L'Agriculteur Normand 17 octobre 2014 à 08h00 | Par Audrey Le Goff Chambres d’agriculture de Normandie

Parler de son métier

Chaque agriculteur est amené à parler de son métier, que ce soit pour l’expliquer ou le défendre. Comment exposer simplement les choses ? Comment aborder les sujets sensibles ? Voici quelques conseils, tant sur le fond que sur la forme, pour mieux répondre aux interrogations et valoriser votre travail.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Pour être sûr que les messages soient compris, il est indispensable d’adapter votre discours à l’interlocuteur.
Pour être sûr que les messages soient compris, il est indispensable d’adapter votre discours à l’interlocuteur. - © CA 76

Un repas entre amis, une réunion communale, une visite d’école ou encore un voisin qui vous interpelle… Nombreuses sont les opportunités de parler de votre métier. Vous avez pu constater, à cette occasion, que les non-agriculteurs ont souvent une image de l’agriculture peu conforme à la réalité. De la ferme idéalisée de leur enfance à la campagne vierge et naturelle, en passant par l’agriculture intensive et polluante : les clichés et les préjugés sont nombreux !Ce manque de connaissance et d’échange est régulièrement à l’origine d’incompréhensions, voire de situations conflictuelles. Quel agriculteur n’a pas été confronté à des problèmes de voisinage liés au bruit ou aux odeurs ? Pourtant, il est vérifié que l’on accepte mieux ce que l’on comprend : d’où la nécessité de communiquer et d’engager le dialogue ! Parce que mieux se connaître est souvent synonyme de mieux vivre ensemble.Si au premier abord, parler de son métier peut vous sembler simple, en réalité, ce n’est pas toujours chose aisée. Voici quelques conseils pour aborder sereinement de riches conversations.

- © CA 76

5 astuces pour communiquer sur son métierEtre positif

C’est le meilleur moyen de mettre en place un dialogue agréable. Ne soyez pas sur la défensive. Quel que soit le sujet abordé : environnement, temps de travail, conditions d’embauche des salariés… Il vaut mieux expliquer les choses calmement et de manière positive.

Parler de vous

N’essayez pas de globaliser les choses ; le meilleur moyen d’intéresser les gens est de prendre des exemples qui vous concernent directement : le nombre de vaches sur l’exploitation, les différentes cultures, les périodes de travail dans les champs…

Etre à l’écoute

Le grand public n’a pas toujours l’occasion de rencontrer des agriculteurs. En essayant de comprendre l’idée qu’ils se font de votre métier, vous pourrez leur donner des explications plus pertinentes. Aussi, n’hésitez pas à poser des questions ! Cela permettra d’engager une conversation probablement beaucoup plus riche qu’une présentation solennelle.

Se faire comprendre

Pour être sûr que les messages soient compris, il est indispensable d’adapter votre discours à l’interlocuteur. Quel que soit l’âge du public, mieux vaut éviter le jargonnage et les explications techniques : en un mot, vulgarisez au maximum. Pour rendre les choses plus concrètes, pensez à faire le parallèle avec des choses du quotidien : l’engrais de la plante verte par exemple !

Ne pas éviter les sujets sensibles

Certains sujets peuvent vous sembler délicats, en particulier sur les thématiques environ-nementales (voir paragraphe “Parler d’environnement”) ou sur les aides percues. Ne cherchez pas à les éviter ou à minimiser les choses. En expliquant simplement la réalité de votre travail et le pourquoi des choses, vous verrez que le grand public comprend facilement les enjeux.

Passer des messages forts

Les échanges avec les élus ou le grand public sont des moments privilégiés pour passer quelques messages forts sur l’agriculture et son rôle.

Je produis pour vous

Vous pouvez commencer par rappeler que la campagne est un lieu de travail et de production. Beaucoup de gens ont tendance à oublier que le métier de base de l’agriculteur est de nourrir les hommes. Cette notion de production peut sembler abstraite à vos interlocuteurs ; dans ce cas, quelques chiffres-clés valent mieux qu’un long discours : avec le blé récolté en une année en Seine-Maritime, on pourrait fabriquer l’équivalent de 2,1 milliards de baguettes de pain. Les 102 000 vaches laitières du département fournissent 620 millions de litres de lait par an, soit la consommation moyenne en produits laitiers des seino-marins. Pour personnaliser encore plus votre discours, adaptez ces chiffres à l’échelle de votre exploitation (tableau 1) !

Parler d’environnement

Les agriculteurs sont souvent montrés du doigt lorsqu’on parle d’environnement. Pour lever un certain nombre de doutes ou de préjugés, cela vaut la peine d’aborder ce sujet. La première chose à rappeler est le rôle fondamental de l’agriculture dans l’entretien du paysage. Ensuite, n’hésitez pas à préciser que les pratiques de protection et de fertilisation des cultures sont encadrées par la réglementation (Directive Nitrates, homologation des produits...) et contrôlées (cahier d’épandage, registre phyto, contrôle du pulvé). Vous pouvez également expliquer que les traitements ne sont pas systématiques : l’agriculteur décide en fonction des cultures, des mauvaises herbes, des maladies ou des nuisibles. Précisez que les quantités utilisées sont faibles et utilisez un exemple bien parlant pour illustrer vos propos : pour désherber 1 ha de blé, l’agriculteur utilise 2 litres de produit, soit l’équivalent d’une goutte par m².

La gestion du foncier

Chaque année, l’agriculture de Seine-Maritime perd environ 1 200 ha au profit notamment de l’urbanisation. Or, la terre est le premier outil de travail de l’agriculteur. Il est important de citer ces chiffres, en particulier aux élus des collectivités. Les décisions prises par ces derniers, notamment lors de l’élaboration ou de la révision des documents d’urbanisme, ont en effet un impact direct sur la consommation de foncier. Une prise de conscience de leur part est nécessaire sur le fait que le grignotage et le mitage des terres agricoles sont à l’origine de diverses contraintes au quotidien pour l’activité agricole (épandage, traversée de routes, problèmes de voisinage…).

- © CA 76

La Chambre d’agriculture de la Seine-Maritime agit

Des temps fort pour favoriser les échanges

Plusieurs temps forts sont organisés chaque année par la Chambre d’agriculture de la Seine-Maritime, en lien avec des structures locales, afin de favoriser les échanges entre les agriculteurs et le grand public. Randofermes, Patat’en fête, portes ouvertes Bienvenue à la Ferme, salons ou manifestations : autant d’occasions de valoriser le métier d’agriculteur au travers de témoignages et de découvertes d’exploitations. Les retours de la part du grand public sont en général très positifs, avec des moments conviviaux favorables à l’échange et au partage.

Sensibilisation des élus locaux

En complément, la Chambre d’agriculture de la Seine-Maritime propose un certain nombre d’outils de communication sur l’agriculture. La lettre “Vivre ensemble” est adressée plusieurs fois par an à tous les élus du département afin de les interpeller sur des sujets sensibles. Ont déjà été abordés la gestion économe du foncier, les circuits courts, les compensations environnementales, les relations avec les non-agriculteurs ou encore le poids économique de l’agriculture.

Des outils pour valoriser les agriculteurs

Vous pouvez également mettre en avant votre activité auprès de vos voisins en distribuant le Petit Guide de bon voisinage (encadré ci-dessous). Les occasions de mettre en avant votre métier ne manquent pas !

Pour favoriser le dialogue et mieux vivre ensemble : le Petit guide de bon voisinage

Si la campagne est un lieu de vie agréable, c’est aussi un lieu de travail pour les agriculteurs. Cependant, la cohabitation entre habitants et agriculteurs n’est pas toujours évidente, avec parfois des situations de conflits ou de tensions.Devant ce constat et sur une initiative d’un groupe d’agriculteurs, la Chambre d’agriculture de la Seine-Maritime a réalisé un “Petit Guide de Bon Voisinage”. Simple, illustré et attractif, il est téléchargeable (lien) ou disponible sur simple demande auprès de la Chambre d’agriculture.Ce document est non seulement un outil de dialogue pour favoriser les échanges entre agriculteurs et habitants, mais aussi un outil pédagogique pour faire découvrir l’agriculture.Dans sa partie centrale, il est composé d’un dessin illustrant les activités agricoles tout au long de l’année avec les efforts que peuvent faire les agriculteurs pour limiter les nuisances. En complément, un volet présente les principales productions du département avec des exemples de valorisation.Au verso, un dessin explique les précautions que peuvent prendre les habitants pour éviter de gêner les agriculteurs dans leur travail.Le “Petit Guide de Bon Voisinage” peut être utilisé par les élus lors de l’accueil de nouveaux arrivants. Il a également vocation à être distribué par les agriculteurs lors de rencontres avec leurs voisins ou les habitants de leur village.N’hésitez pas à profiter de toute occasion pour le faire connaître !En savoir + : Audrey Le Goff - 02 35 59 44 84. audrey.legoff@seine-maritime.chambagri.fr

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. l'Agriculteur Normand se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui