L'Agriculteur Normand 20 janvier 2020 à 16h00 | Par T.Guillemot

L'arrache-coeur et une betterave au travers de la gorge

Un arrache-coeur et une betterave au travers de la gorge. Lundi 13 janvier dernier, Mathieu Van Wynfbergue et Martin Pomikal ont effectué, en plaine de Caen, leur dernier chantier d'arrachage de betteraves sucrières. La goulotte est repliée. Définitivement ?

Abonnez-vous Réagir Imprimer

© TG

Ils sont jeunes et ont toute la vie devant eux. Il y a 3 ans, ils se sont installés, pleins d’espoir, croisant leurs compétences et leur avenir. L’un principalement comme agriculteur, en société avec son père. L’autre comme prestataire de services. Dénominateur commun, Martin et Mathieu ont misé sur la betterave sucrière. Une option naturelle d’autant plus qu’à l’époque, l’industriel Sudzücker, avec la sucrerie de Cagny pour oriflamme, poussait à la roue.
C’est ainsi qu’ils ont investi dans une arracheuse automotrice SF 10 Kleine, un semoir, un ratisseur avec désherbage sur le rang pour être plus respectueux de l’environnement... Patatras 3 campagnes plus tard, les Allemands leur coupent le collet sous le pied.

Une sucrerie au goût amer
La sucrerie offre désormais un goût amer. Sur un plan financier, il faudra continuer à rembourser les annuités d’emprunt sans chiffre d’affaires en face ou, bien évidemment, revendre son parc betteravier. Mais que vaudra ce matériel d’occasion ? En relativisant sa situation par rapport à de grosses ETA (Entreprise de Travaux Agricole) ayant fait de cette filière l’essentiel de leur activité avec de lourd investissements (jusqu’à 4 intégrales chez certains), Mathieu s’attend à des offres de rachat au-dessous de la valeur réélle du matériel. Ce marché est un micromarché qui va vite être encombré par l’ex bassin bas-normand.
Au-delà de cette quasi-impasse, il lui faudra compenser en activité l’équivalent de 130 à 160 ha d’arrachage par an. Mais dans quels domaines et avec quels niveaux d’investissements ? Plus d’une dizaine d’ETA du Calvados et de l’Orne est confrontée à cette quadrature du cercle.

Gâchis agronomique et environnemental
A ce gâchis économique, Martin Pomikal y ajoute le volet agronomique et environnemental. La betterave sucrière, excellente tête d’assolement et très bon précédent à blé, s’inscrivait parfaitement dans la rotation de la Ferme régionale. Elle contribuait à la sauvegarde d’une biodiversité si chère à la société. Par quoi désormais remplacer cette culture de printemps ? Du lin, de la fèverole, du maïs, une céréale ? Attention à ne pas déréguler certains équilibres fragiles. Par ailleurs, le compte n’y sera pas au vu d’un des meilleurs potentiels betteraviers d’Europe. Un comble : on sacrifie la betterave sucrière là où elle se plait le plus.
Mais parce qu’ils sont jeunes et pleins d’allant, Mathieu et Martin veulent encore y croire. Ils disent « banco » à un éventuel projet coopératif autour d’une sucrerie 2.0. Il reste donc encore une lueur d’espoir mais pour d’autres, plus avancés dans la vie professionnelle, la messe est déjà dite.

- © TG

Au revoir betteraves : bonjour endives ?

A la question : l’endive peut-elle se substituer à la betterave sucrière ? Sylvain Decaen, producteur à Cambes-en-Plaine (14), répond un petit « oui » à la marge. Il sème 80 ha d’endives par an pour un outil calibré à 72 ha. Une assurance en quelque sorte qui lui apporte la garantie de saturer ses chaines de productions. Et en cas de surproduction ? « Il existe un marché de dégagement. Il y a des endiviers en France qui ne font que forcer les racines sans en produire. Ils s’approvisionnent sur le marché libre », explique-t-il. Et il n’y a pas que la France. Lundi dernier, l’entreprise Decaen a même chargé un camion de racines, direction l’Espagne. Là-bas, même avec irrigation, l’endive a du mal à pousser.
Autre piste envisagée par Sylvain, associé à son frère Jean-Louis, développer l’outil de Cambes-en-Plaine « mais il faut que l’on trouve des capitaux pour agrandir les bâtiments ». Et si tout le monde se donnait la main, y compris les collectivités locales et territoriales, pour continuer à faire rayonner l’endive Decaen et de Caen ?

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. l'Agriculteur Normand se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui