L'Agriculteur Normand 11 mai 2015 à 08h00 | Par Gabriele Fortino Réseau des Chambres d’agriculture de Normandie

Les méteils riches en protéagineux : un atout pour l’autonomie protéique et le sol

Dans un contexte en mouvement perpétuel, les éleveurs doivent relever le défi de la compétitivité. Pour y parvenir, la réduction des charges semble être un passage obligé et le poste “concentrés” est souvent élevé.

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Couvert assuré par le méteil protéagineux implanté à la Ferme Expérimentale de la Blanche Maison. (20 mars 2015, Pont Hébert, Manche).
Couvert assuré par le méteil protéagineux implanté à la Ferme Expérimentale de la Blanche Maison. (20 mars 2015, Pont Hébert, Manche). - © Anastasie Fesneau - CA50

Pour limiter l’utilisation de correcteurs, plusieurs pistes peuvent être parcourues, par exemple le remplacement du tourteau de soja par d’autres concentrés (tourteau de colza, lupin…) ou la réduction du maïs par d’autres fourrages riches en protéines.En plus des fluctuations du marché et de la diminution des aides publiques, les agriculteurs font face à des demandes pressantes de la part du reste de la société. Parmi les systèmes au centre des débats, on trouve ceux à forte proportion de maïs à cause de leurs besoins en intrants et de la faible couverture du sol en hiver.De ce point de vue, la recherche de l’autonomie protéique peut représenter une opportunité pour mettre en avant les pratiques favorables à l’environnement. En effet, une piste qui se dégage est l’exploitation de l’interculture pour produire une quantité considérable de fourrage dense en matière azotée : des méteils riches en protéagineux. Il s’agit de mélanges avec une forte proportion (80 % du poids) de féverole, pois et vesce, complétés par une céréale (avoine, triticale). Pois et vesce sont les composantes principales du rendement azoté. Connues pour être des espèces versantes, elles pourront s’appuyer sur un tuteur solide et riche en MAT, la féverole, ainsi que sur la céréale. Celle-ci aura aussi le rôle de couverture du sol dans la phase d’installation ainsi que dans les zones où les protéagineux rencontreraient des difficultés.Semés à l’automne, ces mélanges seront récoltés avant le maïs suivant. Cependant pour être compétitifs vis-à-vis du tourteau de soja, il sera nécessaire de maximiser le rendement en azote : semer relativement tôt dans des bonnes conditions et récolter à l’optimum d’azote, c'est-à-dire au stade floraison/premières gousses du pois. Pour obtenir une bonne conservation du fourrage, il sera nécessaire de faucher haut, pré-faner pendant un à trois jours, utiliser un conservateur et bien tasser le silo.Dans des systèmes de culture avec beaucoup de maïs, exploiter au maximum toutes les intercultures implique une implantation plus tardive du maïs suivant le méteil, ainsi qu’une récolte plus précoce de celui qui le précède. L’utilisation de variétés de maïs plus précoces et donc moins productives est donc nécessaire. Dans une situation où les deux cultures vont tirer la couverture chacune de son côté, le but est de trouver le meilleur compromis sur l’année en testant plusieurs combinaisons.

Le méteil 2014 de Vincent Picot, éleveur laitier manchois : un mélange riche en féverole et pois, 
complété par vesce et avoine, récolté en ensilage au mois de mai.
Le méteil 2014 de Vincent Picot, éleveur laitier manchois : un mélange riche en féverole et pois, complété par vesce et avoine, récolté en ensilage au mois de mai. - © Vincent Picot

 


Pour y parvenir, les Chambres d’agriculture de Normandie creusent la question

Tout d’abord une enquête régionale est en cours de lancement pour faire le point sur les différentes façons adoptées pour conduire et utiliser les méteils sur les exploitations normandes. Elle permettra de mettre en évidence le besoin éventuel de nouvelles références sur le sujet, y compris sur la conservation et la valorisation de ces fourrages.Afin d’obtenir des renseignements sur le comportement de variétés de maïs ultra-précoces (indice < 190), le protocole d’essai “variété de maïs” du réseau d’expérimentation normand en intègre un certain nombre d’entre elles.- Dans la Manche, la Chambre d’agriculture a mis en place des suivis de parcelles chez des agriculteurs et travaille avec les lycèes de St-Lô-Thère et Coutances, ainsi que la Ferme expérimentale de la Blanche Maison, pour tester des itinéraires techniques variant espèces et proportions dans le mélange, conduite du méteil et variété du maïs suivant.- Dans le Calvados, les observations dans le cadre du Réseau légumineuses et méteils continuent. Quatre parcelles d’agriculteurs en mélange pois protéagineux-féverole vont être suivies avec comme objectif une récolte au 15 mai à 16 % de MAT.- Dans la Seine-Maritime, les références obtenues par le suivi de parcelles d’agriculteurs seront enrichies par un essai avec 17 mélanges avec protéagineux (35 à 100 %) avec suivi du maïs semé fin mai ou début juin (indice 180-200).Intégrer ces méteils dans la ration implique, à terme, d’aller au-delà des itinéraires techniques. Une utilisation accrue de ces fourrages apporte une quantité de cellulose trop encombrante considérant les quantités de maïs ensilage présent dans une ration classique. Le remplacement d’une partie du maïs ensilage par du maïs épis doit être envisagée à terme pour pouvoir concentrer l’énergie dans la ration. De plus, la rentabilité du méteil passe par la maitrise des charges que la double culture méteil-maïs détermine : une partie des semences de protéagineux pourrait être produite sur la ferme. De plus l’implantation du méteil ne devrait pas prévoir des passages d’outils couteux en fioul et temps de travail… Sur ce dernier point, il est important de noter que les méteils riches en protéagineux rentrent en plein dans une approche de simplification du travail du sol et de la relance de l’activité biologique : un couvert hivernal, même entre deux maïs, constitué par des plantes à développement racinaire important et complémentaire, qui apportent de l’azote au système via la fixation symbiotique, etc.


Exemple en Manche

Vincent Picot, éleveur laitier dans le Cotentin a arrêté le labour il y a 5 ans et cela fait 4 ans qu’il apporte dans la ration de l’ensilage de méteil : “la première année j’avais semé un mélange de 100 kg/ha de triticale, 35 de pois et 15 de vesce : vue la forte proportion de céréales, il était correct pour des génisses mais pas intéressant pour des vaches laitières. Depuis trois ans, je fais mon mélange à 60 kg/ha de féverole, 60 de pois, 15 de vesce et 20 d’avoine, que je récolte en ensilage. Pour avoir une coupe régulière et éviter les poches d’air dans le silo, la faucheuse-conditionneuse est obligatoire; ceci dit l’année dernière j’en ai enrubanné en veillant à utiliser du plastique résistant. Le bilan est positif : j’obtiens un fourrage riche en protéines et je contribue au bon fonctionnement de mon sol et à la santé de mes vaches ! Dans le temps j’ai fait évoluer la précocité des variétés de maïs utilisées ; cette année je testerais dix variétés de maïs grain précoces à récolter en maïs épi pour densifier la ration en UF et laisser les fanes aux vers de terre ! De plus, avec trois autres voisins en CUMA, nous avons acheté un semoir Easydrill, ce qui me permettra d’implanter le méteil en semis direct derrière l’ensileuse pour gagner en précocité et qualité d’implantation : grâce à la double trémie, en un seul passage, je pourrais semer féverole et pois plus profonds que vesce et avoine”.Indépendance des aléas de marché via des aliments azotés produits sur place, protection de l’environnement avec une maximisation de la couverture hivernale des sols : les méteils riches en protéagineux représentent une piste très intéressante pour répondre aux multiples défis que doivent relever les agriculteurs. Néanmoins, leur intégration dans l’assolement nécessite une réflexion étendue à tous les éléments du système de production.


Avec la participation financière du Conseil général 50 et le CasDar

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