L'Agriculteur Normand 13 avril 2011 à 10h07 | Par V.Motin

Méthanisation - Les bactéries mettent les gaz

A Moussonviliers (61), le GAEC Le Jeanne vient de contractualiser. L’exploitation agricole se diversifie et vendra de l’électricité à EDF pendant les 15 prochaines années. Au moment où leur unité de méthanisation commence à mettre les gaz, la ferme ouvre ses portes vendredi prochain.

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Maxime Le Jeanne réalise des analyses du biogaz. Il vérifie sa teneur en souffre et en ammoniac. Des teneurs trop élevées risqueraient d’endommager le moteur. (© (VM)) Le moteur, d’une puissance de 130kW, tournera environ 8000 heures par an. Soupape de sécurité 1 H  de travail au quotidien.

La fermentation permet de fournir en électricité 250 maisons pendant un an. Sur le papier, le projet séduit. Le principe est simple. Un biogaz est produit par des bactéries lors de la décomposition de la matière organique dans le digesteur. Ce biogaz alimente un moteur qui entraîne une génératrice.
Sur cette exploitation, l’idée a néanmoins nécessité trois années de réflexion. Philippe et Michelle Le Jeanne, avec leurs enfants Maxime et Florian, ont investi 750 000 €. L’amortissement est programmé sur 10 ans, grâce à 35 % de subvention. “Nous avons obtenu des aides via le plan de performance énergétique, l’ADEME, la région et le département”, explique Maxime Le Jeanne. Sans ces soutiens publics, l’unité de méthanisation se rentabiliserait tout juste sur 15 ans.

Une prime d’efficacité énergétique à ne pas négliger
Côté recette, l’exploitation économise l’équivalent de 25 tonnes d’engrais grâce au digestat (le produit après fermentation). Mais, la majorité des recettes provient de la vente d’électricité. Le prix de base de rachat du kW est fixé à 11,5 centimes. S’y ajoute une prime d’efficacité énergétique allant jusqu’à 3 centimes. La condition : valoriser 75 % de la chaleur produite par le moteur et les échappements. Chez la famille Le Jeanne, 40 % de cette chaleur chauffera le digesteur. “Il doit être à 40 C° pour permettre le travail des bactéries”, précise Maxime Le Jeanne. Une autre partie de l’énergie récupérée permettra de chauffer deux maisons d’habitation et l’eau des bâtiments d’élevage. Enfin, les associés du GAEC prévoient la construction d’une cellule de séchage de blé ou de bois. “Dans le montage financier de ce type de projet, il ne faut pas négliger la valorisation de la chaleur du moteur”, insiste le jeune agriculteur. Ce dernier table ainsi sur une prime d’efficacité énergétique de 1,5 à 2 centimes.

A gauche : la fosse de stockage. Au centre : le digesteur. Sa bâche se gonfle avec la production de biogaz. A droite : le vielfrass. Les agriculteurs y déposent les déchets végétaux.
A gauche : la fosse de stockage. Au centre : le digesteur. Sa bâche se gonfle avec la production de biogaz. A droite : le vielfrass. Les agriculteurs y déposent les déchets végétaux. - © VM

Travailler du vivant
S’ils deviennent producteurs d’électricité, ces éleveurs ornais travaillent toujours du vivant. Ils élèvent des bactéries. Les agriculteurs équilibraient la ration de leurs vaches laitières, ils calculent désormais la “ration” du digesteur. Afin de ne pas casser le moteur, la part de souffre dans le gaz doit être limité. “Actuellement, nous créons une population de bactéries, avec de l’ensilage de sorgho et des tontes de pelouse. Les débuts sont difficiles. Il faut être patient. Nous intégrerons ensuite du fumier et du lisier. Et comme pour une vache, il faut assurer une transition en douceur de la ration”.

Eleveurs de bactérie
Les bactéries travaillent pour eux. Grâce à elles, la ferme valorise son lisier (3000 t) et son fumier (1300 T). Cependant, lorsque l’unité de méthanisation aura atteint son potentiel de production, ces quantités ne suffiront plus. Les associés compléteront “la ration du digesteur” avec des déchets de céréales ou des cultures dérobées. À terme, Maxime Le Jeanne lorgne vers l’industrie agroalimentaire. “Le grenelle imposera aux gros producteurs de biodéchets de les retraiter. Nous aurons sans doute un rôle à jouer”. L’agriculture répond ainsi à des enjeux environnementaux, énergétiques et économiques.

L’exploitation récupère les tontes de pelouse des collectivités voisines.
L’exploitation récupère les tontes de pelouse des collectivités voisines. - © VM

A savoir


Intrants : 5200 tonnes de matières (dont lisier bovin 3000 T, fumier bovin 1300T, ensilage d’herbe et cultures dérobées 400 T,
déchets de céréales 400 T, tontes de pelouse 100 T).
Production : 360 000 m3 de biogaz, 1020 MWh et 5 200 T de digestat représentant une économie d’engrais de 25 T.
Une pompe incoprore automatiquement le lisier dans le digesteur. Là, des pales agitent les intrants.
Avantage de l’utilisation du digestat : valeur amendante conservée, fluide et homogène, augmentation de la quantité de lisier, hausse de la part ammoniacale de l’azote, baisse des besoins en engrais minéral, graines d’adventices détruites ou perdant leur capacité germinative.
Digesteur : fosse circulaire en béton, 6m de haut, 16 m de diamètre, 1025 m3, 55 jours de rétention de la matière. Destiné et conçu pour la fermentation. Isolé et chauffé à 40 C° pour favoriser le travail des bactéries.
Développement : 6000 unités de méthanisation existent en Europe, dont 25 dans l’hexagone. “En France, les puissances des unités varient souvent de 100 à 250 kW.  Avec 130kW, notre installation est de taille moyenne”, indique Maxime Lejeanne.
Produits-recettes : vente d’électricité (90 %), chauffage (3 %), économie d’engrais (7 %)

Rendez-vous : le GAEC Le Jeanne ouvre ses portes le 15 avril, à partir de 10 heures.

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