L'Agriculteur Normand 10 septembre 2019 à 15h00 | Par Estelle Désillière

« Notre devoir n’est pas de nourrir les animaux sauvages »

Quatre agriculteurs de la Trinité-des-Laitiers (61) et Cisai-Saint-Aubin (61) déplorent les dégâts causés sur leurs cultures par une surpopulation de cervidés dans leur secteur. Malgré des réunions avec les représentants de l’État et la Fédération départementale des chasseurs, aucune mesure concrète et efficace n’est prise.

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- © ED

lll Stéphane Lecaché, Jean-Yves Fritel, Stéphane Duval et Étienne Préel sont des agriculteurs en colère. Leurs parcelles subissent depuis des années des dégâts causés par les cervidés. « Les cultures sont saccagées, l’herbe ne pousse plus et les clôtures sont détruites. Cela fragilise grandement nos exploitations, déjà affaiblies par une forte sécheresse cette année », déplore Stéphane Lecaché, agriculteur et maire de La Trinité-des-Laitiers (61). Malgré les alertes auprès de la préfecture de l’Orne, de la DDT (Direction départementale des territoires), la Fédération départementale des chasseurs et l’ONF (Office national des forêts), aucune mesure concrète n’a été prise. « Ils ont organisé des battues d’effarouchement en 2017, mais ça n’a rien changé. Un cerf revient toujours là où il est né », confient les éleveurs.

Moins un problème Luc Besson
L’histoire commence en 1998, quand le célèbre réalisateur Luc Besson acquiert une propriété d’une centaine d’hectares à La Trinité-des-Laitiers. Ce dernier interdit la chasse sur son domaine, entraînant une prolifération de cervidés. Mais les éleveurs l’assurent, « ce n’est désormais plus un problème Besson, mais un problème de secteur », expliquent-ils. Les communes les plus touchées sont La Trinité-des-Laitiers, Le Sap-André, Cisai-Saint-Aubin, Orgères et Coulmer. « Il y a une concentration d’animaux (200 à 250) dans un rayon de 5 à 10 km. Ils passent toujours au même endroit et finissent par casser les clôtures qui bordent les pâtures des animaux, entraînant une divagation des bovins sur la route ou dans les champs avoisinants », interpelle Stéphane Lecaché. Pour la période 2017-2018, la Fédération des chasseurs de l’Orne a indemnisé les agriculteurs du massif de Saint-Evroult à hauteur de 115 000 euros : « pas assez pour combler l’achat du fourrage détruit par les cervidés, assurent les exploitants. Les cerfs viennent pâturer dès le printemps alors que nos animaux sont encore en stabulation. Notre devoir n’est pas de nourrir les animaux sauvages ».

Diviser le cheptel de plus de moitié
Ce que les agriculteurs veulent, c’est que la population diminue « de plus de moitié. Nous avons appris qu’il y a un manque de cervidés dans le massif d’Ecouves. Pourquoi ne pas en transférer une partie ? » Les éleveurs reprochent également la gestion des bagues. « Les bracelets de prélèvements ne sont alloués qu’aux sociétés de chasse et aux propriétaires de bois qui ont un plan de chasse. Il faut accorder plus de bagues aux chasseurs et aux riverains. Cela permettrait une diminution plus rapide. » L’an dernier, dans le département, pour 1 224 bagues attribuées pour les cervidés, seules 964 ont été prélevées. Les exploitants se sentent désarmés. « Nous ne savons plus quoi faire. L’an prochain, je vais devoir engrillager une parcelle de 9 ha pour protéger mes cultures. Cela représente 6 000 euros d’investissement, sans aide, informe Stéphane Lecaché. Si notre demande de diminution massive de ces cervidés heurte certaines personnes, ce n’est pas de gaieté de cœur, mais il en va de la survie de nos exploitations.»

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