L'Agriculteur Normand 05 décembre 2016 à 08h00 | Par Laurent Clarys - Ferme expérimentale de la Blanche Maison

La ferme expérimentale régionale : un nouveau programme en 2017

La ferme expérimentale de La Blanche Maison, qui existe depuis 1972, s’est régulièrement adaptée aux besoins de la profession en faisant des expérimentations sur des porcins, des ovins puis des bovins. L’arrivée des vaches laitières normandes date de 1982.

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- © CA Normandie

La structure associative est portée principalement par les Chambres d’agriculture normandes avec ses partenaires techniques qui contribuent amplement au pilotage des projets : L’Institut de l’Elevage, Littoral Normand, L’INRA et Arvalis Institut du Végétal. Les programmes expérimentaux sont réfléchis à l’échelle du Grand Ouest, de manière à coordonner les travaux qui sont conduits en Normandie, Bretagne et Pays de la Loire dans les différentes fermes expérimentales.

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Un essai de deux systèmes laitiers
Depuis 2011, deux « systèmes laitiers à haute performance économique et environnementale » (HP2E), sont en essai. Le premier système est essentiellement basé sur l’ensilage de maïs (SDM), avec une surface réduite de pâturage, alors que le second est basé exclusivement sur la prairie et le pâturage (SH), (tableau 1). L'enjeu était de développer des itinéraires techniques qui allient productivité, économie et autonomie tout en étant respectueux de l'environnement.
Le système à dominante maïs a pour objectif de tester la production de maïs en limitant l’usage d’intrants externes et avec différentes rotations sur 5 ans (maïs/blé/prairies), sur 3 ans (maïs/ méteil/maïs) et en mono-culture de maïs. Les concentrés sont limités à 1 200 kg MS/VL/an (tourteaux de colza + du maïs grain).
Le système herbe a pour objectif d’anticiper une évolution de la PAC qui deviendrait favorable aux systèmes herbagers, en étant basé sur le pâturage et les fourrages conservés à base d’herbe, avec une complémentation en maïs grain, limité à 800 kg MS/VL/an.
Pour rationaliser la gestion de la reproduction et répartir les livraisons de lait au cours de l’année, les vêlages sont répartis en deux périodes de deux mois, espacées de six mois, avec 50 % des vaches de chaque système à chaque période.
Les génisses sont élevées en un lot unique, sur leurs propres surfaces, avec un objectif de vêlage à 30 mois.

Des résultats techniques contrastés
Les vaches vêlant à l’automne produisent plus de lait et avec plus de taux que les vaches vêlant au printemps (déficit énergétique dans la ration de printemps). Les deux périodes de reproduction de deux mois espacées de six mois ne permettent pas de rendre complétement linéaires les livraisons de lait : creux de production en septembre et mars dus aux périodes de tarissement. Il y a plus de mammites pour les vaches vêlant à l’automne (d’autant plus pour le système SDM), et plus de boiteries pour les vaches vêlant au printemps (d’autant plus pour le système SH) (tableau 2).

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Plus de produits et plus de charges pour le SDM, peu de différence de marge nette
Le système maïs dégage un meilleur chiffre d’affaires grâce à une quantité de lait livré supérieure et de meilleure qualité (TB, TP) qui permet une plus-value intéressante de + 12 €/1 000 l (bases prix du lait 2011 à 2014). Son produit viande est également plus important par la vente de vaches de meilleure conformation et avec un taux de réforme plus élevé. Cependant, ce système engage des charges opérationnelles plus importantes. Le système herbager, de par sa bonne maitrise sanitaire, une utilisation limitée de concentré et un travail mécanisé restreint dans ses parcelles, limite les charges opérationnelles et permet de compenser un chiffre d’affaires inférieur de 12 000 €.

Des performances environnementales proches entre les systèmes
Les deux systèmes présentent des impacts environnementaux assez proches lorsque l’on raisonne aux 1 000 litres de lait produit. Les émissions brutes de CO2 sont quasiment identiques entre les deux systèmes tels qu’ils ont été conduits pendant 5 ans. Le système herbager a une empreinte carbone nette légèrement plus faible car il stocke plus de carbone grâce à ses prairies. Le système à dominante maïs a un impact sur la qualité de l’eau un peu plus important que le système SH de 4 kg eq PO4. Le système herbager est plus consommateur de surface en considérant les intrants
avec 255 m2 de plus, nécessaires pour produire 1 000 litres de lait (tableau 3).
Quelle que soit l'orientation choisie, les deux systèmes testés, conçus et conduits de façon cohérente, sont capables de dégager un revenu malgré des choix extrêmes concernant les intrants sur les parcelles et sur le troupeau.

Un nouveau projet de 5 ans
La ferme expérimentale construit depuis plus d’un an un programme expérimental d’un système laitier en agro-écologie avec des essais basés sur :
- un troupeau de 88 VL normandes, et son renouvellement, où l’on vise une évolution de la productivité/VL, la maximisation et l’optimisation du pâturage, la qualité des fourrages récoltés, la recherche d’autonomie fourragère (prairie, maïs, mélanges protéagineux/légumineuse) et son renouvellement ;
- la production de viande au travers des VL de réforme et de l’élevage de lots de bœufs rajeunis : valorisation surfaces en herbe, race pure et tests de croisements ;
- des systèmes de culture sur couverts permanents : essais semis directs sur couverts/labour, complémentarité PV/PA, dynamique des sols, équipements spécifiques.
L’objectif est de faire progresser les systèmes d’élevages normands, d’élargir les thématiques de recherche, d’être plus réactif, plus adaptable et plus à l’écoute des besoins futurs des filières agricoles. Bénédicte Zijp, nouvelle présidente de l’Association précise que l’ambition pour la ferme expérimentale est qu’elle devienne « la ferme laitière expérimentale agro-écologique française permettant de tester des systèmes laitiers triplement performants pour demain ».

Des projets complémentaires
D’autres thèmes de recherche sont mis en place en complément de l’essai principal : une plate-forme numérique dédiée aux nouvelles technologies en agriculture, un pôle de suivi des consommations d’énergies, un plan de gestion des haies, des travaux sur la gestion de l’herbe.

Formation et accueil sur site
Le site de La Blanche Maison, c’est aussi un lieu de formation, d’information et de visite pour les agriculteurs, les conseillers, les étudiants. Une salle de réunion de 30 places et son équipement, les installations et dispositifs expérimentaux en production animale et production végétale permettent d’offrir une palette assez complète de supports techniques possibles.
La prochaine porte ouverte aura lieu le 8 juin 2017 avec la tenue des
Prairiales à La Blanche Maison.

Site internet : http://www.chambre-agriculture-normandie.fr/ferme-
experimentale-de-la-blanche-maison/

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