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Plaidoyer pour la viande porcine française

Les éleveurs de porcs sont de nouveau sortis dans la rue jeudi dernier à Plérin (22). Le point avec Yvan Fourré (président de la section porc de la FRSEA de Basse-Normandie).

Vous êtes allés à Plérin jeudi dernier. Pour quoi faire ?
Nous voulions montrer aux acheteurs de porcs qu’il faut arrêter la spirale à la baisse dans laquelle le prix du porc est engagé depuis le mois de février. La baisse des prix du porc est catastrophique pour nos exploitations qui peinent à équilibrer les comptes depuis de longues années et la course actuelle au prix le plus bas n’a qu’un seul effet : aggraver la situation des éleveurs.

Pourtant, la baisse des prix devrait relancer la consommation, non ?
Le problème de consommation que nous connaissons arrive chaque année : c’est la fin de l’été et l’on consomme plus de porc l’été que l’automne. C’est un fait et pas une question de prix. La baisse actuelle n’est motivée que par l’embargo russe qui prive 3 % de la production porcine européenne de débouché depuis le mois de février. Mais la baisse des prix ne va pas rouvrir les frontières russes. Il faut donc trouver de nouveaux débouchés car si les Russes n’achètent plus de porc européen, ils en achètent ailleurs. Or cette viande avait un débouché, qui l’occupe aujourd’hui ? Ce n’est pas une question de prix. Sauf à considérer qu’il faut réduire la production et qu’en baissant le prix les producteurs les plus faibles abandonneront la production. C’est un scénario cynique que les éleveurs ne peuvent que rejeter.

Où en êtes-vous au niveau du prix ?
Actuellement, il manque 35 centimes pour couvrir nos frais. Le cadran de Plérin affiche 1,21€/kg. L’an passé, il était à 1,56€/kg. J’ajoute que le prix de revient actuel est de 1,55€/kg. On est loin du compte !

Quel a été l’accueil au marché au cadran ?
Les acheteurs n’ont pas semblé surpris de nous voir en nombre. Ils se doutaient que la baisse actuelle susciterait des réactions. Certains d’entre nous auraient d’ailleurs voulu en découdre. C’est dire le désarroi actuel des producteurs de porcs. Notre présence a permis de limiter la baisse à 2,9 centimes au lieu des 5 annoncés.

Vous n’en êtes pas restés là ?
Non, nous sommes allés visiter quelques enseignes de distribution présentes à proximité. En effet, tout le monde prétend défendre la production française auprès des consommateurs. Nous avons vérifié ce qu’il en était. Et nous avons trouvé des produits fabriqués à partir de viande porcine dont l’origine n’était pas mentionnée. C’est pourtant facile d’identifier les produits avec le logo « viande de porc française ». De deux choses l’une : ou bien la viande est française et ni le distributeur ni le salaisonnier ne l’identifient et ne jouent donc pas le jeu de notre production, ou bien la viande ne peut être identifiée comme française parce qu’elle ne l’est pas et les distributeurs et le salaisonniers s’approvisionnent à l’étranger et jouent clairement contre la production française. Dans les deux cas, nos « partenaires » d’aval ne jouent pas le jeu de la production française.

C’est la loi du marché…
Peut-être mais seuls les éleveurs en font les frais. Sauf qu’à un moment donné, l’aval de la filière lui-même doit se restructurer. Continuons comme cela et on n’a pas fini de pleurer sur les emplois industriels perdus dans les abattoirs !

Que comptez-vous faire ?
Il faut que l’Union Européenne ouvre le stockage privé pour désengorger le marché à court terme. Les autorités européennes et françaises doivent aussi faciliter l’exportation sur d’autres destinations. Enfin, les salaisonniers doivent intégrer la viande française dans leurs préparations. Quant aux distributeurs, ils peuvent faire de l’origine française une condition d’achat. Cela vaut également pour la restauration hors-foyer et notamment les cantines scolaires. Là encore, les pouvoirs publics doivent mettre leurs actes en conformité avec leurs discours.

Sinon ?
Sinon les actions des producteurs vont se multiplier et je ne suis pas certain qu’elles se déroulent toutes dans le calme que tout le monde espère. Les producteurs en ont assez. Ils veulent des résultats.

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