L'Agriculteur Normand 16 décembre 2015 à 08h00 | Par V. Motin

Marchés : le virtuel peut aussi sécuriser

Des agriculteurs se positionnent sur les marchés à terme. Pas forcément spéculative, la démarche se démocratise. Avec la Chambre, les exploitants apprennent la gestion du risque prix. Emilien Ballon a vendu du blé pour décembre 2016 et acheté des tourteaux en mai 2016.

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AAthis-de-l’Orne, le GAEC des Mottes dispose d’un compte marché à terme. Pour être autorisé à l’ouvrir, Emilien Ballon a suivi une formation de deux jours avec la Chambre d’agriculture. Grâce à l’outil proposé par le Crédit Mutuel, l’agriculteur transmet ses ordres à la salle des marchés de Paris. Tout se joue derrière l’ordinateur de la ferme.

Ne pas spéculer, mais se fixer un prix d’objectif
Sur les marchés à terme, Emilien Ballon achète des contrats de blé de 50 tonnes. C’est la quantité minimum. Le 15 août, l’agriculteur s’est positionné sur 6 lots à 192 €, pour une vente en décembre 2016. “Si j’observe les cours sur un an, j’estime que c’est bien vendu”. L’exploitant devra cependant déduire des coûts d’approche compris entre 10 et 20 € par tonne. Actuellement, l’agriculteur peut prendre des positions jusqu’en décembre 2017.
Emilien Ballon a appris à lire les courbes. “Quand on observe bien, s’aperçoit que certains schémas se reproduisent. Il y a des supports et des résistances. Là, je sens que le blé à 175 € ne percera pas plus bas. Je ne trouve donc pas intéressant de commercialiser à ce tarif et je préfère attendre. Mais, si on bute sur 198 €, je reviendrai prendre des positions pour 2016”.
Le GAEC des Mottes n’utilise pas ce système pour spéculer, mais bien pour se sécuriser. Emilien Ballon a calculé son prix d’objectif. Ce dernier est compris entre 150 et 160 € pour rémunérer les associés de l’exploitation.  S’y ajoutent les frais pour la vente, comme le transport par exemple. Emilien Ballon ne cherche pas le “gros coup”. Il préfère la régularité. Sur le dernier exercice, son prix moyen de vente de céréales a atteint 178 € par tonne. “Les meilleurs lots ont été vendus 182 € et les moins bons 173 €. Nous n’avons pas les armes pour faire des gros. Des traders y travaillent à journée entière et enregistrent, par exemple, les aléas de la météo aux quatre coins du monde. Les marchés intègrent ces informations bien avant nous. Cependant en tant qu’agriculteur, nous pouvons sécuriser nos prix sans y passer trop de temps”. L’année prochaine avec un nouvel associé dans le GAEC, les prises de position sur les marchés à terme devraient s’amplifier. 100 % de la production céréalière sera ainsi écoulée via ce canal.

Ne pas spéculer, mais se fixer un prix d’objectif
Ce mode de commercialisation impose de maîtriser la qualité de sa production. Pas le droit à l’erreur avec du blé trop humide au port de Rouen : “le camion devra repartir ou on paiera 45 € de l’heure de parking, le temps de trouver une solution pour sécher le blé”. Ce genre de mésaventure n’est pas arrivé à Emilien Ballon. En cas de doute, le camion passe chez un courtier de l’Eure pour y être échantillonné. Ce service a néanmoins un coût : 5 € par tonne.
Le GAEC des Mottes a fait ses comptes. En se positionnant sur les marchés à terme, les associés limitent les intermédiaires. Ce mode de commercialisation nécessite de disposer d’une trésorière et de capacités de stockage. “Les stockages sont largement payés par la suppression des intermédiaires”, estime l’agriculteur. 

Une stratégie accompagnée par un service de la Chambre d’agriculture
Même si la maîtrise des marchés à terme dans les fermes n’est pas démocratisée, Emilien Ballon n’est pas isolé lors de ses choix stratégiques. Il adhère en effet au service “Mes M@rchés” proposé par la Chambre d’agriculture de l’Orne. Sur internet, par mail ou sur papier, des analyses et des conseils sont proposés. Dans l’Orne, Xavier Goutte pilote ce service et propose des réunions de groupe. “C’est l’occasion de confronter nos stratégies. On y va sans tabou. On ne se cache rien. Nous nous rassurons en confrontant nos opinions. Nous ajustons ensemble nos déçisions”, explique Emilien Ballon. Et tous ont le même objectif : la gestion du risque prix.

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