L'Agriculteur Normand 05 mars 2014 à 08h00 | Par T.Guillemot

Lait - Pascal Clément : “380 e/1 000 litres et une clause de revoyure”

Conjonctures actuelle et à venir, prix de lait payé en France et dans les autres pays européens, restructuration laitière au niveau des producteurs et des entreprises de transformation, plus particulièrement coopératives..., le sarthois Pascal Clément, membre du bureau de la FNPL (Fédération Nationale des producteurs de Lait) de passage à Caen, a répondu à nos questions.

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(© TG)

Sous la double présidence de Jean Turmel et Jocelyn Pesqueux, les FRSEA Basse et Haute-Normandie ont réuni, mercredi dernier à Caen, leur section “Lait”. Une façon d’affiner les positions régionales à quelques jours du congrès de la FNPL.

Comment se porte la conjoncture laitière mondiale ?
Les clignotants sont au vert. Les indicateurs de marché sont au beau fixe. Les cotations, après une année 2013 très favorable, continuent à augmenter donc les perspectives de marché sont extrêmement satisfaisantes. Une embellie qu’il faut valoriser au niveau du prix du lait.

Alors justement, malgré cette embellie, le prix du lait payé aux producteurs français est moins élevé que celui payé aux autres producteurs de l’UE (Union Européenne), je pense notamment au différentiel avec l’Allemagne. Comment expliquer ce phénomène ?
Ce différentiel s’explique de deux manières.Tout d’abord, il faut le reconnaître, nous sommes passés d’un mode de fixation du prix dans un cadre interprofessionnel à une négociation avec des OP (Organisation de Producteurs). Les OP ne sont pas responsables de la situation, mais on a eu une discussion beaucoup plus diluée et qui s’est passée à différents endroits. Donc plus complexe et plus difficile.
Le deuxième élément, c’est le lissage français. Aujourd’hui, il n’est pas assez réactif. Il a tempéré la hausse. L’ambition de la FNPL est donc de lui donner plus de réactivité nécessaire à la lecture du marché.

Donc coller un peu plus à la réalité du quotidien ?
Tout à fait. Coller un peu plus au marché avec bien sûr beaucoup de prudence lorsque les indicateurs partent à la baisse. C’est-à-dire qu’il ne faut pas donner de la réactivité pour baisser plus vite.

La FNPL a exercé une pression certaine sur la grande distribution à l’occasion du SIA (Salon International de l’Agriculture). Sur le terrain et particulièrement en Normandie, les producteurs ont fait de même en rendant visite à de nombreuses enseignes. Cette pression a-t-elle porté ses fruits ?
Je tiens tout d’abord à rappeler que les actions de terrain qui ont eu lieu, notamment dans la région, ont été les bienvenues. Elles ont effectivement mis la pression. La discussion, aujourd’hui, est simple. La FNPL s’est positionnée en temps qu’intervenant indirect de la négociation pour la faire évoluer. Les retours que nous en avons nous paraissent à peu près satisfaisants pour permettre de rémunérer les producteurs en lien avec les perspectives de marché qui sont connues à l’heure ou je vous parle.

Concrètement, ça veut dire combien les 1 000 litres en avril ?
Il y a beaucoup d’effets de grilles régionales, mais l’objectif 380 e annuel, très clairement, est atteignable par rapport aux négociations commerciales qui ont eu lieu avec la grande distribution. Et surtout, on s’inscrit avec une clause de “revoyure” au cours de l’année comme ont su le faire les Allemands tout au long de l’année 2013 avec 6 hausses consécutives passées à la grande distribution en lien avec les marchés.

La fin des quotas, c’est dans un an. Quelle est la position de la FNPL quant aux infléchissements à donner aux volumes français de production ?
C’est une position de démarrage. Notre congrès, qui va se tenir dans 15 jours, est vraiment axé sur ce sujet. Très clairement, le syndicalisme doit donner le LA. Ce que l’on se dit en interne, c’est que nous devons entrer dans la bataille. Ce que font déjà nos pays voisins européens. Il y a des parts de marché à prendre et on aurait bien tort de ne pas les saisir. Ça ne se fera, bien entendu, que si les industriels privés et coopératifs le veulent aussi.

Produire plus, mais pas à n’importe quel prix ?
Bien sûr, mais le premier enjeux, c’est déjà d’assurer le renouvellement des générations pour faire face à une démographie laitière avec des producteurs plutôt âgés.
Le second, c’est faire de la croissance dans les zones dynamiques comme ici où produire du lait est plus facile climatiquement. Alors “oui”, on a envie de faire du lait. Nous laissera-t-on en faire ? Attendons pour voir.

La restructuration laitière est en marche. Du côté des producteurs avec des ateliers qui dépassent le million de litres, c’est courant. Du côté des industriels privés ou coopératifs avec des mouvements de partenariats, absorptions fusions... C’est la bonne direction à suivre ?
Sur le premier point, “oui” les ateliers grossissent, mais il faut relativiser. Il y a derrière aussi plus d’unités de main-d’œuvre à travers les sociétés. Je ne suis pas un adepte de la ferme des 1 000 vaches, mais l’atelier de 30 ou 40 vaches n’est pas forcément non plus le modèle unique ou idéal.
Sur le second point, “oui” encore. Ça va dans le bon sens surtout quand il s’agit de coopératives qui sont au service des agriculteurs. Qu’elles se restructurent, à travers d’alliances, est de bon augure. Je pense plus particulièrement à SODIAL et AGRIAL. Ça permet de rationaliser et d’éviter d’avoir trop d’intervenants face à la grande distribution. C’est plutôt bien pensé.

C’est une condition indispensable pour jouer sur le marché mondial ?
Sans doute parce que le poids de l’investissement est majeur aujourd’hui. Investir dans la transformation et notamment dans des tours de produits secs, ça demande aussi d’assurer son approvisionnement et vu le montant des investissements, c’est assez stratégique.

Coopération : vers un partenariat entre AGRIAL et les Maîtres laitiers du Cotentin ?
Rien d’officiel mais ça cause dans les salles de traites. Absorption ? Fusion? Rapprochement ou simple partenariat ? Toujours est-il qu’AGRIAL et les Maîtres Laitiers du Cotentin seraient en discussion. On sait l’appétit laitier d’AGRIAL et que SENAGRAL (propriété à 51 % de la coopérative normande, le reste appartenant à Senoble) n’est pas au mieux. On connait aussi la politique d’AGRIAL qui a préféré, par exemple et en son temps, se désengager de SOCOPA plutôt que de continuer à perdre de l’argent. Les discussions en cours pourraient amener les deux coopératives à développer des complémentarités commerciales en vue de la valorisation du lait à la fois sur le marché des produits industriels et des produits frais.

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