L'Agriculteur Normand 23 janvier 2018 à 01h00 | Par J. Pertriaux

La Fédération de l’Orne « n’est pas une vieille dame »

Anne-Marie Denis, présidente de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de l’Orne, dresse le bilan de l’année écoulée. Le département a su jouer collectif avec le national pour porter ses priorités sur le devant de la scène syndicale. L’équipe ornaise a vu arriver de nouvelles têtes et évolue dans son mode de communication. À mi-janvier, Anne-Marie Denis annonce les lignes directrices qui vont guider 2018.

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Anne-Marie Denis, au côté de Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, lors du marché éphémère à Paris. Pour la représentante ornaise, « le département constitue un relais indispensable à la défense de l’agriculture. En 2018, chaque département devra affirmer ce dont il a besoin ».  DR
Anne-Marie Denis, au côté de Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, lors du marché éphémère à Paris. Pour la représentante ornaise, « le département constitue un relais indispensable à la défense de l’agriculture. En 2018, chaque département devra affirmer ce dont il a besoin ». DR - © JP

>> Quels objectifs le syndicat a-t-il remplis en 2017 ?
Nous avons passé beaucoup de temps, en 2017, à finaliser certains points, comme celui des zones défavorisées de Carrouges et de la Suisse normande. La FDSEA de l’Orne a été l’une des premières fédérations à monter au créneau pour défendre ces secteurs où l’agriculture est difficile. Et nous avons été entendus au niveau national. Nous espérons que la décision finale rejoindra la raison par le reclassement des zones exclues.
Nous avons entamé une concertation avec les élus locaux et leurs services pour construire les Plans locaux d’urbanisme intercommunaux (PLUi) du département. Nous demandons à être consultés afin que les agriculteurs soient réellement pris en compte.
À Sées, malgré notre opposition, la communauté de communes des Sources de l’Orne a réussi à acquérir des terres grâce au financement de
l’Agence de l’eau, alors que les surfaces ne se situent pas en zone rapprochée de captage. Cet argent devrait servir à l’amélioration de la qualité de l’eau. La Fédération de l’Orne est intervenue auprès du ministère de l’Agriculture, des élus et autres instances agricoles pour contrer cet investissement. Avec les Jeunes agriculteurs, nous continuons de veiller sur le dossier. Nous voulons que les règles applicables à tout le département soient respectées.

>> Et concernant les productions ?
Nous avons réussi, grâce à la pression que nous avons exercée sur les élus, à maintenir notre mode de production. Je pense ici au glyphosate : sans nos actions, le produit aurait été supprimé d’ici six mois à un an. Mais rien n’est finalisé, nous devons communiquer sur ce que nous faisons pour expliquer notre implication. Une interdiction totale serait à craindre pour nos agriculteurs.
Beaucoup de démarches ont été entreprises à l’échelle départementale, pour porter les problématiques nationales. Je pense là aux relevés d’étiquetages de la viande dans les grandes et moyennes surfaces (GMS), ou aux opérations pour la reconnaissance de la valeur de nos produits tels que le beurre. Les problématiques qui touchent l’Orne et celles rencontrées à l’échelle nationale se rejoignent.

>> En 2017, le prix du lait s’est amélioré. Quelle est votre position et comment appréhendez-vous 2018 ?
Il y a eu une évolution positive l’année dernière. Mais les prix restent encore en dessous des indicateurs. Pour le lait, comme pour les autres productions, le ministre de l’Agriculture m’a réaffirmé que la construction du prix pour un retour de la valeur aurait bien lieu. Nous avons une lueur d’espoir. Mais à ce jour, rien n’est concrétisé. Je suis inquiète au sujet de l’avenir des éleveurs, mais aussi pour celui des céréaliers. Les productions ne se compensent plus.

>> Les minico et les interco soufflent leur première bougie. Quel est le bilan ?
La FDSEA a choisi de se restructurer afin de conserver sa proximité avec les agriculteurs du réseau, pour maintenir sa force d’écoute et de réponse. Ce découpage nous permet aussi de nous rapprocher des instances directionnelles locales, que sont les intercommunalités. Nous avons lancé le chantier en même temps que celui de la régionalisation. Nous n’étions pas sans crainte au départ. Mais le remodelage a permis l’arrivée de nouveaux élus et, avec eux, de nouvelles idées, de nouveaux projets, d’un regard neuf sur le syndicalisme. Nous travaillons avec une équipe redynamisée. L’arrivée de responsables à la base a permis l’entrée d’autres personnes au conseil d’administration. J’incite mes collègues, depuis trois ans, à faire de la relance syndicale. L’arrivée d’une ou deux nouvelles personnes a permis la constitution d’un groupe de travail. Et aujourd’hui, une équipe œuvre sur le sujet avec d’anciens JA.

>> Vous travaillez en osmose avec l’équipe départementale …
Si je n’avais pas une telle équipe derrière moi, je ne serais plus présidente. Nous savons évoluer, car nous renouvelons un tiers des effectifs tous les trois ans. Nous montrons que notre Fédération change, qu’elle n’est pas une vieille dame.

>> Quelle ligne syndicale adoptez-vous pour l’année qui démarre ?
La FDSEA de l’Orne se veut un syndicat de proximité, où les énergies se mettent en marche pour répondre aux attentes des agriculteurs, via du soutien, de la veille et des actions. Nous nous mobilisons dans l’objectif de vivre de son métier. Nous constituons un syndicat d’agriculteurs actifs, d’hommes et de femmes.

>> Quelle est la place des femmes dans l’agriculture ornaise ?
Nous comptons 25 à 27 % d’agricultrices dans l’Orne. Les femmes ont encore du mal à s’engager. Elles n’intègrent pas assez le réseau syndical : le mari se rend à la réunion syndicale, la femme à celle de l’école. Nous n’avons pas de section agricultrice, c’est un choix. Je souhaite que les agricultrices travaillent dans les sections au même titre professionnel que les hommes. Qu’elles soient actives dans le réseau.

>> En 2017, le syndicat majoritaire a mené des actions telles que le marché éphémère à Paris, la distribution de beurre ou encore la lettre au père Noël dans l’Orne. Pensez-vous que le syndicalisme change ?
Oui, complètement. La situation agricole est différente aujourd’hui. Nous voulons désormais que les coûts de production soient intégrés, nous tendons vers de la composition de prix, alors qu’avant nous ne cherchions que du prix. Les enjeux sociétaux doivent être pris en compte dans nos modes de production et dans les actions syndicales. La communication positive auprès du grand public est la première méthode à adopter. Je suis assez joueuse, j’aime diversifier les actions et négocier pour obtenir des résultats. L’équipe ornaise suit cette ligne : les nouveaux responsables sont plus proches du grand public grâce à leurs cercles sociaux élargis.

>> Quelles sont les échéances pour 2018 dans l’Orne ?
Nous avons clos 2017 sur de belles annonces de nos ministres et Président de la République sur le retour de la valeur et des plans pour évoluer dans nos productions. La FDSEA veillera à ce que le retour de la valeur se fasse bien ! Ce sera notre cheval de bataille.
Le calendrier de la nouvelle Politique agricole commune va se mettre en route en 2018. Quelle PAC souhaitons-nous demain pour l’agriculture ornaise ? Les sections vont réfléchir à ce qu’elles souhaitent, puis nous étudierons les dossiers au niveau de l’Orne, avant de porter notre ligne à l’échelon national. Et chaque département devra agir de la même façon. Le département joue le rôle de relais, il est une entité indispensable au bon fonctionnement du syndicat. Si je reprends l’exemple des zones défavorisées, nous étions parmi les premiers à monter au créneau. Tout le réseau s’est mobilisé pour porter le message. 
Je note deux devoirs dans le département : préserver notre agriculture ; préserver notre économie locale. Beaucoup d’industriels vivent dans l’Orne et, si les choses ne se font pas dans le bon sens, nous risquons de perdre des emplois, des médecins, des commerces de proximités et la vie des petites communes. Nous devons être attentifs.
2018 verra aussi la préparation des élections Chambres. Les premières lignes devraient être annoncées en mars avril.

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