L'Agriculteur Normand 02 octobre 2019 à 11h00 | Par Julie Pertriaux

Miscanthus et confort, clés de la construction chez les Graindorge

Le 1er avril 2017, Alexis Graindorge s’installe avec son père dans la ferme familiale au Mesnil-de-Briouze (61). Les deux associés décident de miser sur l’atelier lait. Alors, le fils planche sur la construction d’un nouveau bâtiment et d’une salle de traite. En filigrane, le confort des animaux et des hommes. Et des idées nouvelles pour optimiser le cadre de travail.

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llll Le 1er avril 2017, Alexis Graindorge s’installe avec son père, au Mesnil-de-Briouze. Le Gaec Graindorge et fils voit le jour. « À mon installation, nous avons supprimé deux productions : les bœufs et les céréales. Nous nous concentrons sur le lait, qui est rémunérateur. Nous avions encore une marge de progression », soutient le jeune agriculteur, aussi président du syndicat JA 61. Se pose alors la question des bâtiments. Celui des laitières, 50 places en aire paillée, est au taquet et n’est pas extensible. La salle de traite, en 2x4, nécessite une remise à jour. Autour de la ferme, une trentaine d’hectares de pâturage. Les Graindorge produisent du lait pour l’AOP camembert. « Nous avions en tête de garder un système simple, assez économique de construction : aire paillée, salle de traite, semi plein air. » Le Gaec arrivant au bout de ses emprunts, de nouveaux investissements sont envisageables.

La litière pour guide
Alexis et son père décident donc de construire un nouveau bâtiment dédié aux vaches laitières. « Mes premières ébauches datent de 2013. J’ai puisé des idées en regardant ce qui se fait à l’étranger et en France. J’ai imaginé les plans. Et j’ai été aidé par un conseiller bâtiment pour valider l’orientation, l’aération, la capacité de stockage. » Les aménagements sont pensés pour qu’une seule personne puisse gérer le troupeau et la traite. Mais c’est le choix de la litière qui sert de fil conducteur. « Nous avions arrêté les céréales donc nous n’avions plus de paille. Nous avons alors choisi une litière en miscanthus. Le produit ne chauffe pas, il n’y a pas de développement de pathogènes, mais la litière doit sécher le plus vite possible. Il faut ventiler.  Le bâtiment est construit à cet effet. » Il est ouvert à l’est et fermé à l’ouest, d’où viennent les vents dominants. Les Graindorge installent un bardage bois dans la longueur en cas de manque de miscanthus : « si on doit utiliser une pailleuse, le bardage est plus adapté qu’un filet». En théorie, la litière se cure deux à trois fois par an. Elle s’entretient avec un outil à dents pour la retourner. Le miscanthus est un produit « très fin, plus concentré que le fumier. Nous réalisons des économies quotidiennes de temps et de fioul. Idem au moment de l’épandage. Et il ne dégage pas de poussière. Nous avons donc pu installer la nurserie à côté des laitières. »

L’aire de vie des vaches
L’aire de couchage des vaches débouche sur une aire de vie, qui sert aussi de parc d’attente. Les laitières y ont accès en permanence et peuvent, même en hiver, savourer les rayons de soleil à l’extérieur. Pour la salle de traite, « on voulait du confort. Les vaches rentrent plus vite quand elle est spacieuse ». La traite se fait par l’arrière pour la sécurité du trayeur. « Le neuf côtoie l’occasion. Nous avons acheté une stalle qui a 20 ans. Ce qu’on a économisé par rapport à du neuf, nous l’avons investi dans l’électronique : compteurs à lait, analyseurs, faisceaux de traite. Le système ADF milking applique le produit de trempage et désinfecte les griffes entre chaque vache. Objectif : gain de temps et réduction des taux de cellules. On collecte les données comme si nous étions en robot de traite. Les vaches ont des podomètres et des détecteurs de chaleurs et de vêlages. » La salle de traite est ouverte sur l’extérieur. Le trayeur, dans la fosse, est protégé du temps par les vaches. Le plancher mobile est monté sur vérins et s’adapte à la taille du trayeur. « Nous pouvons être remplacés par une personne de 1 m 50, sourit Alexis Graindorge, qui mesure 32 cm de plus. Elle pourra traire de manière confortable. » Temps de traite, pour 80 vaches : « 1h45, tout compris ».

Anticiper l’avenir
Sortie de salle de traite, une barrière de tri se charge d’écarter la vache qui a besoin de soins. « Sans cornadis, c’était indispensable. La laitière est envoyée dans le box de contention IA ou dans celui de parage » Au même endroit se trouve le box de préparation au vêlage et de vêlage en groupe. En face, la nurserie est équipée de niches individuelles pour les veaux de 0 à 3 semaines. Puis ils passent en cases collectives semi plein air. L’ancien bâtiment des laitières est désormais affecté aux génisses. Prochain investissement : une brosse pour nettoyer les trayons. « On devrait gagner une dizaine de minutes par traite. » En misant sur le confort, Alexis Graindorge anticipe le départ à la retraite de son père : « si le travail est agréable pour nous, il le sera pour un salarié et cela le motivera à rester ». Après cinq années de réflexion, huit mois de travaux et une année d’utilisation, Alexis Graindorge savoure la qualité de son cadre de travail. « Tout est groupé, c’est top. Je cherche ce qu’on aurait pu faire autrement, mais je ne trouve pas. Les seuls défauts sont facilement corrigibles. Je pense au bardage bois : quand nous maîtriserons le miscanthus, nous pourrons le remplacer par des filets brise-vent longs pans, qui apportent davantage de lumière. »

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