L'Agriculteur Normand 02 septembre 2015 à 08h00 | Par Sandrine Bossière

Michel Hamel : "une filière transparente et de qualité"

C’est un homme de combat. Il a toujours cru en la mise en place d’une filière de qualité pour la race Normande. Avec une dizaine d’éleveurs, il prend la tête de la FQRN dès sa création en 1992.

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- © SB

Au début des années 90, onze éleveurs de la région se sont mis autour de la table. “C’était au moment de la chute de l’ULN (Union Laitière Normande)”, se rappelle Michel Hamel. Ensemble, ils ont créé FQRN (Filière Qualité Race Normande). Mais pas question de partir la fleur au fusil sans savoir où aller. C’est la ligne de conduite de cet agriculteur installé à Saint-Jores (50 - canton de Créances).

Un petit goût de noisette
L’objectif principal était de faire reconnaître la race normande qui était malmenée. “Sur le plan gustatif, la viande normande n’est pas égalée. Dans le muscle, il y a une particularité : c’est le persillé, ces filets de gras qui donnent un goût de noisette”, explique l’éleveur. Mais cette saveur ne peut être appréciée si et seulement si une durée de maturation est respectée. “C’est un facteur essentiel en particulier au niveau de la tendreté de la viande. FQRN a donc relancé la maturation de la viande à 12 jours”, assure Michel Hamel. Or, “pendant de nombreuses années, la maturation a été réduite parfois à trois jours, souvent pour des raisons économiques. La laisser dans les réfrigérateurs représente un coût. De ce fait, le consommateur ne pouvait pas trouver de la viande de qualité”, poursuit-il.

Un préfet change d’avis
Il se rappelle d’un échange avec un préfet de la Manche qui avait un avis négatif sur le goût de la viande normande. “Je lui ai fait changer d’avis”, sourit-il. Mais pas trois cinq ou dix jours après, pratiquement sur le moment. Et dès que de la viande de race Normande se retrouve dans les assiettes, Michel Hamel n’a que des retours positifs. Ce fut le cas encore il y a quelques semaines après avoir fourni un repas à Graignes. “C’est normal, c’est de la race Normande”, confie-t-il sérieusement. La patience reste alors l’un des secrets de la qualité. Il n’y a qu’à se déplacer dans un abattoir pour s’en rendre compte. “Les muscles vivent encore une fois l’animal abattu. Avec le temps, les fibres du muscle se détendent, se relâchent, le gras se répartit et la nature suit son cours”, argumente-t-il.

Conserver la race
La filière FQRN vise aussi à conserver la race normande. “70 % des paysans pensent qu’il n’y a que la Prim’Holstein pour faire du lait”, déplore Michel Hamel, fervent défenseur de la Normande. “Je l’ai toujours défendu. Je suis un pro race Normande. Elle a son rôle à tenir. Il faut la mener correctement. C’est au final une vache beaucoup plus économique même si elle produit moins de lait”, poursuit l’agriculteur qui ne tarit pas d’éloges. “La Normande est vraiment jolie. Elle a une conformation que j’apprécie. C’est une race mixte. Et si elle est bien finie, l’éleveur peut en tirer un bon revenu, souligne-t-il. Autrement dit, “un éleveur de race normande a autant de bons résultats économiques qu’un éleveur d’une autre race”, martèle Michel Hamel.

Plus value de 24 centimes
Pour développer la commercialisation, FQRN s’est tournée vers l’enseigne Carrefour. Certes, au départ, aller vers la grande distribution n’était pas du goût de tous. Mais très vite, la démarche s’est imposée comme une voie intéressante. “Nous avons mis un cahier des charges en place. Au niveau du prix, il existe une grille. A qualité égale, chaque éleveur est payé le même prix. Il y a une réelle volonté de transparence. C’est l’atout de la filière”, note le président. Pour les femelles, elles doivent avoir entre 30 mois et 9 ans, avec un poids de carcasse de 320 kg minimum. Pour les bœufs, ils ont entre 28 mois et 3,5 ans, avec un poids de carcasse de 340 kg. Au final, la plus value est de 24 centimes/kg de carcasse. “Ce n’est pas négligeable”, souligne le président.

Rencontrer le consommateur
Cette plus value est rendue possible en raison de la contractualisation avec Carrefour. Avec son équipe, Michel Hamel n’a pas hésité à partir à l’autre bout de la France faire des animations pour aller au contact des consommateurs. “Les premières ont eu lieu à Nice, Antibes et Monaco. On y trouvait des consommateurs qui avaient des revenus et qui appréciaient la qualité”. Cela a été une réussite. Elles se sont multipliées pour faire la promotion de cette viande chère aux yeux de l’éleveur de Saint-Jores.
Aujourd’hui, FQRN comptabilise 1 700 éleveurs des régions de Normandie, Bretagne, Pays de Loire, Poitou-Charente et limitrophes. Désormais, l’esprit filière est ancré aussi bien du côté des éleveurs que des acheteurs. Deux mondes qui se retrouvent autour de la table régulièrement, et notamment à Cherbourg ces 3 et 4 septembre au congrès d’ELVEA France.

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