L'Agriculteur Normand 14 mars 2013 à 16h00 | Par A.Dufumier

Parole d'installé - Se diversifier en conservant la cohérence d'ensemble

A 29 ans, Marc Avenel est installé avec son père depuis 2005, sur la ferme laitière et pédagogique de Sainte-Yvière. Après avoir mené le chantier de la conversion en Bio, il étudie un projet de maraîchage et de méthanisation par voie sèche.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

La diversification, Marc Avenel a baigné dedans depuis qu'il est tout petit. Installé depuis 2005 il explique en vidéo comment fonctionne la ferme pédagogique, la plus importante du département. © AD



“C’était soit devenir agriculteur, soit guide de haute montagne”. Dans tous les cas, travailler au grand air, en contact direct avec la nature. A l’extrême des montagnes, Marc Avenel a finalement préféré la tempérance du climat ornais et la docilité des vaches de race normande. En 2005, il s’installe agriculteur, à Montmerrei, en s’associant avec son père, sur la ferme familiale de Sainte Yvière, une exploitation de vache laitière, couplée à une activité de ferme pédagogique.Un Bac agricole, une première année de BTS en production animale, puis un BTS ACSEréalisé au lycée agricole de Sées, lui ont permis de s’installer en décembre 2005 avec un bon niveau de formation. “La gestion est une dimension primordiale, dans la conduite d’une exploitation”, glisse Marc Avenel. A 29 ans, le jeune agriculteur continue d’ailleurs de se former notamment via le groupement des agriculteurs Bio (GAB) et le groupe lait de la Chambre d’Agriculture. “Avec une quinzaine d’éleveurs Bio de l’Orne, nous allons être suivi pendant un an, sur nos performances technico-économiques.L’idée est de créer des données de référence dans le département, pour permettre aux autres, et à nous-même, de dégager des pistes d’amélioration”.


Deuxième génération
Marc fait déjà partie de la deuxième génération à connaître l’activité de diversification sur la ferme. Le grand chantier de la mise en place de la ferme pédagogique, c’est son père, Patrick, qui l’a mené, en 1992, bien avant que Marc ne s’installe. Sur fond de réforme de la PAC, PatrickAvenel avait bien compris qu’il fallait donner une nouvelle orientation à la ferme laitière, dont les terres avaient un potentiel agronomique limité. Il a fait de Sainte -Yvière, la plus importante ferme pédagogique de l’Orne.“Je baigne dedans depuis que je suis tout petit, observe Marc Avenel. Aujourd’hui, m’occuper des enfants autour de la ferme pédagogique me semble tout aussi naturel, que de m’occuper de l’activité d’élevage.Je ne me pose pas la question, je sais que les deux aspects continueront de faire partie de mon métier”.Le gîte accueille 1500 enfants par an, pour des séjours qui durent généralement cinq jours, que ce soit en classe verte (dans le cadre scolaire), ou en colonie de vacances. Soins aux animaux, traite des vaches, fabrication du pain, récupération de la crème, barattage du beurre ... les enfants suivent le cheminement des matières premières, aux différentes étapes de transformation. Un équipage de 25 poneys Shetland les mène également à la découverte de la forêt d’Ecouves, pour des randonnées équestres.“Malgré la crise, l’activité d’accueil continue de fonctionner de mieux en mieux chaque année, souligne le jeune éleveur. Le poids économique de la ferme pédagogique est à peu près équivalent à celui de la ferme laitière.Les deux entreprises ont des comptabilités bien séparées, mais malgré tout, cela reste plus sécurisant d’avoir des revenus diversifiés.Je pense que grâce aux gîtes, l’atelier laitier a mieux encaissé la sécheresse de 2011, en pleine période de conversion à l’agriculture biologique”.Sous l’impulsion de Marc, la ferme a en effet été convertie à l’agriculture biologique à partir du premier février 2010.“Je n’étais pas à l’aise avec les produits phytosanitaires, et mon père aussi avait l’envie d’essayer autre chose.Dès mon installation, en 2005, nous avons commencé à faire évoluer le système de production, afin de préparer le changement qui allait intervenir. Allaitement des veaux, séchage du foin en grange, ... la conversion à l’agriculture Bio a fait l’objet d’une réflexion globale sur toute l’exploitation. C’est en février 2012, que le premier camion de notre groupement de producteurs, Biolait, est passé collecter notre production, à la ferme de Sainte Yvière”.


9 personnes travaillent sur 115 ha
Ferme pédagogique et production laitière, le système est bien ficelé.La cohérence du projet défendu par Marc et Patrick Avenel a d’ailleurs été récompensée, par le prix de la dynamique agricole de l’Orne en 2012.La banque populaire de l’Ouest, qui organise le concours, a apprécié “l’engagement qui leur a permis d’allier respect de l’environnement et rentabilité, tout en transmettant leur savoir aux nouvelles générations”.Mais Marc veut aller encore plus loin, et renforcer encore les liens entre les deux activités de la ferme.Se pose notamment la question des repas servis aux enfants. Le producteur souhaite qu’ils soient assurés avec un maximum de produits Bio et locaux. Il réfléchit à installer un jeune maraîcher sur une parcelle de la ferme, pour assurer la production de légumes.“A Sainte-Yvière, sur 115 ha, nous sommes déjà 9 personnes à y travailler, pour 7,5 équivalent temps-plein.Mais si on peut encore embaucher du monde, on n’hésitera pas”, assure Marc.

Un équipage de 25 poneys Shetland emmène les enfants à la découverte de la forêt d’Ecouves.
Un équipage de 25 poneys Shetland emmène les enfants à la découverte de la forêt d’Ecouves. - © AD


Devenir producteur d’énergie
Après le passage à l’agriculture Bio, Marc s’attaque désormais à la question de l’indépendance énergétique de la ferme. En 2012, le toit de la nouvelle grange de séchage, est recouvert de 600 m2 de panneaux photovoltaïques, “made in France, insiste le jeune agriculteur. Nous réfléchissons également à la création d’un méthaniseur par voie sèche.Je voudrais un système simple qui nécessite le moins de manutention possible.Avec un système de remorque, on peut imaginer que le fumier, ne soit repris qu’une seule fois pour le remplissage. Une fois pleines, les remorques seraient directement vidées dans le méthaniseur. Un système simple, qui pourrait ainsi recueillir l’adhésion d’autres éleveurs alentours, qui pourraient venir apporter leurs fumiers. Mon frère est céréalier Bio à Montmerrei.Je fais déjà avec lui des échanges de paille contre fumier. Nul doute qu’il serait intéressé par le digestat issu de la méthanisation, débarrassé de pathogènes et des semences de mauvaises herbes. Le méthaniseur lui permettrait aussi de trouver une valorisation pour ses menues pailles”.Le projet n’est pas encore réellement calibré, mais la volonté des éleveurs, est que la chaleur produite par le digesteur, puisse assurer le chauffage et l’alimentation en eau chaude des gîtes ou de la salle de traite. La chaleur récupérée, pourrait aussi permettre de chauffer une serre pour le maraîchage, ou assurer l’énergie nécessaire pour le fonctionnement d’une fromagerie, un autre projet que les agriculteurs ont en tête. L’autre partie de l’énergie créée, doit être revendue à EDF, sous forme d’électricité.“Nous souhaitons que le méthaniseur soit le plus économe que possible en main d’oeuvre, insiste Marc. S’il dégage une bonne rentabilité, cela nous offrira plutôt la possibilité d’embaucher, pour soulager le travail de la ferme, ou développer une autre activité”.
Beaucoup de projets sont encore en gestation, à la ferme de Sainte Yvière, sans compter qu’il faudra encore prévoir comment remplacer le père de Marc, après son départ à la retraite.“Rien n’est encore bien calé, mais il faut y réfléchir dès maintenant, songe le jeune agriculteur.Une chose se dessine cependant, avec son départ, je risque d’être un peu moins sur la ferme, et plus sur la partie accueil”.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. l'Agriculteur Normand se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui