L'Agriculteur Normand 04 octobre 2012 à 11h05 | Par T.Guillemot

Orne - Olivier Borel (président de la FDSEA) : “fier du boulot qui a été fait”

Rentrée syndicale chargée pour Olivier Borel . Dossiers chauds avec l’envolée du prix des intrants, le décrochage sur le prix du lait de SODIAAL, le devenir des producteurs ornais de volailles Doux, réglementations environnementales… Des dossiers plus tièdes aussi comme la préparation des élections Chambre d’Agriculture. Entretien sans tabou ni langue de bois dans lequel il évoque aussi son devenir de président de la FDSEA.

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Moisson 2012. Une année normale en terme de rendement avec un aspect prix qui est trompeur. Beaucoup de volumes étaient engagés avant la moisson donc l'envolée du prix des céréales n'est pas le fait des agriculteurs. Parallèlement, soulignons que cette hausse provoque la flambée du prix des intrants. Ce qui va impacter le secteur des productions animales. Du côté des aliments azotés, les répercussions ont été immédiates. De plus, quand on voit les perspectives en soja, on fait la chasse aux coûts supplémentaires. Certains misent sur les cultures dérobées. Autre enseignement, c'est que les fabricants d'aliments ne se sont pas couverts quand le blé était à 160/170 e. C'est une carence qu'on découvre. Ces phénomènes conjugués vont plomber le revenu des agriculteurs, toutes productions animales confondues.
Accord du 3 mai. C'est un bon accord mis en place par la FNSEA et les structures agricoles mais difficile à mettre en œuvre. “Oui”, la hausse des coûts de production doit se traduire dans les rayons de la distribution mais je ne suis pas naïf. Quand la grande distribution décide de bloquer le prix de l'essence, c'est de la com, un coup de pub. Un : même à prix coûtant, elle marge. Deux : elle en fait un produit d'appel pour attirer la ménagère dans les linéaires. Ainsi, si elle rogne sa marge à la pompe, elle se refera la cerise sur les produits alimentaires. Je n'ai aucune raison de lui faire confiance.

Baguette de pain. Elle n'a pas encore changé de prix chez ma boulangère mais je trouve qu'il est dejà à un niveau élevé. Pourquoi ? Parce que quand le prix du blé était au plus bas, le prix de la baguette n'a pas baissé. A moyen terme, le prix du pain va grimper alors que le blé représente moins de 5 % du prix de revient. Les hausses sont toujours répercutées, jamais les baisses. Tout un symbole qui jette l'opprobre sur les producteurs.

Solidarité céréaliers/éleveurs. Le syndicalisme a un rôle majeur à jouer à ce niveau et je me réjouis du fonds de 110 Me débloqué par ORAMA en faveur des productions animales. Nous avons besoin de l'Etat aussi. Je regrette que les aides PAC qui favorisaient la régulation, le stockage (…), aient été abandonnées. Aujourd'hui, il faut aborder les bonnes questions pour trouver des solutions face à ce monde spéculatif. Il n'est pas facile d'inventer un outil qui lisse les écarts d'aujourd'hui et qui lissera encore les écarts de demain. Forcément, ce ne seront pas les mêmes. Pas facile d'inventer un outil durable. C'est pour cela que je n'accepte pas les critiques émises à l'encontre de Xavier Beulin et SOFIPROTEOL. Il a apporté des solutions non alimentaires à un moment de surplus. N'oublions pas enfin que le prix des céréales ne surfera pas continuellement sur le haut de la vague. On connaîtra à nouveau des cours à 150 voire 100 e.
Elevage ornais. Si on reste à ces niveaux de prix, on ne va même pas se poser la question de savoir si on va labourer ou pas. On va y aller, c'est humain. Les conséquences seront importantes notamment au niveau de l'installation. Avec l'augmentation de la puissance du matériel, avec les solutions apportées par les CUMA et les ETA, piloter 200 ha de cultures seul devient possible même si c'est un peu moins vrai dans le Bocage que dans la Plaine .

Doux. Sur l'Orne, seuls quelques agriculteurs sont concernés et notre priorité est de trouver des solutions pour les rassurer. Au-delà, il faut apporter une réponse qui ratisse large pour les producteurs en gardant une pensée pour l'emploi. La reprise globale me semblait être la meilleure piste mais elle a été retoquée. A ce titre, l'offre SOFIPROTEOL illustre bien l'interconnexion entre le secteur animal et le secteur végétal. J'apporterai enfin deux autres commentaires. Un : nous avons encore besoin des marchés export. Deux : le gouvernement qui a tapé sur les banques en début de mandature a confié les clés d'une partie de la maison Doux à l'une d'elle : la Barclays. Etonnant !

Gouvernement. Les vacances sont finies. C'est la rentrée pour tout le monde. J'ai pour l'instant constaté beaucoup d'écoute, voire même de l’empathie pour le monde agricole. C'est bien mais ça ne nourrit pas son homme. On attend des décisions et il est grand temps d'entrer dans le dur en abordant  la future PAC. Le changement, c'est quand ?

Visite ministérielle. Un ministre de la République a le droit d'aller où il veut et quand il veut. Mais sur la forme, celle de Stéphane Le Foll dans l'Orne m'a profondément choqué. Elle a été irrespectueuse des instances syndicales, quelles que soient leur couleur. Quel rôle veut-on faire jouer aux corps intermédiaires ? Quand un ministre se déplace sur le terrain, il doit consulter ceux qui, au quotidien, se battent avec leurs convictions propres dans l'intérêt de tous. Encore une fois, ce n'est pas une question de chapelle.
Sur le fond, j'ai également été choqué par le choix de l'exploitation. 700 000 litres de lait alors que la moyenne départementale par point de collecte est de 350 000 l. Faut-il y voir un signe politique ? Si c'est ce type d'agriculture qu'on veut pour demain, qu'on nous le dise clairement. Ça signifie qu'il y a encore un producteur de lait sur deux en trop dans l'Orne !

Elections professionnelles. C'est un enjeu important pour moi en tant que président de la FDSEA.
De ce scrutin dépend la représentativité syndicale à tous les échelons : départemental, régional, national.
Nous avons, avec JA, un bilan à défendre. J'estime, qu'en partenariat avec les collectivités territoriales comme le Conseil général, nous avons fait du bon boulot. Sur l'installation, la redistribution des droits à produire, la gestion des accidents climatiques, la mise ne place du plan avicole...
Demain, de nouveaux défis seront à relever. L'exploitation familiale n'est peut-être plus la seule référence. Des opportunités comme le projet lait d'Agrial ou la replantation de vergers pommes à cidre vont se présenter.
Il faut également faire face à l’empilement des réglementations environnementales qui sont de plus en plus contraignantes. Nous avons donc, au niveau de la FDSEA, entamé la réflexion pour ébaucher une trame. Parallèlement, Jeunes Agriculteurs réalise le même exercice.
Dans un second temps et dès cet automne, nous allons rencontrer les agriculteurs canton par canton pour leur présenter notre projet et recueillir leurs remarques .
Cela nous permettra d'affiner notre projet et de répondre au mieux aux attentes du terrain.
Une fois notre feuille de route amendée et corrigée, nous retournerons la présenter aux agriculteurs lors de la campagne officielle.
Quant à notre liste, il n'y a pas l'ombre d'un doute. Jean-Louis Belloche a tout notre soutien. Il sera tête de liste. Pour le reste, il faudra conjuguer parité, régions naturelles, productions, générations...
Quant à ma personne, je figurerai sur la liste mais pas forcément en position éligible. Pour être complet sur ce chapitre, je considère qu'on a toujours travaillé de façon honnête et transparente dans des conditions difficiles. Nous n'avons jamais été des girouettes.
Au risque de me répéter et même s'il faut rester modeste, là encore je suis fier du boulot qui a été fait. Mais bien sûr, ça reste une élection avec sa part d'incertitude. On ne connaît pas encore la configuration de ce scrutin mais s'il y avait une union entre la Confédération paysanne et la Coordination rurale, ce serait le mariage de l'eau et du feu.
Une alliance contre nature avec pour seule ambition celle d'abattre la FDSEA et JA. On serait loin d'un projet d'avenir pour la Ferme Orne.

SODIAAL. Je n'ai pas encore eu le temps de rencontrer leurs responsables mais ça va arriver très vite car on ne peut pas laisser faire. Ce décrochage de 5 e est inadmissible. Si un groupe comme SODIAAL capote sur le prix interprofessionnel, on peut s'inquiéter pour toute la filière. Le SPACE sera peut-être l'occasion de remettre les pendules à l'heure.

Projet d'enfouissement GDE. J'ai du mal à comprendre que l'opposition s'affirme alors que les pelleteuses sont là. Je n'ai pas de compétences particulières sur le dossier. Ce que je sais, c'est qu'il a franchi avec succès toutes les étapes obligatoires. Ce projet a été validé par l'Etat et les collectivités territoriales. Des enquêtes préalables ont été menées et la FDSEA a fait son job. Sur le plan agricole, à l'époque, nous n'avions pas enregistré d'oppositions particulières. De même à la Chambre d'Agriculture où le monde du cheval est représenté. C'est pourquoi je ne me positionne pas contre aujourd'hui. Dans le cas contraire, la FDSEA ne serait plus crédible vis-à-vis de l'administration. Ce serait aussi donner du crédit aux associations diverses, variées et éphémères qui fleurissent et s'opposent systématiquement à tout projet de porcherie, et demain de stabulation, alors que le permis de construire a été validé.
En conclusion, je n'ai pas à juger si les opposants ont tort ou raison. Tout combat est d'ailleurs respectable. Mais je ne suis pas persuadé, qu'en terme de publicité pour l'Orne et Nonant-le-Pin, tout ce tapage médiatique soit bénéfique. Peut-être se tire-t-on une balle dans le pied ?
Au-delà de cette divergence, j'appelle le monde du cheval à travailler avec nous. Nous avons du grain à moudre sur la fiscalité agricole, l'acte vétérinaire...

Présidence de la FDSEA. Je quitterai mes fonctions de président de la FDSEA après les élections Chambre. Il n'est pas bon, pour toute structure, qu'un président siège trop longtemps. A nouvelles personnes, nouvelles idées mais ça se prépare aussi tout en respectant le fait démocratique.

Agriculture durable. OK à condition qu'elle se traduise en euros sonnants et trébuchants. La durabilité pour la durabilité ne m'intéresse pas.
On ne peut par exemple qu'être pour les circuits courts mais à condition que le marché existe. Une production agricole qui n'a pas de marché est une production morte. Par ailleurs, les circuits longs existeront toujours et représenterons toujours l'essentiel des volumes. Je ne crois pas à la décroissance.
C'est un message que je lance aux collectivités territoriales. Elles mènent la politique agricole qu'elles désirent en toute légitimité et j'ai conscience de leurs contraintes budgétaires.
Mais j'espère les convaincre que quand elles investissent 1 e dans l'agriculture conventionnelle, elles récupèrent 1,20 e. Une agriculture qui respecte aussi l'environnement et se soucie du bien-être animal.

Stade Malherbe de Caen. C'est une belle vitrine médiatique et la Basse-Normandie a besoin d'un club en ligue 1 pour jouer ce rôle de locomotive. Quand je vois 20 000 spectateurs qui se lèvent en scandant “qui ne saute pas n'est pas caennais”, ça me fait quelque chose. On est fier d'être Normand. Enfin, ça nous sort de nos problèmes quotidiens, ça permet de respirer. Alors j'espère que le SMC remontera en cette fin de saison mais je n'ai pas encore eu l'occasion de les voir à l'œuvre cette année.

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