L'Agriculteur Normand 22 septembre 2014 à 08h00 | Par T.Guillemot

Laurent Beauvais : "j'ai une grande envie de Normandie"

De la réforme territoriale va naître la grande Normandie. "Enfin", semble considérer Laurent Beauvais. Le président de Région Basse-Normandie est-il candidat à la présidence de la future collectivité ? Décryptage.

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Jeudi dernier au SPACE à Rennes, c'était journée "Basse-Normandie". Le président de Région a fait le déplacement s'arrêtant au passage sur le stand Réussir. L'occasion d'une interview de rentrée. 70ème et JEM, réforme territoriale, politique agricole régionale, politique française..., au menu de cet entretien.

Quel bilan dressez-vous des cérémonies du 70ème anniversaire du débarquement en Normandie ?
Ce bilan est fantastique. Tout d'abord, l'image de la Basse-Normandie a été mise en avant par de bonnes conditions climatiques et par une vraie mobilisation des jeunes générations. Nous avons voulu, en plus, mettre l'accent sur les victimes civiles et beaucoup nous ont remercié que ces victimes civiles soient un peu à l'honneur.
Enfin, la présence de 17 chefs d'Etats et de Gouvernements, ces photos qui mettaient MM Obama et Poutine en vis-à-vis ont constitué un moment historique. Le ciel bleu de notre région a fait que l'évènement a eu un écho international fantastique. Les retombées touristiques ont été très positives. On a vu très vite, et même avant le 6 juin, que les touristes venaient redécouvrir les plages. Nous avons le projet de leur classement au patrimoine mondial de l'UNESCO. François Hollande, le président de la République, dans son discours de Ouistreham (14), a soutenu cette initiative. Le président Obama l'a saluée. Nous avons donc un vrai projet pour les années qui viennent et qui permettra de prolonger cet évènement pour mettre en valeur la paix et l'Europe.

Autant d'enthousiasme concernant les JEM ?
Les Jeux Equestre Mondiaux FEI AlltechTM 2014 en Normandie ont réuni 570 000 visiteurs. Des sites comme le Haras du Pin ou la Baie du Mont-St-Michel ont été mis en valeur au travers de compétitions somptueuses comme le cross ou l'endurance. Et puis, dans le stade d'Ornano, un saut d'obstacles jamais vu avec chaque jour près de 20 000 spectateurs qui étaient en proximité avec les athlètes, les cavaliers. Enfin cette finale, le dimanche matin, où notre champion Delaveau a frôlé la médaille d'or. Ce sont aussi des moments qui ont été fantastiques et, pour la région, encore des retombées touristiques dans la foulée du 6 juin. Désormais, place au développement de la filière équine pour les dix années qui viennent.

Avec quelques couacs au niveau de l'organisation, la presse, notamment étrangère, s'en est fait l'écho ?
Il y a eu un problème sur Le Pin avec un peu de ralentissement. Alors "oui", la gendarmerie a peut-être un peu manqué d'anticipation pour gérer ce flux de véhicules mais j'ai été moi-même bloqué 1h15 ce matin dans les bouchons avant d'accéder au SPACE. Mais ce qu'il faut retenir, en terme sportif, c'est un moment de cross exceptionnel au Pin.

La réforme territoriale est en cours. Quels en sont les enjeux pour la ruralité ?
Il faut que l'élargissement des régions permette aussi de maintenir la proximité et l'action sur les territoires ruraux qui sont très divers en Normandie, en Bretagne et en Pays de Loire. Nous devons allier le phénomène métropolitain, qui est une donnée qui va se développer, avec l'équilibre et la place des territoires ruraux. Le bas-normand que je suis conjugue déjà depuis plusieurs années la place des villes et les dynamiques urbaines avec les villes moyennes et les pays pour maintenir la ruralité et développer ses atouts.

La Normandie réunifiée ne fait guère de doutes mais quels doivent être les critères l'éligibilité de la future capitale ?
Il faut abandonner ces vieux débats entre Rouen et Caen. C'est pour cette raison que la Normandie ne s'est jamais faite. Il faut raisonner plus large. On a une grande métropole de 900 000 habitants avec Rouen, Caen et Le Havre qui doit faire part égale avec Nantes/Rennes à l'ouest, Lille au nord sans parler du grand Paris.
A côté, des villes moyennes, Evreux, Alençon, St-Lô, Cherbourg, Dieppe (...) qui doivent être consolidées avec les pays ruraux. Ces critères devraient nous permettre de répartir les rôles, d'avoir une vision équilibrée en dédramatisant les choses. Une capitale quelque part, comme une préfecture, ça ne veut pas dire que tout le monde va travailler à la capitale ou dans la ville préfectorale. Evidemment, les sièges des régions continueront à exercer leurs fonctions, notamment de proximité comme la gestion des collèges, des routes... Donc la proximité sera très importante dans la gestion des futures régions. C'est tout autant vrai pour la Bretagne et les Pays de la Loire.

Vous aviez indiqué, ici dans ces mêmes colonnes, que vous seriez candidat à votre propre succession. Le serez-vous toujours dans la nouvelle configuration ?
On verra, c'est dans 15 mois. La question pour nous sera : "quel est le meilleur ?", à gauche notamment, pour promouvoir cette Normandie et continuer le travail qui a été fait par la gauche que ce soit en Haute comme en Basse-Normandie. Nous verrons bien mais j'ai une grande envie de Normandie.

Un sujet qui inquiète profondément la ferme régionale, dans le cadre de la directive nitrate 5, 148 communes supplémentaires bas-normandes vont être classées en zone vulnérable. Vous approuvez ou désapprouvez ?
Nous avons à gérer deux préoccupations. Une préoccupation environnementale, elle est là, elle s'impose de plus en plus dans la société, je pense notamment au phénomène des zones inondables.
A côté, il y a les préoccupations de l'activité agricole qui doit être aidée dans ce cadre-là. Je pense qu'à propos de ces 148 communes, ce sont des classements qui arrivent, avec des contraintes, mais nés d'une vision européenne et d'une vision nationale. Sur ces territoires, nous devons faire en sorte que ces éléments n'incluent pas davantage de contraintes administratives et permettent de garantir la dynamique des acteurs locaux. Mais, en résumé, nous devons prendre en compte ces évolutions. Elles sont là, devant nous. Les générations futures nous reprocheraient de ne pas avoir agi.

44 % de la SAU (Surface Agricole Utile) bas-normande est en STH (Surface Toujours en herbe). Notre région est-elle trop, pas assez ou suffisamment verte ?
Elle est suffisamment verte et la Normandie sans herbe, ce n'est pas la Normandie. Mon problème est de faire en sorte que ces surfaces en herbe soient valorisées au mieux, qu'elles soient compatibles avec d'autres méthodes. Je trouve que ce chiffre reflète bien la réalité de notre région. Travaillons au mieux sur ce ratio pour que les équilibres se tiennent.

Dans le cadre du 2ème pilier, la Région va gérer 300 ME. Quelle sera votre ligne de conduite : assouplir les règles d'éligibilité afin qu'un maximum d'exploitations agricoles puisse y prétendre ou, au contraire, les durcir pour bien cibler les actions ?
On va cibler, notamment en direction des jeunes et de l'installation. Ça nous parait extrêmement important. On va cibler aussi en direction de l'élevage. L'élevage, en Normandie, c'est une des activités majeures. On le voit bien aujourd'hui au SPACE.
Nous allons faire en sorte que nous maintenions une vision d'entreprise pour les chefs d'exploitation, un projet global d'entreprise qui prend en compte la dimension économique, la dimension environnementale et la dimension territoriale. Donc pas trop de ciblage mais, en même temps, définir des priorités sinon ça ne sert à rien.
Avec la Haute-Normandie, ces fonds représentent 400 Me. C'est plus qu'en Bretagne et un peu moins que dans les Pays de la Loire. On a donc la possibilité d'agir très fortement, dans la proximité et en évitant les contraintes administratives. C'est un vrai défi.
On fustigeait avant l'Europe quand elle avait la charge de redistribuer. Désormais, c'est aux régions de redonner. Ça va être dur, car l'Europe a défini des règles très strictes. Mon premier souci est là.
Deuxièmement, agir en rendant claires les priorités. Je vous ai parlé d'élevage, de l'installation et des jeunes, de projets liés à la notion d'entreprise dans les exploitations... N'oublions pas non plus toute la dimension liée à la formation.
Voilà les quelques éléments qui vont nous guider en 2015.

Demain à Sarceaux (61), la coopérative Agrial inaugure sa plateforme logistique. Vous avez été acteur de ce dossier ?
Je parlerai du rôle de la CDC (Communauté De Communes) du pays d'Argentan (61) car c'est elle qui a été en dialogue avec Agrial pour faire une offre territoriale au pied de l'autoroute A88. Voilà le premier exemple de retombée économique de cet axe de communication, réalisé il y a 6 ou 7 ans, et qui doit encore être valorisé. Mon rôle, en tant que président de la CDC, est de faire en sorte que nous valorisions une zone d'activités qui s'appelle Actival d'Orne.
Ce projet logistique est vraiment un projet de dimension régionale et la Région, comme le Département, l'a soutenu.
Le fait générateur  de cet investissement d'Agrial a été le bon dialogue avec la CDC. Nous avons fait une offre territoriale satisfaisante. Je n'oublie pas non plus de saluer le rôle de la SAFER, il a été extrêmement important. Voilà désormais ce projet réalisé avec beaucoup d'emplois et une visibilité d'Argentan en matière de logistique agroalimentaire.

Agrial est un gros acteur national, voire international. De manière générale, les élus, et quel que soit leur bord, se félicitent toujours d'accueillir sur leur territoire de très grosses entreprises. Mais, quand il s'agit d'exploitation agricole, ces mêmes élus préfèrent la "petite ferme". N'y-t-il pas quelque chose de contradictoire dans cette attitude ?
Non. J'ai eu un grand dialogue avec la chambre d'Agriculture, avec les exploitants de Sarceaux, de Fontenay-sur-Orne, commune voisine. Il faut pallier à la crise économique et donc apporter de l'emploi.
En même temps, il faut toujours veiller à ce que l'agriculture, le mode d'exploitation familiale de l'agriculture, se développe. Dans le pays d'Argentan, c'est ma préoccupation majeure.
Je vais dialoguer pour gérer dans le futur les terres, les espaces fonciers. On a maintenant des réserves foncières pour l'économie qui suffisent. J'ai dit aux agriculteurs que dans le SCOT (schéma de cohérence territoriale) que nous préparons, il est garanti que nous n'irions pas au-delà et que tout l'espace agricole restant dans les environ sera dédié à 100 % à l'activité agricole.

Le sens de ma question était plutôt : un projet de ferme à 500 vaches, à fortiori 1 000, dans le pays d'Argentan, vous vous y opposez ?
Je pense que ça peut présenter un danger du point de vue du modèle d'exploitation familiale courant dans la région du pays d'Argentan qui est mixte: élevage/cultures. Il faut y veiller. Je sais qu'il y a un débat de cette nature dans la Somme. Il est donc nécessaire, qu'en amont d'un tel projet, existe un dialogue entre les uns et les autres.

Quel est votre regard sur l'ambiance politique hexagonale ?
Elle n'est pas très bonne. Les difficultés sont nombreuses. Le Gouvernement doit affronter des contraintes énormes pour faire diminuer la dette afin que nos enfants ne nous reprochent pas un jour d'avoir creusé excessivement les déficits. Il doit réduire les dépenses publiques, mais nous avons besoin de croissance et les dépenses publiques peuvent être utiles à la croissance... Donc l'action du Gouvernement est très complexe. Il faut mettre en place les réformes nécessaires et on voit que ces réformes portent atteinte à certains intérêts, certains corporatismes. Nous le voyons bien aujourd'hui avec certaines professions comme les huissiers, les notaires, les chauffeurs de taxi, les pilotes d'Air France... On voit cette difficulté que notre pays a à réformer dans un sens de justice pour apporter des éléments de dynamisme nouveaux. C'est pourquoi la tâche du Gouvernement est très, très, difficile. Son impopularité est liée  à cette difficulté.

Le Gouvernement Valls 2 va donc dans le bon sens ?
Oui, si j'avais été député, j'aurais voté la confiance à Manuel Valls.

Avez-vous lu le livre de Valérie Trierweiler ?
Non je ne l'ai pas lu mais j'ai lu celui de Bruno Le Maire "A nos enfants". Sur mon blog, j'en fais une petite analyse.

Un pronostic concernant le Stade Malherbe de Caen. Toujours en ligue 1 pour la saison 2015/2016 ?
Oui, il va se maintenir en ligue 1. C'est une très belle équipe. Nous avons certes perdu contre Rennes mais j'attends le prochain match, à domicile contre le PSG, que je vais aller voir.

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