L'Agriculteur Normand 22 septembre 2015 à 08h00 | Par Thomas Roland-Défi ruraux

Plus d’herbe et plus d’autonomie alimentaire pour un système laitier compétitif

Depuis bientôt 20 ans, les associés du GAEC Delahais cherchent à améliorer leurs performances économiques en misant sur une meilleure autonomie alimentaire et une diminution des coûts de production.

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Antoine et Thomas Delahais ont mis en place un système de culture diversifié, en y intégrant des céréales secondaires.
Antoine et Thomas Delahais ont mis en place un système de culture diversifié, en y intégrant des céréales secondaires. - © (T. Roland)

Cette exploitation de 120 ha, située à Bréauté (76), fait vivre aujourd’hui 2 actifs. L’activité laitière est dominante avec 60 vaches laitières de race Normande et une vingtaine de bœufs élevés chaque année.


Les clés de la réussite : une rotation longue et une bonne valorisation de l’herbe

En s’appuyant sur les productions classiques du Pays de Caux (blé, maïs, lin, betterave), Antoine et Thomas Delahais ont mis en place un système de culture diversifié, en y intégrant des céréales secondaires. “Depuis l'installation d'Antoine en 1996, nous avons travaillé à limiter l'usage de produits phytosanitaires pour réduire nos coûts de production et augmenter notre marge, tout en préservant la fertilité de nos sols et la qualité de l’eau” explique Thomas, le plus jeune des deux frères.Dès lors, la rotation longue (qui comprend les cultures et les intercultures) et la gestion du travail du sol ont permis de réduire très significativement l'Indice de Fréquence de Traitement (IFT), en supprimant les insecticides et en diminuant les traitements fongicides et herbicides (figure 1). L’exploitation s’est ensuite peu à peu orientée vers un système plus herbager. Les prairies temporaires sont des associations complexes de graminées et légumineuses. Ce mélange de 6 espèces permet de produire un aliment équilibré en énergie et protéines. Mais bien valoriser ses prairies requiert une grande technicité et Antoine et Thomas n’ont pas hésité à se former pour apprendre à optimiser la production d’herbe et améliorer l’alimentation du troupeau.

Parier sur le collectif pour prendre du recul et changer les habitudes

“Nous n’osions pas nous lancer seuls dans cette démarche et prendre des risques sur des pratiques nouvelles et encore peu connues” reconnaît Antoine. Avec les Défis Ruraux, ils ont donc constitué un groupe d’échange sur le pâturage au début des années 2000. “Ensemble, nous avions moins peur de repenser nos systèmes et avons vite gagné en technicité !”.En 2011, c’est tout naturellement qu’ils ont rejoint un groupe de fermes DEPHY ECOPHYTO, qui les encourageait dans leur démarche : réduire l’utilisation de produits phytosanitaires et les coûts de production, en misant sur le collectif !“Avec les éleveurs de notre groupe “herbe”, puis avec le groupe DEPHY, nous sommes allés visiter d’autres exploitations, y compris dans des régions éloignées. Cela nous a permis de prendre du recul, de remettre en cause notre système de production”. La découverte de systèmes plus économes et performants leur a donné confiance pour essayer peu à peu de nouvelles pratiques et adapter chez eux les “bonnes idées” découvertes ailleurs. Par exemple, le “mélo” (mélange céréales / protéagineux battu en grains) a été intégré à la rotation en 2011. C’est une culture à la fois complète et économe, qui fournit un aliment équilibré pour les bovins laitiers.De plus, ce mélange offre une complémentarité entre les espèces et permet ainsi de gérer la pression maladies et la concurrence des adventices sans la moindre intervention, ni chimique, ni mécanique. Grâce à l’azote fixé par le pois et la qualité du sol après une prairie, les rendements dépassent les 60 quintaux/ha, sans apport d'engrais ! Par ailleurs, cette culture ne nécessitant aucune intervention entre le semis et la récolte, cela libère du temps pour optimiser en parallèle la gestion des prairies.Le réseau DEPHY a donné au GAEC un nouvel élan pour pousser encore plus loin leurs efforts. En 2013, les frères Delahais ont franchi le pas de l’agriculture biologique. “Il y a 15 ans, si on m’avait parlé du bio, j’aurais dit que ce n’était pas pour moi ! avoue Antoine, mais il y a deux ans, c’est apparu comme la suite logique de la progression de notre système”. Le GAEC a alors misé encore plus sur la prairie en mettant en place un système “tout herbe” équipé d’un séchoir en grange.

- © Défi ruraux

 


Le séchoir en grange : un investissement rentable pour une meilleure maîtrise technique

“Avec le séchoir en grange, les chantiers de récolte de l’herbe sont réalisés en 24 h à 48 h, alors que la fenaison nécessitait auparavant une fenêtre d'une semaine de beau temps”. Cette rapidité permet de mieux valoriser les prairies à faucher dans un système en pâturage tournant, grâce à des fenêtres d’intervention plus nombreuses et des parcelles plus rapidement disponibles pour le pâturage.Par ailleurs, l'exportation rapide de l'herbe réduit les pertes de feuilles au champ et permet ainsi d'améliorer sa valeur énergétique et azotée.Enfin, le système de séchage en grange permet souvent de faire une coupe de plus par an et donc 20 à 25 % de rendement en plus.

Quel regard portez-vous sur tous ses changements et sur le système actuel ?

“Nous avions quelques doutes au départ étant donné l'importance de l'investissement dans le séchoir et la valeur nutritive du foin. Il nous faudra encore un peu de temps pour atteindre notre “rythme de croisière” avec ce nouveau système, mais nous sommes très satisfaits de ce changement, qui nous a permis d’améliorer la gestion du troupeau laitier, en gagnant en autonomie, en limitant notre impact sur l'environnement et en augmentant la création de valeur ajoutée. Si c’était à refaire, nous n’hésiterions pas une seconde !”.Antoine et Thomas constatent qu’ils ont également gagné sur l’organisation de leur travail : “Notre changement de système nous a permis de nous dégager plus de temps et génère moins de stress, vis-à-vis des aléas climatiques, de la gestion des adventices et des maladies notamment.”.


Et demain ?

“Nous souhaitons développer les débouchés locaux : mieux maîtriser la valorisation de nos produits semble essentiel dans le contexte économique actuel ! Toujours dans le but de dégager plus de marge sur une même surface, nous avons le projet de nous lancer dans la production de plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) et ainsi d’embaucher un salarié”.

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