L'Agriculteur Normand 02 août 2017 à 08h00 | Par AGRA

Moisson : des rendements moyens mais la qualité est là

Après une moisson catastrophique l’an dernier, les céréaliers retrouvent des rendements plus classiques. Le colza tire son épingle du jeu, affichant même des records par endroit. S’ajoute une qualité globalement au rendez-vous mais l’horizon est loin de se dégager sur le plan économique avec des prix toujours insuffisants.

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- © Réussir


llll «Le coup de chaud en juin a suscité beaucoup de craintes, il n’a finalement pas eu d’impact : le blé tendre avait franchi son stade critique », raconte Philippe Vincent, directeur des activités céréales chez Agrial. La coopérative, qui tablait initialement sur une récolte « moyenne inférieure » fait un peu mieux que prévu au sud de son territoire : 70 q/ha dans la Sarthe
(66 q/ ha attendu), 62 q/ha en Indre-et-Loire (contre 65 q/ha). Contrairement à l’an dernier, le soleil a été généreux, d’où une bonne fertilité qui se traduit par un nombre de grains/m2 élevé. Une grande hétérogénéité est toutefois notée, principalement liée à la profondeur du sol : les cultures en terres superficielles ont davantage souffert de la sécheresse. D’un point de vue qualitatif, l’année est jugée exceptionnelle : 13 % d’humidité, 78,1 kg/hl de PS (poids spécifique), 250 à 300 s en indice de Hagberg et surtout 12,2% en taux de protéines. Mais la récolte est loin d’être terminée, avec plus au nord un blé moins mûr au moment de la canicule, notamment dans le Calvados.

Exceptionnellement précoce
2017 se caractérise aussi par une grande précocité. « Même en 1976, on n’a pas démarré aussi tôt », pense Nicolas Foissey, directeur opérationnel céréales d’Advitam : le 19 juin pour l’escourgeon, le 5 juillet pour le blé qui d’habitude est coupé à partir du 20 juillet dans les Hauts-de-France. Les rendements en blé se situent en moyenne de 87 à 89 q/ha, un peu au-dessus des performances historiques. Ils varient du simple au triple. Plusieurs facteurs sont évoqués, entre le gel, la sécheresse, la canicule au printemps, la nature des sols, également la date de semis avec des précédents betteraves de plus en plus fréquents. La qualité est jugée très bonne avec 11,6 % de protéines, 79,5 kg/hl de PS.
À l’opposé de la carte, la Dauphinoise observe le même chambardement du calendrier. « Toutes les espèces sont mûres en même temps », souligne Philippe Lefebvre, le responsable métiers du grain. « Chaque année, c’est plus compliqué : à cause de la météo, on se prend 60 % de la collecte en quatre jours. » Concernant le blé tendre, la coopérative affiche 70 q/ha contre une moyenne de 67 q/ha. La barre des 100 q/ha est même parfois dépassée, un fait rare dans le secteur. Le taux de protéines grimpe à 12,5 %, le PS entre 79 et 80 kg/hl malgré les pluies.

La pluie rebat les cartes
De Rhône-Alpes à la région Bourgogne-Franche-Comté, l’union de commercialisation Cérévia distingue la moisson avant les pluies de celle effectuée après. « On a sauvé 80 % du blé tendre », affirme Laurent Vittoz, directeur général de Cérévia. Cette partie récoltée avant le 14 juillet possède les qualités meunières, avec un indice de Hagberg supérieur à 240, un PS de 76 à 79 kg/hl, un taux de protéines entre 12 et13 % et une humidité de 11,5 %. Pour le reste, la qualité décroche avec une humidité de 13 à 14 %, un PS entre 73 et
74 kg/hl, un temps de chute de Hagberg dans une fourchette de 190 à 200 s. Les rendements sont aussi très hétérogènes : 75 à 85 q/ha dans les plaines contre 40 à 50 q/ha sur les plateaux de Côte d’Or.
En remontant par la Lorraine, le tableau se noircit. La canicule a pénalisé le blé tendre. Chez EMC2, le rendement varie entre 30 et 80 q/ha avec une moyenne de 60 q/ha (contre 68 q/ha en référence historique). La Lorraine chute à 50 q/ha (contre 70 q/ha), les plus mauvais rendements étant observés dans les petites terres, affectées par le manque de pluviométrie et aussi le gel.

Surveillance de la germination
Vivescia, leader de la collecte dans le Grand-Est, parle d’une année « très moyenne, sans record », marquée néanmoins par « de gros écarts types en rendements pour tous les produits, en toutes régions », selon le directeur des activités agricoles Jean-Olivier Lhuissier. La qualité du blé donne satisfaction, le taux d’humidité affichant 12,3 %, le PS 77 kg/hl et le taux de protéines bien au-delà de 12 %. Axéréal, qui s’étend de la Beauce à la Touraine et au Nivernais, note des rendements dans la moyenne sur cinq ans qui, par exploitation, vont de 65 à 80 q/ha. « Les taux de protéines sont bons (souvent entre 11 et 12 ), les PS parfois justes mais le 76 kg/hl est assuré sur la ferme Axéréal, d’après une note de synthèse. Malgré quelques alertes mineures sur le Hagberg, il n’y a pas de problème qualité sur ce point ». Plus à l’ouest, un plan de surveillance  du temps de chute de Hagberg est en place chez Terrena, indique Stéphan Beau, le directeur métiers du grain. L’eau tombée après le 11 juillet entraîne un risque de germination  très localement, surtout dans les Charentes, peut-être en zones limitrophes, selon lui.

L’orge d’hiver plus décevante
En orge d’hiver, les rendements sont jugés « plutôt médiocres » chez Soufflet, dont la zone d’activité forme un large croissant de Rouen à Metz. La moyenne tourne autour de 65 q/ha. Mais une forte hétérogénéité domine. « 20 % de la collecte dépassent 12,5  de protéines, et encore 20 % se situent de 11,5 à 12,5 % », énumère François Berson. Des taux élevés synonymes de déclassement en qualité fourragère. La coopérative SeineYonne tire un bilan « très décevant » vu les rendements « pas meilleurs que l’an dernier », entre 60 et 65 q/ha (-10 à -15 % par rapport à la moyenne), selon Matthieu Berlin, le responsable céréales. Si des lots vont au-delà de 11,5 % de protéines, seuls quelques pour cent de la collecte n’iront pas en brasserie, d’après lui. Les PS sont bons. Idem pour les calibrages, qui donnent une estimation du rendement en brasserie. Axéréal note que « suite aux conditions climatiques de juin en particulier, les rendements sont globalement décevants en orge d’hiver (entre 60 et 80 q/ha mais plus proches de 60). Les calibrages des orges d’hiver brassicoles sont bons (souvent entre 85 et 90 %). Il n’y a pas de sujet sur les protéines ». Chez Vivescia, les rendements sont plus proches de la normale, avec 70 à 72 q/ha en moyenne, mais vont du simple au double. La sécheresse a joué, le gel fin avril également, avec comme résultat une fécondation limitée, analyse Jean-Olivier Lhuissier. En Normandie, Cap Seine voit des rendements « dans la normale, pas si hétérogènes » en partant de 70 q/ha et jusqu’à 90 q/ha. Le taux de protéines semble un peu élevé, à 11,2  de moyenne, le calibrage très bon entre 88 et 90 %, le PS également,à
67 kg/hl. L’orge de printemps a parfois souffert Côté orge de printemps, Soufflet table sur des rendements plutôt bons, de 75 à 80 q/ ha en moyenne. Reste une inquiétude pour les semis tardifs, davantage sensibles à la canicule. Le taux de protéines ressort à environ 11 %. Des pointes de rendement sont enregistrées chez SeineYonne, à
80 q/ha, quasiment du jamais vu selon Matthieu Berlin. La moyenne tourne à 55 q/ha (45 à 50 q/ha habituellement). Elle est tirée par l’orge de printemps semée en février, dont l’implantation a été bonne.
À l’inverse, Vivescia constate des rendements assez décevants dans bien des cas, la moyenne étant de 67 à 68 q/ha. « La sécheresse au printemps n’a pas favorisé l’implantation», explique Jean-Olivier Lhuissier. Et la canicule en fin de saison a laissé des traces. La qualité est en revanche correcte malgré de gros écarts en taux de protéines.

La qualité du blé dur altérée par la météo
Concernant le blé dur, « une qualité assez exceptionnelle se profilait en début de récolte », souligne Jean-Michel Delavergne, responsable des flux de céréales chez Ocealia. « Elle est finalement plutôt altérée : l’indice de Hagberg peut tomber très bas. » La coopérative était encore le 25 juillet en train de mesurer l’ampleur du pro-blème. D’autres critères de qualité apparaissent très bons : 15 à 15,5  de protéines, peu de mitadin. Quant au PS, il chute de 81 kg/hl avant l’épisode de pluie à 78 et même 60 kg/hl après. Ces problèmes qualitatifs restent « localisés dans les parcelles à maturité », signale-t-il, pointant la Charente-Maritime en particulier. Côté rendement, la moyenne tourne aux environs de 55 q/ha. Arterris, qui rayonne sur tout l’arc méditerranéen, affiche 43-45 q/ha. Les 40 % de collecte avant la pluie montraient des taux de protéines et PS historiques, selon le responsable commercialisation et collecte Nicolas Prévost, à respectivement 14-14,5  et 82-83 kg/hl. Pour la suite, c’est 3 à 4 kg/hl de PS en moins et un taux de mitadinage qui atteint des valeurs élevées, passant de 10 % à 30, voire 55 %. Aucune germination n’est relevée. « On reste avec une marchandise dans les normes commerciales», insiste Nicolas Prévost.

La bonne surprise du colza
L’année 2017 réserve aussi de bonnes surprises. C’est le cas du colza dans beaucoup de régions. Chez Soufflet, les rendements se situent à 35 q/ha en moyenne. Ils grimpent à plus de 50 q/ha en Seine-et-Marne et dans les régions Ouest. Léger bémol, « le taux d’huile ressort un peu faible, voisin de 44/44,5 % », signale François Berson. Vivescia trouve aussi que « le colza s’en sort assez bien», à 37/38 q/ha.
Explication: « la floraison a été plus longue, d’environ une dizaine de jours ». Unéal, qui affiche 45/48 q/ha de moyenne, signale des performances exceptionnelles sur des parcelles à 60 q/ha.


Export : un retour en force du blé français
Très discret sur la scène internationale en 2016-2017, le blé français semble promis à un come-back. Les volumes se rétablissent et la qualité paraît en mesure de satisfaire nos clients traditionnels. « L’an dernier, on n’a pas pu servir l’Algérie ni le Maroc, rappelle Philippe Vincent (Agrial). Cette année, nos blés vont pouvoir y aller », se réjouit-il, forts d’un taux de protéines de 12,2 % en moyenne dans la coop.

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