L'Agriculteur Normand 28 juillet 2016 à 08h00 | Par E.Désillière

Les fermes ont-elles encore une place à la campagne ?

Une pétition a été mise en ligne pour légitimer la place des fermes à la campagne. Les responsables agricoles du Calvados se sont réunis aux « Vergers de Fumichon », à Vaux-sur-Aure (14) pour défendre l’agriculture et rappeler son importance.

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- © ED

La question paraît saugrenue, et pourtant...Damien Autin a écopé de 14000 euros d’amende. En cause ? Une plainte d’un de ses voisins, pour les mouches et les odeurs sur sa ferme. L’agriculteur a décidé de faire appel. De plus en plus d'exploitations agricoles et entreprises agroalimentaires sont menacées par des tiers dont la volonté conduit à remettre en cause l'activité agricole.

Un jugement qui indigne

Cette décision est un exemple de plus qui indigne la profession. Une pétition a été mise en place par le COPA14*. Le bon sens de la justice est remis en cause par nombre d’agriculteurs. Elle recense déjà plus de 800 signatures. Les responsables de la profession ont organisé une visite d’une ferme conventionnelle, chez Philippe Marie et Thomas Pelletier, responsables de l’exploitation « Les Vergers » à Vaux-sur-Aure. Ils vont sur le terrain pour montrer la réalité du métier. Cette exploitation n’a pas eu de problème de ce type. « Nous sommes trop éloignés des autres habitations pour avoir ce genre de souci. D’autres fermes n’ont pas cette chance », raconte Thomas Pelletier.

Communiquer sur le métier

L’objectif est clair pour les représentants agricoles. Le message est réitéré depuis plusieurs semaines. En juin le COPA avait déja organisé une conférence de presse. C’était sur la ferme de Sylvain Decaen, à Cambes-en-Plaine. « Nous devons plus communiquer sur ce qu’est l’agriculture et sa production. Nous recensons dans le département une dizaine de plaintes, liés aux nuisances sonores ou olfactives de l’agriculture », explique Patrice Lepainteur, président de la FDSEA du Calvados. Depuis le procès, de nombreuses actions sont menées. « Nous avons rencontré les services de l’État, le président de l’association des maires», annonce le président de la Chambre d’Agriculture. « L’objectif est de rencontrer tous les maires du département. Notre but n’est pas de polémiquer, seulement d’alerter les élus ainsi que les habitants sur le métier. Comme en ville, il y a une activité à la campagne », affirme Patrice Lepainteur, le président de la FDSEA du Calvados.

Caricature médiatique

« Les médias dressent le portrait caricatural d’une agriculture productiviste. Les grands médias nationaux condamnent l’agriculture à travers des reportages accablants et non représentatifs du métier. Nous produisons ce que le consommateur demande», constate le président de la FDSEA. Certains reportages sur l’utilisation des pesticides ont des répercussions sur la vie des agriculteurs. Ils entendent régulièrement des remarques désobligeantes. « Lorsque je vais traiter mes cultures, je vois certains regards qui me blessent. Nous sommes de plus en plus montrés du doigt. Les pesticides sont avant tout des produits qui protègent les végétaux. Sans eux, on ne pourrait pas nourrir tout le monde. La société veut des produits de qualité en quantité, ce n’est pas un choix de la profession, on s’adapte aux consommateurs. Il n’y a que les aliments «beaux» qui se vendent, pour obtenir ce résultat, on doit utiliser des pesticides », affirme le président de la Chambre d’agriculture du Calvados.

Un manque de reconnaissance

Les agriculteurs se sentent seuls contre tous. Sylvain Decaen, producteur d’endives à Cambes-en-Plaine a eu des problèmes de voisinages. Pendant une dizaine d’années, une altercation avec un de ses voisins a « pourri la vie » de l’agriculteur et de sa famille. Le voisin se plaignait alors des bruits relatifs à l’exploitation menant à une expertise judiciaire. « Ça fait beaucoup de mal d’être sali sans raison, la seule chose que nous avons faite, c’est de se lever tous les matins pour travailler», déplore l’endivier. Dernièrement, dans le Calvados, un voisin a prévenu la gendarmerie pour tapage nocturne. En cause, une moissonneuse battait du blé dans la nuit. Elle a alors dû s’arrêter alors qu’il lui restait 30 minutes. « La moisson c’est une fois dans l’année. Dès que le temps est propice à la moisson il ne faut pas attendre, car cela aura une influence sur la qualité de la farine. Savourer le bruit est les arômes de la moisson ! », s’amuse Michel Legrand. « Les gens oublient que si la campagne est si belle et bien entretenue, c’est grâce à nous. Nous sommes critiqués aujourd’hui alors qu’on fait mieux qu’il y a quelques années. Ils sont bien contents de nous trouver lorsqu’on déneige les routes l’hiver..»,assure Sylvain Decaen. Les responsables de la profession comptent bien continuer leurs communications pour faire entendre leurs messages...



Signature

La pétition est disponible en ligne. Elle peut être signée sur les sites internet de la FDSEA du Calavdos et de la Chambre d’agriculture.


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