L'Agriculteur Normand 08 octobre 2014 à 08h00 | Par T.Guillemot

Le redressement productif passe par le consommer français

Samedi matin, le syndicalisme agricole ornais jeune (JA) et aîné (FDSEA) est allé à la rencontre de la grande distribution argentanaise et des consommateurs. Mot d’ordre : “consommer français, c’est défendre l’emploi français. Halte au racket, c’est défendre l’emploi français.”

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"C’est la jungle ici. On ne sait pas où ça a été découpé. Vous faites la promo sur de la viande bovine polonaise ou danoise en jouant sur les amalgames. Vous ne jouez pas la carte de de l’étiquetage viande française. Vous vendez du porc français hollandais...” Très remontée la délégation d’éleveurs à la découverte des pratiques commerciales en cours au Carrefour Market d’Argentan. En cette période de chasse, FDSEA et JA ont soulevé quelques beaux lièvres. “Erreur d’étiquetage”, a répondu, laconiquement et quelque peu embarrassée, celle qui s’est présentée comme la responsable du magasin.


Erreur d’étiquetage
Une réponse qui ne peut satisfaire les premiers acteurs de la filière. Des acteurs à bout de souffle et pris en étau entre le prix payé “sortie ferme” et l’envolée des coûts de production. “Nous travaillons désormais souvent à perte. Pour les vaches allaitantes, elle se chiffre à 300 e par animal”, insistent Dominique Bayer et Thierry Thomas (section bovine FDSEA).
“Opacité, manque de transparence, racket organisé (...)”. Les responsables syndicaux se sont montrés vindicatifs vis-à-vis de leur interlocuteur. Et pour marquer ce mécontentement, ils ont tenté symboliquement de sortir du Carrefour Market quelques kg de viande exotique. Étonnement, un cordon de policiers leur a barré la route. “La preuve que les pouvoirs publics sont du côté de la grande distribution” a interprété Thierry Thomas faisant également référence au même dispositif (toutes proportions gardées) lors de la manifestation de représentants de la FNB (Fédération Nationale Bovine) devant le siège de Leclerc il y a quelques jours. “Les pouvoirs publics, à travers par exemple la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes), feraient mieux de mettre leur nez dans les linéaires de la grande distribution pour remettre de l’ordre et de la transparence dans les pratiques commerciales et publicitaires des grandes enseignes.

Discours contradictoires
Si du côté de Carrefour, on a vite balancé la patate chaude en se retranchant derrière le “ c’est la centrale d’achat qui gère tout ça. Nous, on n’y est pour rien”, le responsable du Leclerc, visité quelques dizaines de minutes auparavant, a tenu un discours tout autre. “Ici, on travaille comme une boucherie traditionnelle. Michel-Edouard Leclerc ? Je le connais à peine. Les prix à l’achat dans notre enseigne ont augmenté. Entrez, je vais vous montrer les factures. On achète locale. Je soutiens le festival de l’elevage. Je ne peux pas me satisfaire de cette situation. Il faut tous se mettre autour de la table et discuter...” Un discours tout en compassion et presque séduisant mais que les routiers de l’action syndicale ont vite botté en touche. “Vous avez fait un grand ménage dans vos factures parce que vous saviez que vous alliez recevoir de la visite. Quand on vient sans prévenir, vous ne nous ouvrez ni les portes de vos bureaux ni celles de vos frigos. Quand vous achetez des bêtes de concours, c’est la plaque que vous achetez, pour faire votre propre publicité mais pas celle de l’élevage départemental. Les animaux que vous achetez aux abattoirs ne sont pas payés à un prix qui permet de couvrir nos charges...”
Si les 3 enseignes les plus significatives de la sous-préfecture de l’Orne ont été visitées, l’action syndicale est loin d’être terminée. “Demain, c’est aux abbatteurs mais aussi à la RHF (Restauration Hors Foyer) que nous allons réclamer des comptes”, prévient-on du côté de la FDSEA et de JA.


Et le consommateur dans tout cela ?
Les caddies n’ont pas tourné rond
Certains compatissent, comprenant les enjeux futurs. D’autres se sont énervés, furieux de ne pas pouvoir faire tourner leur caddie en rond un samedi matin. Ceux la n’ont pas compris que si demain la ferme Orne met la clé sous la porte de son activté “élevage”, ce sont plusieurs centaines d’emplois amont et aval qui vont disparaitre, donc du pouvoir d’achat qui va partir en fumée et des caddies bien moins remplis. Ce sont des centaines d’hectares de prairies qui seront retournés et un paysage bouleversé. C’est de la viande qu’il faudra importer de pays tiers sans bien connaître les conditions de production en termes sanitaires, sociales ou bien encore de respect de l’environnement.
En manifestant ce samedi, FDSEA et JA ont ainsi signifié leur volonté d’être acteur du redressement productif cher à la classe politique. Ils demandent à être entendus, mais surtout écoutés. Une seule goutte d’eau pourrait aujourd’hui suffire à faire déborder le vase de la colère.
Th. Guillemot

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