L'Agriculteur Normand 27 février 2018 à 17h00 | Par Sandrine Bossière

« Le syndicalisme se fait davantage sur le terrain »

Après un an au poste de secrétaire générale de la FDSEA 50, Anne Jeanne dresse un premier bilan qu’elle partagera lors de l’assemblée générale du 9 mars prochain. L’engagement local est d’autant plus important que les décisions sont prises au sein des capitales régionales. Questions/réponses.

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- © SB

>> Quel bilan dressez-vous depuis votre élection ?
Au terme de ma première année de secrétaire générale, je peux me rendre compte du changement de fonds qui s’opère dans la pratique du syndicalisme. Il y a quelques années, nous allions manifester pour un prix, pour quelques centimes, pour plus de droits.
Aujourd’hui, on manifeste pour mettre le pied dans la porte, pour entrer, pour être entendu...
De multiples décisions prises chaque jour, par différentes instances, nous impactent dans notre métier. Elles ne doivent pas être en incohérence avec ce que l’on vit. Les décideurs qui édictent les règles de notre fonctionnement, les lobbies de la société civile qui se verdissent, qui souhaitent plus d’agriculture paysanne mais qui méconnaissent la réalité de notre métier, qui évoquent à tour de bras le bien-être animal (...), parlent d’une voix très forte et très médiatisée. Il sont entendus et nous le subissons tous les jours. Ce sont des activistes qui orientent les politiques dans les modalités légiférant nos méthodes de travail. C’est un problème alors qu’aujourd’hui on nous parle de plus en plus de compétitivité. On a besoin d’une agriculture de haute technicité pour nourrir le monde. On nous demande d’évoluer au rythme des attentes de la population mais, en même temps, il faut que ce soit toujours plus vert, toujours plus sain. Tout cela représente un coût alors que les EGA n’ont pas abouti à la mise en place d’un schéma nous permettant de vivre de notre métier, de vivre de notre travail.

>> Quel espoir formulez-vous sur les EGA ?
J’ai vécu, au cours de cette première année de secrétaire générale, la mobilisation du gouvernement dans sa campagne, dans sa première année de mandat. D’ailleurs, ces EGA étaient intialement les Etats généraux de l’Agriculture et non de l’Alimentation. Ils ont abouti à la rédaction d’une charte d’engagement que tous les acteurs se sont empressés de signer mais, aujourd’hui, cela ne correspond à rien. Cette charte n’est pas respectée.
De la même manière, les décisions locales comme les PLUi (Plan local d’urbanisme intercommunal) ou SRADDET prises à Rouen, sont valables à Cherbourg et Saint-Sauveur-Lendelin. Or, en agriculture, chaque cas est unique.  Dans le milieu rural, chaque territoire est un territoire qui vit de façon différente. La haie, par exemple, est un sujet de proximité. La problématique de l’Eure n’est pas celle de la Manche. Il fut un temps où l’on dépendait de structures départementales. Les discussions se prenaient à St-Lô, qui prenait la mesure du terrain et amendait les décisions si nécessaire. C’était plus lisible.

>> De quelle manière l’engagement syndical a-t-il évolué ?
On est à une charnière. On ne lâchera rien de notre implication. Entre en jeu l’engagement de nos adhérents, toute la force, la puissance de chacun à son poste, chez lui, dans sa localité. C’est de son lieu de résidence qu’il pourra entrer dans un groupe de travail où seront débattues les modalités de la loi NOTRe, les amender. Aujourd’hui, chacun doit peser dans son territoire en prenant part à la vie de sa collectivité. Le syndicalisme se fait davantage sur le terrain. Nous, élus professionnels, représentants du monde agricole, mandatés pour cela, sommes amenés à être à Caen, Rouen, Paris pour faire remonter les attentes des agriculteurs… Le réseau doit être présent en local pour appuyer nos demandes.

>> Un travail de terrain qui vous a conduit à rencontrer les parlementaires. Ce que vous continuerez ?
On les a rencontrés avant les élections pour connaître leur programme. Ils avaient tous conscience des problèmes agricoles. On les a rencontrés une fois élu, sur les exploitations pour qu’ils mesurent bien nos difficultés. On a pu voir que, lors des questions au gouvernement, nos parlementaires ont pris la parole. On n’a pas obtenu tout ce qu’on voulait mais on a posé des jalons et on va continuer à discuter avec eux. Si les différentes instances ne veulent pas entendre raison, on continuera à manifester, à mettre le pied dans la porte comme précédemment.
Il y a une vingtaine d’années, les citadins avaient une relation viscérale avec l’agriculture. Une génération plus tard, ils ont entre les mains le pouvoir de peser sur nos vies alors qu’ils n’ont plus la notion de ruralité, de la réalité de notre métier et de son modèle économique.

>> L’environnement est pesant sur l’agriculture. Cela vous inquiète ?
Cela prend de l’ampleur. L’agriculteur est le paysagiste de la nature. L’agriculteur a toujours entretenu ses haies, son outil de travail comme il l’est dit dans le code rural en bon père de famille. Cela était inscrit dans les baux. On dépend aujourd’hui de plusieurs ministères dont celui de l’Ecologie.  Pour l’heure, il y a un hiatus entre la nécessité de maintenir la biodiversité et la conception acceptable de sa mise en œuvre. Nous entretenons cette biodiversité au service de tous et les paysages magnifiques dont nous disposons sont le fruit de notre travail.
Aujourd’hui, la pression environnementale « jusqu’au-boutiste » va à l’encontre d’une agriculture respectueuse de l’environnement qui a toujours su, et saura toujours, s’adapter. Elle nous pénalise parce qu’elle ne tient pas compte de la réalité économique. Si on laisse la nature prendre ses aises, c’est adieu à la biodiversité.
Il y a un juste équilibre à préserver. Nous pratiquons l’agroécologie depuis une vingtaine d’années. Les pesticides coûtent cher, nous avons donc tout intérêt à nous en passer mais encore faut-il le pouvoir. On cherche des alternatives pour pratiquer autrement (assolement, pratiques culturales, rotation, auxiliaires de vie...), on fait des analyses de sol. Alors, on ne traite qu’en cas de besoin avéré.
Nous avons conscience de la nécessité de changements, des virages à prendre, mais nous n’avons pas attendu d’être montrés du doigt pour faire mieux, pour faire plus...
Ce changement ne se fera pas sans nous. Ce changement devra passer par nous !

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