L'Agriculteur Normand 05 décembre 2018 à 10h00 | Par S. B

« Nous sommes tout le temps au front »

Anne Jeanne, installée à Néhou (50) en polyculture élevage, poursuit son engagement pour que la défense professionnelle perdure.

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- © SB

>> Devenir agricultrice, c’était une évidence pour vous ?
A l’origine, j’ai fait des études d’histoire et géographie. Mon ambition était plutôt l’enseignement ou la gestion des territoires. Je suis devenue agricultrice par choix, pour vivre en famille et travailler avec mon mari, installé sur la ferme familiale. Ce qui nous a permis de partager avec les enfants une vie familiale riche de valeurs, traditionnelle mais aussi très moderne. 

>> A quoi ressemblait votre exploitation à votre installation et quel outil souhaiteriez-vous transmettre ?
Je me suis installée en octobre 1999 avec mon mari et ma belle-mère. A son départ en retraite, nous sommes passés sous le statut d’EARL. Et depuis, nous sommes revenus en Gaec en 2015 quand cela a été possible de le faire entre époux. Nous avons toujours été sur une exploitation de polyculture élevage. Nous l’avons optimisé pour atteindre une production laitière de 500 000 l, avec 80 vaches laitières et 140 ha. C’est un outil groupé avec 90 ha tout autour de la stabulation, sans route. C’est un bel outil avec l’eau et l’électricité dans tous les champs. C’est un gain de temps conséquent. Ce qui nous permet de nous engager, Dominique en tant que maire, et moi au sein de la FDSEA.

>> Vous êtes engagée dans ces élections professionnelles, quelles sont vos motivations ?
Que ce soit pour ces élections ou au sein de la FDSEA, mes motivations sont les mêmes. La défense de notre profession est primordiale. Le contre-pouvoir que l’on représente permet d’éviter le pire. Et ce, de manière permanente. Nous sommes au front tout le temps de manière à ce que notre profession soit prise en considération dans les décisions des législateurs.

>> A votre voisin qui n’est pas plus motivé que cela pour aller voter, que lui dites-vous ?
La présence de l’agriculture sur nos territoires n’est pas un hasard. Les équipes précédentes ont permis de dessiner le paysage agricole d’aujourd’hui. A nous de continuer dans le même sens. Il y a encore à faire. Il se modifiera encore de par les pressions que nous subissons. Il est important d’aller voter pour être tous ensemble dans la construction de notre territoire.

>> Si vous êtes élue, sur quel (s) dossier (s) souhaiteriez-vous travailler ?
Mon objectif est de me battre sur la fiscalité. Cela a toujours été mon cheval de bataille. Notre profession est soumise à moultes obligations, qui génèrent des investissements. Or, nous ne pouvons pas les répercuter sur le prix puisque nous ne le définissons même pas. Nous sommes soumis aux prix du marché et non aux prix que cela vaut. L’Etat devrait à la fois protéger et promouvoir notre profession, nourricière de sa population, de par les codes financiers qui régissent la fiscalité. Cette fiscalité bride notre compétitivité. Et au moment de la transmission, le capital est fortement amputé pour l’agriculteur qui l’a construit tout seul. Il ne faut pas que la fiscalité continue de nous étrangler.

>> Au-delà, quel doit être le rôle d’une Chambre d’agriculture ?
Il est avant tout au service des agriculteurs et de l’agriculture à la fois dans le conseil, l’apport d’éléments sur les techniques, l’innovation, l’évolution des pratiques... Elle est l’interlocuteur reconnu auprès de l’Etat. Elle est là pour nous défendre et pour construire l’agriculture de demain.

>> Quelle est la question que l’on ne vous a pas posée mais à laquelle vous auriez souhaité répondre ?
La remise en cause de nos territoires ne respecte pas forcément la diversité existante. Chaque institution ou administration se retrouve loin de ses racines rurales. En matière de pesticides, on a réduit de moitié. En matière de bien-être animal, on a fait des efforts. Mais les décisions prises ne sont pas toujours en cohérence avec les attentes des acteurs du territoire que nous sommes. Il est nécessaire de s’engager pour être présents à leurs côtés et rappeler qu’il y a des femmes et des hommes actifs dans chaque champ, au pied de chaque haie, dans chaque brique de lait ou kilo de carottes.

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