L'Agriculteur Normand 16 juillet 2015 à 08h00 | Par SB

Les éleveurs s’invitent chez Elle & Vire

Les agriculteurs veulent comprendre pourquoi le prix du lait descend à ce point. Et ils tentent de trouver une réponse auprès d’un transformateur, Elle &Vire à Condé-sur-Vire. Mais ce ne sera pas le cas.

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Pendant près d’une heure, les éleveurs ont engagé la discussion avec Daniel Chevreul (à droite). Patrick Ledunois, Sébastien Amand et Jean-Fraçois Osmond ont tenté de faire comprendre leur problématique.
Pendant près d’une heure, les éleveurs ont engagé la discussion avec Daniel Chevreul (à droite). Patrick Ledunois, Sébastien Amand et Jean-Fraçois Osmond ont tenté de faire comprendre leur problématique. - © dr

Les éleveurs ne décolèrent pas. Mercredi 15 juillet, à l’appel des JA des la Manche, ils étaient une trentaine à être devant l’usine Elle & Vire de Condé-sur-Vire pour dénoncer une nouvelle fois la baisse de leur prix. Ils veulent connaître sur quelles bases de prix payés aux producteurs se font les négociations entre transformateurs et distributeurs.

Leur objectif est de sauver l’élevage. « A 300 euros/1 000 litres, voire à 280 euros, prix qu’on nous annonce pour la fin de l’année, on ne va plus y arriver » lâche l’un d’entre eux.

Ce mercredi, les éleveurs manchois ont  trouvé porte fermée chez Elle & Vire. Le président des JA de la Manche, Jean-François Osmond, a donc pris son téléphone pour tenter de rentrer en communication avec un responsable du site. Même si le départ s’annonçait difficile, Daniel Chevreul, responsable des approvisionnement laitiers chez Bongrain a fini par descendre, voulant discuter dans le bureau, et non sur la place publique. Ce que les agriculteurs ont refusé.

 

Qui s’engraisse sur le dos de qui ?

Très rapidement, Sébastien Amand, président de la FDSEA de la Manche a rappelé les préoccupations des agriculteurs, et dénonce la sourde oreille des industriels, des distributeurs et des politiques. « Nous avons un problème de rentabilité dans toutes les filières. On demande une meilleure répartition des marges. On n’est pas entendu. Or, on voudrait avoir une certaine vérité sur les relations commerciales, comprendre qui s’engraisse sur le dos de qui » demande le responsable syndical.

« On négocie avec les OP et non les syndicats » rétorque Daniel Chevreul, expliquant les marchés laitiers « Les produits de grande consommation représentent 40 %, les exportations vers les pays européens 25 % et les ingrédients laitiers 35 %. Si on fait la moyenne des prix de ses trois marchés, on atteint 300 euros/ 1 000 l. C’est la réalité économique. On est sur un marché mondial ».

La faute aux marchés

Cette explication ne séduit pas les agriculteurs. « Au nom des marchés, on ne s’en sortira pas jamais » dénonce Sébastien Amand. Pour le transformateur, il n’entend pas cet argument. « C’est le marché qui fait nos prix » assure-t-il, demandant clairement aux agriculteurs de baisser leur coût de production. « En 1985, le lait était à 357 €, le fuel à 300 €. Aujourd’hui, le lait a baissé, le fuel a triplé. Et c’est le cas de toutes nos charges » explique un des éleveurs.

Porte clause : A leur arrivée, les agriculteurs ont trouvé porte clause chez Elle & Vire.
Porte clause : A leur arrivée, les agriculteurs ont trouvé porte clause chez Elle & Vire. - © dr

Un indicateur des charges

Sébastien Amand souhaite qu’un indicateur des charges soit pris en compte dans la détermination du prix du lait. « Nous en avons un qui est intégré dans le cahier des charges » souligne Daniel Chevreul. « Nous n’avons pas du faire la même école, nous ne lisons pas les textes de la même manière » insiste Sébastien Amand. Et quand le représentant des JA demande des prix de vente, Daniel Chevreul le dirige vers les OP refusant de les mettre sur la place publique. « Clairement, nous avons le droit de vendre à perte, mais pas vous » s’insurge l’un des agriculteurs. « Et ce n’est pas votre problème de laisser crever les producteurs à petit feu » déplore Sébastien Amand.

Au bout de près d’une heure d’échanges, Daniel Chevreul repart dans son bureau. Les éleveurs ne veulent pas baisser les bras. D’autres actions sont programmées. « Il faut que la profession reste mobilisée. Il faut que les marges soient partagées. C’est ce qu’on demande et c’est aussi aux pouvoirs publics de prendre des décisions » indique Patrick Ledunois, président de la section laitière de la Manche.

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