L'Agriculteur Normand 31 octobre 2012 à 14h20 | Par T.Guillemot

Projet de loi de finances 2013 - France/Allemagne : un écart de compétitivité qui se creuse

Le projet de loi de finances 2013 risque de creuser un peu plus un écart de compétitivité déjà important entre l’Allemagne et la France. Principal enjeu : le coût de la main-d’œuvre de part et d’autre du Rhin. La FNSEA et ses réseaux départementaux sont montés, la semaine dernière, au créneau préfectoral.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

. © TG

En football, France - Allemagne, c’est 11 joueurs contre 11 avec un arbitre et à la fin toujours l’Allemagne qui gagne. Cette parabole sportive s’applique aussi à l’industrie. Il n’y a qu’a prendre le secteur de l’automobile. Wolswagen dame le pion de Renault, Citroën et Peugeot. Cette prédominance trouve désormais un prolongement agricole de plus en plus inquiétant. Depuis 10 ans, la filière porcine allemande ne cesse d’avancer ses pions sur l’échiquier européen. Parallèlement, la France recule. Avec le projet de loi de finance 2013, les autres filières agricoles hexagonales, déjà mal en point, réagissent. Alors que les discours sur le redressement productif fleurissent et que le terme “compétitivité” n’est plus un gros mot, on attend sur le terrain de la cohérence dans les prises de décisions politiques.

Coût du travail : un risque d’augmentation de 8,5 %
C’est ce qu’est venue souligner, mercredi dernier au Préfet de Région à Caen, une délégation des FDSEA de la Manche et du Calvados.Une délégation composée de Christian de Koninck (président des maraîchers du Calvados), Patrice Lepainteur et Sébastien Debieu (président et secrétaire général de la FDSEA du Calvados), Pascal Hardy (président de la section main-d’œuvre de la FDSEA du Calvados), Philippe Faucon (vice-président de la FDSEA de la Manche et président de la commission employeur de Basse-Normandie) et Alain Cottebrune (secrétaire de la section légumes de la FDSEA de la Manche, membre du bureau de Légumes de France). Bien qu’absents, les JA (Jeunes Agriculteurs) se sont associés à cette démarche.
Calculette à la main, le syndicalisme agricole a chiffré les conséquences du nouveau dispositif TODE (Travailleurs Occasionnels Demandeurs d’Emploi Agricole).  “60 % de hausses des charges patronales et un coût du travail qui va augmenter de 8,5 % en moyenne en Basse-Normandie. Ce qui va nous éloigner encore plus de nos concurrents” s’inquiète Philippe Faucon. “Pendant ce temps, les maraîchers allemands emploient de la main-d’œuvre polonaise sans salaire minimum et sans jours fériés, tempête Christian de Koninck. Un contrat polonais revient à 5 e/heure. 40 % de ce que représente un SMIC en France. Or, la main-d’œuvre, c’est 40 % du prix de revient de nos légumes”. Et Alain Cottebrune d’enchérir: “à chaque fois, qu’on perd des parts de marché, elles sont reprises par l’Allemagne. L’Allemagne où il gèle et qui ne bénéficie pas du micro-climat manchois. Mais en été, ils mettent leurs productions en chambre froide pour les ressortir en période de gel”. Cette façon d’inonder le marché, gourmande en manipulation et donc en main-d’œuvre, quand les cours sont au plus haut, ne leur coûte pas cher. Cet écart de compétitivité est encore plus pénalisant en agriculture biologique où l’on joue presque au quotidien de la binette ou de la sarclette.

L’agroalimentaire touché aussi
“Plus aucun jeune ne veut se lancer en production légumière”, déplore amèrement Pascal Hardy.  Mais si cette production est en première ligne, ce sont de facto des pans entiers de l’agriculture et de l’agroalimentaire régionaux qui sont menacés. Les producteurs de lait sont aussi des employeurs de main-d’œuvre. Par ailleurs, de nombreux agriculteurs utilisent les services de groupements d’employeurs. Dans la conjoncture actuelle, en auront-ils encore les moyens demain ? Un effet ciseau est à craindre.Plus en amont ou en aval, des dommages collatéraux vont mettre à mal le salariat ouvrier. Or, derrière chaque agriculteur, il y a 7 emplois directs ou indirects. “Nos outils d’abattage sont déjà au plus mal. 15 à 20 % d’entre eux devraient fermer au niveau national,” a rappelé Patrice Lepainteur. A l’heure où l’on prône le redressement productif avec des ministres qui s’affichent en “made in France”, le syndicalisme agricole demande simplement qu’on donne aux agriculteurs les moyens de leur compétitivité.

Alain Cottebrune : la main-d’œuvre polonaise, bras armé de la compétitivité allemande

Pour le secrétaire général de la section “Légumes” de la FDSEA de la Manche et membre du bureau de Légumes de France, le projet de loi de finances 2013 pourrait sonner le glas d’une frange de maraîchers bas-normands.

Pourquoi la botte de carottes françaises coûte-t-elle plus cher à produire que sa consœur allemande?
Cet écart de compétitivité, c’est tous simplement le coût de la main-d’œuvre de part et d’autre du Rhin.Les Allemands bénéficient d’un système qui leur permet d’employer des Polonais payés 5 e/heure alors que le SMIC hexagonal tourne autour de 12 e /heure. Sur une exploitation maraîchère où le coût de la main-d’œuvre pèse 40 % du coût de production, le calcul est vite fait. Nous sommes quasiment dans un rapport de un à deux.

En quoi la loi de finances 2013 risque-t-elle d’aggraver cette distorsion de concurrence?
Nous avions négocié avec les gouvernements précédents une non augmentation des charges grâce à des réductions sur celles de la main-d’œuvre permanente et occasionnelle. Le projet du gouvernement remet en cause ces différents dispositifs. Si les textes sont votés en l’état, on va creuser un peu plus le delta de compétitivité entre l’Allemagne et la France.

Quelles pourraient en être les conséquences ? 
Des maraîchers qui vont arrêter leurs productions et un renouvellement des générations qui ne va pas se faire. Des conséquences lourdes donc en terme d’emplois, d’occupation des territoires....

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. l'Agriculteur Normand se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui