L'Agriculteur Normand 16 mars 2011 à 14h36 | Par Dr Marie-Capucine DUPUIS Unité de médecine sportive du CIRALE (Goustranville/France)

Le cornage - Une maladie génétique ?

Le terme de “cornage” est communément utilisé pour décrire une paralysie d’un cartilage du larynx, entrainant une obstruction respiratoire à l’exercice (à l’origine d’un bruit caractéristique) qui limite les performances des chevaux, notamment en course.

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Larynx d’un cas de cornage.
Larynx d’un cas de cornage. - © (CIRALE, MC Dupuis)

Dans la plupart des cas, cette affection est la conséquence d’une dégénérescence du nerf laryngé récurrent gauche, qui innerve les muscles du larynx. On parle alors de Neuropathie Laryngée Récurrente (NLR). Pour la NLR, aucune cause sous-jacente n’a pu être identifiée. A la différence d’hémiplégies laryngées droite, gauche ou bilatérale qui peuvent être secondaires à un traumatisme de la région jugulaire (injection péri-veineuse, thrombophlébite), une intoxication (plomb ou organophosphorés), une mycose des poches
gutturales, une infection… Cependant, une prédisposition génétique pour la NLR est suspectée depuis le seizième siècle.

Depuis plus de 400 ans
L’existence d’une prédisposition génétique est donc pressentie depuis plus de 400 ans. Des études ont montré que des descendants de chevaux malades présentaient un risque plus élevé de développer la maladie que des descendants de chevaux sains. Par exemple, Poncet et collaborateurs(1) ont examiné des descendants d’un étalon atteint. 47 % étaient affectés contre 10 % parmi les contrôles. Afin d’estimer l’héritabilité de cette maladie, Ohnesorge et Miesner ont évalué le fonctionnement laryngé par endoscopie de 240 poulains et 862 adultes, et ont trouvé une héritabilité (h2) de 0,61(2). L’héritabilité est une donnée statistique évaluant la part des facteurs génétiques dans la probabilité d'apparition d’un phénotype donné (sain/malade) au sein d'une population donnée. Elle ne s’applique donc que pour la population étudiée dans l’environnement décrit. En 2003, Ibi et collaborateurs ont utilisé un autre modèle pour évaluer l’héritabilité dans une population de pur-sang, et ont trouvé une valeur plus faible entre 0,2 et 0,23(3). Plus récemment, une étude en double aveugle réalisée sur une population de Clydesdale a estimé l’héritabilité de cette affection à 0,4(4).
Ces études montrent qu’il existe des facteurs génétiques à l’origine de la NLR. Les mécanismes sous-jacents et le mode de transmission d’une génération à l’autre restent inconnus, mais il semble que cette affection puisse être assimilée à un caractère complexe (plusieurs gènes impliqués).

De nouvelles perspectives offertes par la génomique
Depuis 2007, le génome du cheval est entièrement séquencé et de nouveaux outils, comme la micropuce à ADN, sont désormais accessibles pour la recherche en génomique équine (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/ genome/guide/horse/). Le programme GENEQUIN a débuté en 2008, grâce au soutient financier des Haras Nationaux, de l’Agence Nationale de la Recherche, du Fonds Eperon et de la Région Basse-Normandie. Son objectif est d’élucider le déterminisme génétique d’affections limitant les performances des chevaux (ostéochondrose et NLR), grâce à une collaboration entre plusieurs équipes de recherche : le CIRALE-ENVA (Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort), l’ULg (Université de Liège, Belgique) et l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique). Après deux ans de travail, plus de 150 chevaux atteints de NLR ont pu être inclus dans l’étude grâce à la collaboration de nombreuses cliniques vétérinaires, et une cohorte de plus de 350 chevaux sains a été constituée. Les génotypages sur puces ont pu commencer en 2009 en parallèle de la collecte des cas. Les analyses statistiques de ces données, régulièrement complétées par de nouveaux cas, sont désormais en cours. Comme cela a été le cas dans l’espèce bovine(5), ce genre d’étude peut aboutir à l’identification de marqueurs génétiques associés à la maladie, permettant de détecter précocement des individus porteurs et de mieux comprendre les mécanismes moléculaires de cette affection.

Références
(1) : Poncet, P.A., et al., A preliminary report on the possible genetic basis
of laryngeal hemiplegia. Equine Vet J, 1989. 21(2) : p. 137-8.

(2) : Marti, E. and B. Ohnesorge, Genetic basis of respiratory disorders,
in Equine Respiratory Diseases, L. P, Editor. 2002, www.ivis.org : Ithaca.

(3) : Ibi, T., et al., Estimation of heritability of Laryngeal Hemiplegia
in the Thoroughbred horse by Gibbs sampling. Journal of Equine Science, 2003. 14(3) : p. 81-86.

(4) : Barakzai, S. Heritability of recurrent laryngeal neuropathy. in 4th World Equine Airways Symposium. 2009. Berne, Switzerland.

(5) : Charlier C, et al., Highly effective SNP-based association mapping and management of recessive defects in livestock. Nat Genet. 2008 Apr;40(4) :
449-54.

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