L'Agriculteur Normand 18 octobre 2016 à 08h00 | Par Sandrine Bossière

Monseigneur Le Boulc’h : "on ne peut accueillir des gens d’ailleurs sans prendre soin des gens d’ici"

Monseigneur Le Boulc’h, évêque du diocèse de Coutances depuis trois ans, a été présent sur les différents rendez-vous agricoles de la Manche. Ce petit-fils d’agriculteur, et fils d’épicier, livre sa vision et surtout un message d’espoir.

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Vous avez été présent aux rendez-vous agricoles du département. Quel est le message que vous souhaitez adresser aux agriculteurs ?
C’était des moments très riches. L’église a un message d’espérance à porter tout en étant lucide et à l’écoute. Il s’agit d’être dans la réalité. Il y a toujours eu une proximité particulière entre l’Eglise et le monde agricole. Ces dernières années, on a peut-être perdu le contact mais aujourd’hui c’est très important de retrouver ce lien.
L’agriculture dans la Manche, ce n’est pas rien. C’est beaucoup de familles, de personnes.
Et l’Eglise sert les hommes de son territoire. Je ne suis pas un technicien agricole, je ne suis pas un politique. Il faut trouver la juste contribution. Et c’est ce qui s’est déroulé lors du Festival de la terre et de la ruralité à Saint-Maur-des-Bois organisé par les Jeunes agriculteurs de la Manche, avec Philippe Bas, président du Conseil départemental de la Manche, Pascal Férey, Antoine Maquerel et la coopérative d’Isigny. Au départ, je me sentais un peu décalé parce que je ne suis pas expert du monde agricole. Mais les JA voulaient que j’y participe pour apporter une autre contribution. On a à la fois un peu de distance et une proximité avec la population, et surtout une bienveillance. On n’est pas là pour juger. Aujourd’hui il y a une nécessité de s’ouvrir aux consommateurs, à la population. Ils ont besoin de ce soutien et l’Eglise est là.

De cette table ronde, qu’en ressortez-vous ?
J’ai été très heureux d’y participer, de l’engagement des uns et des autres. J’y ai trouvé une parole libre. Je ne m’attendais pas à autant de liberté dans les propos. On n’était pas dans la langue de bois. Il y avait une parole engagée sur des choix de société parce que l’agriculture traduit un choix de société. Il y avait une certaine consonance où on essaie de remettre l’homme au cœur du système. C’est un combat exigent parce que nous sommes dans une période extrêmement difficile et qui fait souffrir beaucoup notamment les plus fragiles. Et nous sommes dans une période passionnante parce qu’il y a des remises en question. Il faut reposer nos activités sur l’essentiel. Il y a un besoin de sagesse aujourd’hui que je perçois. Et si j’interviens, c’est à ce titre là. La sagesse, je la puise dans l’Evangile. C’est ma référence. Et je pense que la sagesse à quelque chose à dire aux hommes de notre temps. L’homélie que j’ai prononcée n’est pas politique, c’est une parole de sagesse spirituelle qui fait du bien aux personnes rencontrées. J’ai la conviction que la sagesse qu’incarne le christianisme est une sagesse qu’on cherche nous-mêmes, elle est attendue. C’est une parole qui ne donne pas de solutions mais des balises pour bien poser les choses et bien cheminer. Par exemple, la nécessité de se parler. L’Eglise a la capacité à se faire rencontrer des gens très différents. Elle a encore une certaine autorité morale.

L’échange reste selon vous la solution ?
C’est une des clés. Il y a nécessité à s’accorder avec les différents acteurs. On est plus fort en s’accordant à condition que les uns et les autres prennent en compte l’humain. Ce n’est pas simple et parfois conflictuel. Il y a aussi parfois des intérêts particuliers qui l’emportent sur le bien commun. Or, on a tous à gagner. Il y a des progrès. La crise est éprouvante mais elle oblige à reconsidérer les choses ensemble, et si possible à donner un sens plus profond. Mais imaginons que les cours remontent, ce que tout le monde espère. Ma crainte serait de retomber dans nos travers et qu’on n’ait pas tiré toutes les conclusions. C’est ce qui s’est passé avec la crise financière. Pour autant, je pense qu’on est dans des phases de rapprochement.

Cette année, une des nouveautés à la foire de Lessay a été la messe célébrée sur le ring du festival de l’élevage.
On l’avait prévu à l’abbatiale puis au stade. Et pour des questions de sécurité, nous avons intégré le périmètre de sécurité. Et on s’est retrouvé au cœur de la foire. Même si cela a étonné au début, je pense que c’était un très bon signe. J’ai vu des éleveurs très heureux, je les ai rencontrés. Ils étaient honorés qu’une messe soit célébrée au milieu de ce ring, et qu’on puisse porter dans la prière à ceux qui ont des difficultés. C’est une forme d’encouragement, une bouffée d’air frais, de joie, d’espérance. C’était émouvant, et touchant. Et je suis allé auprès des éleveurs, voir les championnes, jusqu’à remettre des prix. Je n’avais jamais fait ça de ma vie ! C’était l’expression de la fierté de l’agriculteur dans son métier, dans ce qu’il peut produire. Si le consommateur normand avait autant de fierté à utiliser les produits qu’il a à portée de main que le producteur a à les produire, il y aurait déjà des choses qui changeraient. Les consommateurs n’ont pas conscience de la richesse des produits qu’ils ont à leur portée.

Depuis votre arrivée, vous avez multiplié les échanges avec le monde agricole jusqu’à leur dédier une messe en janvier prochain.
C’est vrai. Depuis que je suis arrivé, les JA m’ont contacté pour leur Festival. Mais comme je venais d’arriver en 2013, je ne pouvais pas m’y rendre, étant en stage à Rome. J’ai visité une exploitation et très rapidement j’ai pris note du festival à Saint-Marcouf l’année dernière où j’ai prononcé une homélie tournée vers l’espérance. En février dernier, je me suis déplacé au Salon de l’agriculture à Paris. J’ai écrit plusieurs documents, notamment un texte sur « Les gens de la terre et les gens sans terre » défendant l’idée qu’on ne peut accueillir des gens d’ailleurs sans prendre soin des gens d’ici. J’ai envoyé un message à toutes les paroisses pour réfléchir à ce qu’on pouvait faire dans cette crise. On n’a pas le pouvoir, la technique mais il y a des choses qu’on sait faire, qui dans notre faiblesse ont peut-être encore plus d’importance. J’ai invité à l’échange et la prière. J’ai rencontré différents acteurs du monde agricole où nous avons eu des échanges importants. Actuellement, on a décidé de demander aux paroisses de proposer des visites d’exploitations pour mieux se connaître et discuter. Certaines paroisses ont débuté. Et le 22 janvier, dans toutes les paroisses, la messe sera dédiée au monde agricole. On invitera les familles à venir. Elles ont besoin de signe de fraternité et de briser le silence. 

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MARCEL (50) | 19 octobre 2016 à 18:26:52

En ce qui concerne les gens d'ici je constate que la vache est bien grasse et qu'elle fait partie des gens d'ici et que va faire le seigneur pour les gens sans terre ? Il est grand temps de remettre l'HOMME à sa vrai place et non la course au profit et au plus "gras ;non plus fort "

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