L'Agriculteur Normand 12 juillet 2016 à 08h00 | Par M.Malo

Le lait bio en évolution

Depuis 2013, Agrobio Basse-Normandie a démarré une étude des résultats technico-économiques des systèmes laitiers bio bas normands. Jeudi dernier, Thierry Restout ouvrait les portes de son exploitation biologique à Saint-Germain de Livet (14) pour faire le point sur les résultats de l’étude.

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« L’idée principale du bio, c’est que le producteur se réapproprie son outil de production », explique Claire Boudeau-Blanchard, ingénieure pour Agrobio.
« L’idée principale du bio, c’est que le producteur se réapproprie son outil de production », explique Claire Boudeau-Blanchard, ingénieure pour Agrobio. - © MM

Le système laitier bas-normand biologique est très diversifié. Sur 3 campagnes différentes (2011- 2012, 2012-2013 et 2013-2014), Agrobio a conduit son étude sur 38 fermes laitières bio. Les objectifs étant de mettre en évidence les clefs de la réussite d’une conversion et savoir comment une exploitation laitière biologique tient dans le temps. Avec une moyenne de SAU à 108 ha et une moyenne de main d’oeuvre à 2,1 UTH, l’AB attire. Le prix moyen annuel pour 2011 à 429 € /1 000 litres passe à 448 € /1 000 litres en 2014. Une bonne évolution dans le temps.

Autonomie, fourrage et adaptation

Thierry Restout grimpe les échelons petit à petit. Il passe de 62 hectares à 88 en à peine 4 ans et emploi Louis en 2014.« Avoir son propre système fourrager, protéineux et énergétique, c’est aller vers une meilleure autonomie », souligne Thierry Restout. Faire du lait en biologique, c’est pouvoir adapter son cheptel au potentiel du sol. La qualité du fourrage est le plus efficace pour la production. C’est pour cela que le contexte climatique est très important dans le bio. « Certaines personnes partent dans le bio sans vraiment avoir anticipé la conversion. Gérer ses prairies est vraiment important. C’est un vrai travail », explique l’exploitant. Chose importante, faire attention aux différents stades de la pousse de l’herbe. Il est préférable d’avoir une herbe à un stade élevé afin d’éviter les problèmes métaboliques. « Parmi les 38, les fermes qui ont le mieux vécu la conversion sont celles qui ont anticipé le plus », insiste Claire Boudeau-Blanchard, ingénieure pour Agribio.

Du lait en pleine crise

Le prix du lait bio se base sur celui du conventionnel. Mais année après année, ce prix a réussi à se détacher et s’éloigner du prix conventionnel. Le choix du prix appartient à la politique interne de la laiterie que l’exploitant aura choisie. Critère important, la baisse du prix du lait bio à partir de février jusqu’à mai. Cette période est celle de la repousse de l’herbe. La production est donc de moins bonne qualité ce qui explique la baisse du prix à cette période. Même si le prix du lait pourrait être une motivation, il est de plus en plus difficile de trouver une laiterie. Les éléments importants sont la zone de collecte et le volume bien entendu. Les laiteries deviennent donc assez drastiques par rapport à ces zones et au respect du cahier des charges.

Résultats et embauche

En plus des bons résultats économiques malgré l’évolution du prix du lait, le bio embauche. Avec une augmentation de 18 % de la consommation du bio en 2015, les emplois ont grimpé en flèche. Aujourd’hui, le bio représente 10 % des emplois agricoles. Exemple sur l’exploitation de Thierry Restout, il a embauché Louis en contrat d’apprentissage, il est désormais salarié de la ferme.

Thierry depuis 2008

Il s’est installé sur son exploitation en 1998 avec 62 hectares en bovins laitiers et boeufs. En 2002, il reprend 30 hectares et passe ainsi à 88 hectares. « Je pensais à l’époque que je n’en étais pas capable », confie l’exploitant. En 2008, la laiterie (Lactalis) lui donne le feu vert et Thierry commence sa conversion en AB. Il réforme dès lors 50% de son cheptel laitier (Prim’Holstein, Normande et Jersiaise) et embauche son apprenti Louis en 2014. Son quota est de 200 000 litres. « Il faut toujours trouver des compromis par rapport à ses envies » continue-t-il. « L’idée principale du bio, c’est que le producteur se réapproprie son outil de production », explique l’ingénieur. Objectif atteint pour Thierry : « On est plus observateur envers les animaux et les terrains. On a plus conscience de l’importance des sols, de l’outil en soi et des bêtes. Il y a énormément de points majeurs », termine le producteur.



 

Le parcours de Louis

Études : BTS à la MFR de Maltôt (14). "Je cherchais un patron en apprentissage et j’étais intéressé par le système. Aujourd’hui, cela fait 3 ans que je travaille ici et je suis totalement convaincu par l’AB. Dans mon ancienne classe, sur 18 élèves, nous étions seulement deux à croire au biologique. Durant une année, nous avons visité 20 exploitations et une seule était une bio. En agrotechnique, on étudiait beaucoup de maïs, mais jamais le pâturage. Le bio n’a pas assez de place dans l’enseignement agricole. Pour ceux qui veulent se diriger vers l’AB, c’est assez compliqué ».

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