de la plante. Compte tenu du coût des engrais et des normes environnementales, c'est important également d'apporter l'azote là où il faut".
Et effectivement, à vérifier à l'écran la quantité d'azote apportée à l'instant T, on s'aperçoit que ça jour du yoyo. Plus que du simple au double. "On peut penser que là où on en met moins, il n'y aura pas de perte d'azote sans hypothéquer le rendement. Là où on en met plus, on se rapprochera étroitement de l'objectif de rendement fixé", commente-t-on dans la plaine ornaise. En toute logique, plus de quintaux grâce une linéarisation à la hausse. Une hypothèse facile à vérifier pour qui disposerait d'une cartographie de rendement. Il pourrait comparer le "avec" et le "sans" N-Sensor. "Cette optimisation se traduit en moyenne par un écart de 50 unités d'azote entre les zones de fertilisation extrêmes dans une même parcelle. C'est impressionnant," conclut Patrice Gauquelin.
Mais à la question : "allez-vous investir pour proposer cette technologie à vos clients l'an prochain ?", il répond par un sourire préférant insister sur le fait que la modulation "ça marche en orge et en colza aussi".
Il n'y a plus qu'à attendre la moisson pour recueillir le sentiment de nos agriculteurs/testeurs sur une technologie qui pourrait marier durablement production et environnement tout en apportant une traçabilité des interventions qui devrait satisfaire une administration, même très tatillon.


(1) : Patrice Gauquelin est président d'EDT Normandie (Entrepreneurs
Des Territoires) Maison des Entreprises BP 14 50600 St-Hilaire-du-Harcouët
Tél. 02 33 79 33 72 - Fax. 02 33 79 33 77 Email. contact@edtnormandie.com
Site. edtnormandie.com

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