L'Agriculteur Normand 17 mars 2016 à 08h00 | Par Jean LIEVEN - Terres Inovia

Larves d’altise dans les colzas : situation insolite et inquiétante à ce jour

Favorisées par un hiver 2015-16 extraordinairement doux, les populations de larves d’altise dans les pétioles, tiges, bourgeons terminaux et axillaires des colzas inquiètent désormais nombre de producteurs...

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Figure 1 - Modélisation des dates d’apparition des stades larvaires (L1, L2, L3).
Figure 1 - Modélisation des dates d’apparition des stades larvaires (L1, L2, L3). - © (Données Météo-France Caen)

D’où vient ce phénomène ? Quels sont les facteurs aggravants ou atténuants. Les insecticides appliqués à cette époque de l’année ont-ils un intérêt contre larves ?

Pourquoi autant de larves en 2016 ?

Les adultes de grosse altise ont colonisé les parcelles de colza dès le 20 septembre et ont exceptionnellement maintenu leur activité (alimentation, reproduction, ponte) jusqu’à début novembre voire plus. A la faveur d’une météo très douce en novembre et décembre 2015, tous les accouplements réalisés entre le 1er octobre et le 1er novembre- voire plus tard- ont conduit à des infestations de larves beaucoup plus précoces et importantes que la normale. Le nombre important de femelles reproductrices conjugué à des pontes échelonnées et un maintien de températures douces ont eu pour effet de multiplier les populations et d’accélérer la cadence du cycle de développement des larves (voir figure 1). Or, les larves de stade L2 et L3 sont celles qui provoquent le plus de dégâts au cœur des plantes. Cette année, leur présence a été beaucoup plus précoce et virulente qu’une année normale.

Photo 1 - Larve (L2) et galeries dans le cœur d’une plante.
Photo 1 - Larve (L2) et galeries dans le cœur d’une plante. - © Terres Inovia

Quel impact sur le colza ?

Le plus souvent, les larves gagnent et creusent les pétioles des feuilles sans faire plus de mal. Dans les cas les plus sévères (colza chétifs notamment), elles migrent vers le cœur des plantes provoquant une perturbation de la croissance voire une destruction des bourgeons terminaux. La hampe principale est alors nanifiée voire absente, et les tiges secondaires partent du bas de la plante pour former un petit buisson. Fait atypique cette année, de nombreuses larves se sont portées directement à l’aisselle des boutons et feuilles terminales. Il faut espérer que la culture trouvera suffisamment de réserves pour accompagner le développement et les phénomènes de compensations par une productivité des hampes secondaires. Le colza a stocké des réserves importantes dans son pivot (très bons enracinement cet automne).

Des dysfonctionnements physiologiques en lien avec la météo

Les températures de novembre à janvier ont conduit à une avance considérable des stades du colza. Dans de nombreuses parcelles, les premiers boutons sont apparus dès la fin janvier. Mais en février, le froid a freiné considérablement les colzas puis la pluie n’a pas permis des apports d’engrais précoces. Le colza n’a donc pas toujours trouvé les éléments nutritifs et les conditions de températures et rayonnement nécessaires à sa croissance. Résultat : souvent des plantes tassées avec tiges rabougries, des boutons rougeâtres voire nécrosés et des dernières feuilles flétries (photo 1). Affaiblie par ce scenario météo atypique, la culture supporte plus ou moins bien la forte présence des larves d’altise.

Photos 2 et 3 - Colza chétif (Vexin 95) versus colza sain (Vallée de Seine 27).
Photos 2 et 3 - Colza chétif (Vexin 95) versus colza sain (Vallée de Seine 27). - © Terres Inovia

Conséquences variables selon les parcelles

Les parcelles argileuses, superficielles, à faible réserve azotée, pH élevé et/ou à montaison précoce (variété précoce, secteurs plus chauds) sont plus touchées (photo 2). Inversement, les parcelles profondes, labourées, « tardives », à bonne disponibilité en azote montrent moins de sensibilité (photo 3). Les colzas associés à des légumineuses semées tôt et bien développées semblent bien tirer leur épingle du jeu également. Les gros colzas en entrée hiver ne sont pas forcément indemnes en cette année atypique, au contraire. En aucun cas, le degré d’attaques des adultes lors de l’implantation de la culture ou le nombre d’adultes piégés en cuvettes ne prédéfinissent à eux seuls les dégâts ultérieurs causés par les larves. Les insecticides appliqués en septembre octobre pour préserver les premières feuilles du colza ne suffisent généralement pas à endiguer les attaques larvaires ultérieures.


Pas grand-chose à espérer d’un insecticide à ce moment de l’année

Pour anticiper les éventuels dégâts, les traitements contre larves ne se justifient qu’en entrée hiver (novembre, décembre) dès l’atteinte du seuil de 7 pieds sur 10 porteurs de larves. Terres Inovia n’a jusqu’à présent(1)  jamais évalué, au stade bouton accolé, l’efficacité des insecticides contre larves d’altise. Dans les parcelles gravement infestées, les larves désormais présentes, bien à l’intérieur des plantes, ne sont pas ou très peu atteignables par les substances actives. Faut-il se servir de ce moyen de lutte en désespoir de cause quand le mal est déjà fait ? Non, il est plus raisonnable de patienter et adapter si besoin la dose d’azote au potentiel ré-estimé. La météo et la bonne utilisation de l’azote pèseront davantage dans la balance pour l’avenir de la culture. Pour mémoire, l’épisode de froid en février 2012 avait défolié tardivement les colzas. Dans de nombreuses situations, il ne restait plus que des « trognons » (collet + pivot). Puisant dans ses ressources, le colza était parvenu à atteindre des résultats inespérés. Enfin, rappelons que pour préserver les insectes auxiliaires et limiter le risque de sélection d’altises résistantes aux pyréthrinoïdes, il convient de proscrire tout traitement non justifié. Il est dorénavant préférable de se focaliser sur la prise en compte des éventuels risques charançons et méligèthes.

(1) Des essais d’opportunité sont en cours

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