L'Agriculteur Normand 18 novembre 2014 à 08h00 | Par T.Guillemot

"Mobilisons nous pour le devenir de notre régime de protection sociale"

"Mobilisons-nous pour l'avenir de la protection sociale. Le taux de participation à cette élection constitue un baromètre qui mesure l'intérêt que porte le monde agricole à son régime spécifique", martèle Georgette Rousselet, présidente de la MSA Mayenne-Orne-Sarthe.

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Les élections MSA se tiendront en janvier prochain par correspondance ou vote électronique. Pas de surprise à attendre pour ce scrutin qui n'est cependant pas dépourvu d'enjeux. Les explications de Georgette Rousselet, présidente de la MSA Mayenne-Orne-Sarthe, et candidate à sa propre succession.

Les élections MSA auront lieu en janvier 2015. Quel est le premier enjeu ?
C'est d'abord d'identifier des candidats pour faire en sorte que, dans tous les cantons des 3 départements, il y ait une élection. Sans candidats dans les collèges, les électeurs ne seraient pas sollicités.

A ce jour (ndrl : 7 novembre), cet objectif est atteint ?
Il est en passe de l'être. Nous faisons un point de situation régulièrement avec le terrain, avec nos présidents cantonaux, avec les conseillers sociaux et les services de la caisse. Il est vrai qu'il existe quelques secteurs où c'est un peu plus compliqué, notamment concernant le 3ème collège et ce n'est pas nouveau. Tous les 5 ans, la question du recrutement dans le collège des employeurs est plus sensible. Néanmoins, l'objectif doit être atteint avant la date limite de dépôt des candidatures qui est le 8 décembre.

Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Peut-être une question de disponibilité, mais probablement aussi, et c'est vrai également pour le 1er collège, une prise de conscience qui n'est pas au niveau des enjeux. On s'implique donc moins dans la représentation du régime agricole.

Comment y remédier ?
C'est sans doute à nous de faire connaitre davantage la MSA, ce qu'elle fait, ce à quoi elle sert, comment elle est financée... A ce titre, dans les secteurs les plus difficiles, nous allons proposer des réunions d'information avec pour thème "la MSA: connaissez-vous ?"

Ceux qui dépendent du régime agricole connaissent cependant la MSA à travers les appels de cotisations ?
C'est quelque chose d'entendu, mais concernant les prestations versées dans les 3 secteurs que sont la retraite, la maladie et la famille, il n'y a pas de perception réelle de la diversité de la mission de service public qu'apporte la MSA.
Même si les listes ne sont pas définitives, le renouvellement des générations est assuré ? La féminisation est une tendance qui se confirme ?
Nous ne pouvons pas sortir de tendance à ce jour. Il faut d'abord faire un point de situation de l'intention des sortants. Mais, tous les 5 ans, il y a une session d'âge qui passe le relai, naturellement et mécaniquement. Donc rajeunissement : "oui".
Sur le second point, le réseau d'élus MSA est déjà fortement féminisé. Sans doute du fait que la protection sociale intéresse plus les femmes que les hommes.

C'est une élection sans surprise. Comment, dans ces conditions, convaincre les électeurs de glisser leur bulletin dans l'urne ?
C'est important d'avoir un bon taux de participation. Il y a 5 ans, celui de la caisse Orne- Sarthe - Mayenne était au-dessus de la moyenne nationale. Un résultat satisfaisant que nous espérons réitérer en janvier prochain.

Concrètement, comment se passe ce vote ?
Pour voter, c'est simple : pas de déplacement demandé. Le régime agricole a innové avec le vote électronique. On vote de chez soi via un système sécurisé ou par correspondance comme lors des deux dernières échéances.

Si, à la lecture de cet article, l'envie de me présenter à ces élections me prend, quelle démarche à suivre?
Il suffit de s'adresser au conseiller social du secteur ou au président cantonal que tout le monde connait, tout du moins je l'espère. Ils disposent des formulaires de dépôt des candidatures. Vous pouvez également appeler la plateforme MSA qui vous indiquera la démarche à suivre. Date limite : le 8 décembre.

A l'issue de ces élections, un nouveau conseil d'administration se mettra en place qui élira à son tour un nouveau président. Serez-vous candidate à votre propre succession ?
Lors de la première assemblée générale de cette mandature, où justement le thème retenu portait sur l'engagement des élus et plus globalement sur celui de nos délégués, j'avais annoncé que je les accompagnais pour le dernier mandat. Il se trouve que, les évènements étant ce qu'ils sont, j'ai il y a quelques jours changé d'avis. Après une analyse approfondie, j'ai décidé de poursuivre mon engagement au moins pour une partie du mandat.

Quelles sont les circonstances qui vous font changer d'avis ?
Je ne vais pas entrer dans le détail de ces circonstances, mais, quand on est amené à se poser la question de l'engagement ou du renouvellement d'un engagement, la première des choses, c'est déjà de savoir si on est toujours aussi investi et motivé pour la cause et les missions qui nous sont conférées.
Deuxièmement, c'est de voir dans le périmètre de la caisse (2, 3 ou 4 départements), comment les choses s'organisent entre les collèges ?
Enfin, j'ai été sollicitée par l'échelon national de façon appuyée alors j'ai répondu "oui" pour une partie de la mandature.

La population agricole baisse d'année en année. Ce système de protection sociale spécifique à ce secteur est-il durable ?
Oui, il est durable pour plusieurs raisons. Aujourd'hui, nous avons collectivement apporté la preuve de son utilité, de sa réactivité, de sa capacité à entreprendre des réformes. C'est ce que demandent les pouvoirs publics à chaque fois que la convention avec l'Etat est signée. L'Etat mesure les efforts consentis par la MSA.

Un exemple ?
Par exemple l'obligation en 2015 de réduire, et réduire n'est pas un mot péjoratif, le nombre de caisses à 35. Ça a été fait. Un certain nombre d'évènements nous rassurent et m'amènent à être confiante en l'avenir. A ce titre d'ailleurs, je tiens à souligner que les avancées dont le régime agricole bénéficie, c'est grâce aussi au travail qui est réalisé sur le terrain, grâce à l'engagement collectif à tous les échelons. Nous sommes le seul régime de protection sociale dans le paysage à bénéficier de cette architecture d'élus cantonaux qui prennent des initiatives d'actions. J'ajouterai aussi que la MSA, en dehors de sa mission de service public, est d'abord une OPA (Organisation Professionnelle Agricole). Elle est à ce titre membre de droit dans tous les départements français de la CDOA auprès de la profession. C'est aussi un gage de confiance en provenance de l'Etat.
Une autre raison de demeurer, c'est le savoir-faire des techniciens des caisses locales. Des spécialistes sur le terrain que l'on ne retrouve pas dans les autres régimes. Du fait du guichet unique, nous disposons de toutes les compétences autour de la médecine préventive, de la médecine du travail, de l'action sociale... Cette architecture qui est née du guichet unique a apporté toutes les preuves de sont efficacité et donc de sa pérennité.

La réforme territoriale est en cours avec moins de régions, mais plus grandes. Votre territorialité assise sur 2 régions administratives différentes ne constitue-t-elle pas un handicap  ?
Ce n'est pas un handicap de notre point de vue, mais plutôt une richesse et une diversité. Probablement aussi, c'est une forme de proximité dans la distribution des rôles puisque nous avons deux ARS, deux préfectures de régions... Ceci étant, la caisse centrale qui a d'ailleurs dans sa mission l'organisation du réseau ne se pose pas de question à ce jour sur ce sujet.
Par contre, on pourrait y associer une caisse monodépartementale qui est le Maine et Loire entre le 44 et le 85 ou le 53, 72 et 61.

La seconde hypothèse a sans doute votre préférence ?
Je n'ai pas à me prononcer. Dans ce genre de processus, ce sont les instructions de la caisse centrale et du ministère qui invitent ou recommandent les rapprochements avec une configuration qui est décidée en amont. Ce n'est pas une initiative locale.

Le monde agricole est en crise. Les trésoreries sont tendues. On entend souvent dans les campagnes dirent que les cotisations MSA sont trop élevées. Que répondez-vous à cela ?
Ça renvoie à la question "à quoi sert la MSA ? Comment est-elle financée ? En quoi elle est utile aux affiliés du régime agricole ? (...)" Comme tout système, il appelle des cotisations et on peut toujours contester la façon dont elles sont calculées... Néanmoins, on a toujours pensé que le forfait, pour des raisons d'équité, devrait disparaitre. Cela demande une réforme fiscale approfondie.
Au-delà, il faudrait faire en sorte qu'un jour on distingue le revenu du travail du revenu de l'outil de travail. On sort aujourd'hui des revenus qui ne reflètent pas toujours la réalité financière de l'entreprise. L'agriculteur travaille avec des stocks d'animaux, de matériels... Le revenu du capital devrait être distinct du revenu de l'activité en tant que telle et prendre plus en compte les recettes et les dépenses.

En situation d'urgence et quand la trésorerie de l'exploitation ne permet pas d'honorer les cotisations, quelle est votre marge de manoeuvre ?
Sur le montant des cotisations, aucune. Cependant, chaque caisse MSA dispose d'une enveloppe en cas de crise. L'an dernier, nous avons distribué 1Me sur les 3 départements pour venir en aide à des agriculteurs en difficulté. La marge de manoeuvre du conseil d'administration, c'est de regarder avec beaucoup de vigilance le paiement des intérêts de retard qui sont mécaniquement calculés. Il y a généralement une bienveillance de la commission pour donner une suite favorable aux dossiers qui font une demande d'échelonnement. Ça n'empêche pas que les cotisations doivent être encaissées.
Après, il y a tout un accompagnement social que nous pouvons mettre en place face à des situations humainement et familialement fragiles.

Récemment, certains bâtiments MSA ont été la cible de manifestations agricoles. Quel est votre ressentiment ?
Parce que je suis partie prenante, je comprends les difficultés que rencontrent les agriculteurs. Ça va de la conjoncture économique aux cours des produits qui sont trop bas par rapport aux prix de revient. Je comprends le raz-le-bol face à l'empilement des contraintes environnementales et de toutes les démarches administratives qu'on appelle dans notre jargon la paperasserie. Pour autant, je condamne les actes de violence et de dégradation de nos institutions, quelles qu'elles soient. La MSA a effectivement été visée dans 3 ou 4 cas, mais plus globalement, on doit pouvoir se faire entendre et se faire respecter tout en respectant le bien public. Je suis persuadée que de tels actes affaiblissent le poids de nos revendications.

Il y a quelques semaines, la caisse centrale a mis en place un numéro vert concernant le phénomène suicidaire chez les agriculteurs. Disposez-vous des premiers retours ?
Le numéro vert d'écoute au mal-être est une idée institutionnelle MSA. Il répond aux appels nuit et jour. Il s'agit de bénévoles, formés à l'écoute, qui ont pour mission dans les cas les plus précaires, d'empêcher l'acte suicidaire.
Parallèlement, dans les caisses régionales et notamment la nôtre, nous accompagnons depuis toujours le mal-être. D'ailleurs, en collaboration avec d'autres OPA, nous nous positionnons le plus en amont possible sur ce dossier.

Fort de votre expérience, la situation s'est-elle dégradée au cours de ces dernières années ?
Nous disposons de quelques statistiques et c'est une première. Nous n'avions jamais, auparavant, identifié le nombre de suicides en agriculture. Nous sommes aux alentours de 400-440 cas. L'agriculture est donc un secteur d'activité très touché par ce phénomène qui est variable selon les régions. Les actions locales sont donc complémentaires du numéro vert mis en place au niveau national.
Nous concernant, nous formons nos référents cantonaux, président ou un de leur délégué, à la situation d'écoute du mal-être. Une formation qui dure 3 jours et qui leur donne de la méthode et du savoir-écouter pour mesurer la profondeur de la situation. Il s'agit de capter le bon moment pour communiquer une position aux professionnels. Il ne s'agit pas d'en faire des psychologues ou des psychothérapeutes, mais de leur apprendre à détecter le niveau de besoin de la personne. Ensuite, on passe le relai au conseiller social du secteur qui va prendre la main pour apprécier éventuellement le besoin d'une intervention médicale. C'est une de nos actions phares 2013/2014.

Vous avez évoqué des disparités régionales, qu'en est-il au niveau des 3 départements que vous présidez ?
Je n'ai pas tous les chiffres, mais pour la région Pays de la Loire, la Sarthe est le département le plus concerné par le phénomène suicidaire, la Mayenne arrive en second. La région Basse-Normandie est aussi globalement affectée.

A l'attention des jeunes agriculteurs
"C'est plutôt dans les moments de crise et dans les situations difficiles qu'il faut rebondir. Ce n'est surtout pas le moment de baisser les bras. Je voudrais dire aux jeunes qu'ils sont davantage concernés que leurs parents et leurs grands-parents par la protection sociale et je leur lance un appel collectif. Nous avons sensibilisé les 3 fédérations de jeunes agriculteurs de nos 3 départements et ils nous ont entendu. Ils ont d'ailleurs, pour certains, découvert plus en amont la MSA. Je compte sur leur mobilisation pleine et entière pour que, dans chaque canton, les équipes soient au rendez-vous. Mobilisons-nous pour l'avenir de la protection sociale. Le taux de participation à cette élection constitue un baromètre qui mesure l'intérêt que porte le monde agricole à son régime spécifique. Un baromètre que les pouvoirs publics regardent de très près".

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