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Le scandale des 34 sans-logis de Loucelles mouche la profession

Par décision de justice, 17 vaches allaitantes et leurs suites couchent dehors sur un paillot et au pied d’une stabulation vide datant d’après-guerre. Un conflit de voisinage à l’issue ubuesque.

«Ubuesque, aberrant, inadmissible, incompréhensible (...)». Les qualificatifs pleuvent à la lecture du verdict rendu le 12 novembre 2015 par le TGI (Tribunal de Grande Instance) de Caen. Au nom du COPA (Comité des Organisations Professionnelles Agricoles), Michel Legrand (président de la Chambre d’Agriculture du Calvados) et Patrice Lepainteur (président de la FDSEA 14), entourés de collègues, sont venus apporter leur soutien vendredi dernier à Damien Autin, éleveur d’un troupeau aujourd’hui sans logis.

Depuis 3 générations
Installé en 2007 à Port-en-Bessin, Damien Autin loue un îlot de 7 ha à Loucelles. Le site comprend un hangar agricole, vintage, financé à l’époque avec les dommages de guerre. Trois générations d’éleveurs s’y sont succédé. Le corps de ferme, au gré des successions, a été divisé en lots. Deux maisons d’habitation jouxtent désormais l’outil agricole dont une occupée par un retraité depuis 1999.
«La situation s’est dégradée à partir de 2012 avec divers échanges de courriers», se souvient Damien Autin.
Son voisin lui reproche la présence de mouches ainsi que des nuisances olfactives. Une plainte est déposée dans ce sens.
Du côté des services vétérinaires et sanitaires, de la DDTM, on rassure Damien. Il est bien dans les règles qui plus est avec un système 100% paillé. Persuadé de son bon droit, notre éleveur est loin d’imaginer la suite.

Une facture de 14 000 € plus 500 € par jour
Patatras le 12 novembre 2015. Le plaignant gagne son procès. La facture est salée pour Damien Autin. «14 000 € sans compter mes frais d’avocat et une astreinte de 500 €/jour si je remets mes animaux sous la stabulation». Notre éleveur fait appel bien sûr, mais cet appel n’est pas suspensif et le pas de temps de la justice n’est pas celui du bien-être animal. Le troupeau de Damien s’apprête donc à passer son second hiver dehors. «Si la justice confirme cette décision en appel, on va fermer beaucoup d’élevages», craint Michel Legrand, président de la Chambre d’Agriculture du Calvados. Mais si ce conflit de voisinage met en exergue la relation entre néo-ruraux et agriculteurs, Patrice Lepainteur n’en fait pas une généralité. «Dans 99 % des cas, tout se passe bien. Sans eux (ndrl : les néo-ruraux), nos campagnes seraient vides, nos écoles fermées. On les accueille à bras ouverts, a insisté le président de la FDSEA 14. Néanmoins, dans ce cas précis, la situation est grotesque et scandaleuse». Et de faire remarquer qu’il n’y a pas de mouches l’hiver et que, l’été, les animaux pâturent au loin. L’argument olfactif ne tient pas non plus. «Ce n’est pas de l’élevage industriel», fait remarquer Damien Autin. «Je n’ai rien contre les agriculteurs, bien au contraire», précise Armel David, le plaignant, dans les colonnes de notre confrère Ouest France. Ah bon !

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