L'Agriculteur Normand 07 novembre 2013 à 08h00 | Par F. Carbonell/AGRA

Prescrire les médicaments mais ne pas les délivrer - Les vétérinaires disent “non”, le gouvernement rétropédale

Plus de 2000 vétérinaires « en colère », selon les organisateurs, ont manifesté mercredi 6 novembre à Paris, pour maintenir la pression sur les élus avant l’examen de la loi d’avenir agricole. Lundi 4 novembre, les ministères de la Santé et de l’Agriculture ont pourtant cédé à leurs revendications, supprimant une disposition du texte leur interdisant de délivrer les antibiotiques qu’ils prescrivent. « Les vétérinaires ont été rassurés par les décisions prises par le gouvernement mais maintiennent leur mobilisation car toute garantie n'est pas offerte dans la mesure où il s'agit d'un projet de loi qui peut être amendé par les députés et les sénateurs », a expliqué Michel Baussier, président de l'Ordre national des vétérinaires.

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- © S. Leitenberger

Le Docteur vétérinaire Frédéric Lallet exerce à l’Aigle (61) avec trois autres confrères. Il a conduit (comme des centaines d’autres praticiens en France) la fronde contre une disposition mise “subrepticement” dans la loi d’avenir de l’agriculture. L’enjeu serait-il l’avenir de l’activité vétérinaire en rural ?

Pourquoi ce mouvement de grogne des vétérinaires ?
Ce mouvement national repose sur un fait. Il y a  un un an, le gouvernement, la profession agricole et les acteurs de la ruralité (dont les vétérinaires font partie) ont travaillé sur le projet de loi d’avenir de l’agriculture. Cette concertation s’était plutôt bien passée. Seulement, juste avant de transmettre ce projet de loi au conseil d’Etat (pour un passage à l’Assemblée Nationale début 2014), le ministère de la Santé a introduit une disposition qui limite la possibilité pour les vétérinaires de déli vrer la totalité des médicaments nécessaires au traitement des animaux. Cette manière d’agir, à notre égard, est vexatoire. Elle nous “montre du doigt” et l’ administration fait sentir, à notre égard, toute sa défiance. Et par voie de conséquence, cette disposition “tape” sur nos entreprises comme si nous ne représentions rien. Et ce n’est malheureusement pas tout...

Quelles seraient les conséquences pour votre métier ?
Elles sont économiques, naturellement, puisque un tiers de notre chiffre d’affaires est réalisé avec ces médicaments et il concerne essentiellement les gros animaux et donc la “rurale”. Les cliniques vétérinaires comme les nôtres seront alors beaucoup moins rentables sur le secteur rural et cela risque de nous inciter à ne plus intervenir comme nous le faisons aujourd’hui. Si nous n’avons plus cette délivrance de médicaments, il faudra aussi repenser notre organisation de travail...
Mais, à l’heure où l’on essaie de maintenir des services en ruralité, les premiers qui vont être pénalisés, ce seront les éleveurs. Entre la prescription d’un côté et la délivrance par des pharmaciens de l’autre, croyez-vous que cela va être neutre en terme de coût pour l’éleveur ? Et imaginez qu’une urgence s’impose dans un élevage. Non seulement il faut trouver le véto de garde (ce que nous faisons encore) mais il faudra aussi trouver la pharmacie qui délivrera les médicaments pour les animaux.
Enfin, il y a aussi, dans ce dispositif discutable, une menace sanitaire réelle.  Si  les vétérinaires ruraux diminuent encore, il va y avoir un moment où le maillage sanitaire qui existe aujourd’hui risque d’être remis en cause et la surveillance sanitaire des maladies ne sera plus assurée.
L’Etat nous a pourtant délégué cette surveillance sanitaire des maladies transmissibles à l’homme (comme la rage par exemple) mais, dans ces conditions, je ne vois pas comment ce travail de proximité pourrait être tenu.

Toutes ces raisons vous ont poussés à ce mouvement de protestation du 6 novembre ?
Absolument. Il s’agit d’un mouvement national, une journée sans vétérinaire.  Relayée par tous les départements français, cette manifestation mobilise vraiment. Dans l’Orne, par exemple, nous avons organisé deux cars pour la manifestation de Paris. Les cabinets seront fermés ou mis en système de garde comme un dimanche.
Ce que nous demandons, c’est que soit retirée cette disposition introduite en début d’article 7 de ce projet de loi. La mobilisation est importante car les vétérinaires mais aussi les assistant(e)s se sentent menacés. On espère simplement que nous serons écoutés. Après tout, ce secteur fonctionnait bien jusqu’à présent mais, par une pareille disposition, on trouve le moyen de le fragiliser. C’est à n’y  rien comprendre...

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